Affaire Fiona: Après deux semaines de procès, «on ne sait toujours pas de quoi elle est morte…»

PROCES Alors que le verdict doit être rendu vendredi, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, les accusés, n’ont pas levé un coin du voile sur la mort de Fiona…

Vincent Vantighem

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Lors du procès de Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon devant la cour d'assises de Riom (Puy de Dôme).
Lors du procès de Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon devant la cour d'assises de Riom (Puy de Dôme). — Thierry Zoccolan / AFP

A la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom.

Les larmes déforment le visage de Cécile Bourgeon. Sous une nuée de micros, elle lance un « appel au secours » à la France entière. « Le but, c’est de retrouver Fiona. N’importe qui… Qu’il la ramène… » Les images datent de mai 2013. Mais leur effet est toujours aussi dévastateur.

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Juste avant de les regarder, jeudi après-midi, la cour d’assises de Riom (Puy de Dôme) s’est offert une autre « séquence télévisée ». Celle de la garde à vue de la même Cécile Bourgeon, en septembre 2013. Autant de larmes. Pas les mêmes mots. La mère de Fiona avoue là une « claque », un hématome « de dessous de l’œil à la tempe », la mort de sa fillette et son enterrement en catimini «  aux abords d’une forêt ».

Pas de corps, pas de preuves

Le corps n’a jamais été retrouvé. Et la cour d’assises de Riom (Puy de Dôme) se heurte encore à ce problème trois ans plus tard. Chargée de juger Cécile Bourgeon et son ancien compagnon Berkane Makhlouf pour « coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner », elle ne dispose, après dix jours d’audience, toujours d’aucune preuve.

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L’accusée le sait. Alors elle rabâche encore ce jeudi. « Bon… on ne sait toujours pas de quoi elle est morte. Je ne peux émettre que des hypothèses… » Dans le box, Berkane Makhlouf jure, lui, qu’il n’est pas « un bourreau d’enfants ». Alors pour eux, « l’hypothèse » la plus logique est celle d’une absorption de médicaments ou de drogues. « Il y avait du shit partout dans l’appart’… »

Qu’importe que la veille, le docteur Rey-Salmon ait évoqué la piste d’un « traumatisme abdominal fatal ». Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf n’ont entendu que les « bémols » mis par l’experte ne disposant d’aucune analyse pour étayer sa théorie.

Immatures, narcissiques, toxicomanes, manipulateurs mais…

Un mensonge à toute la France en 2013. Suivis de dix jours de non-dits, de dénégations, de contradictions, en ce mois de novembre. Avocate d’Innocence en danger, Marie Grimaud avait pointé du doigt, un mois avant le début de l’audience, le risque d’un procès sans le corps de Fiona. Elle ne s’était pas trompée.

Hagards dans le box, les deux accusés ont vécu deux semaines pénibles. Immatures, narcissiques… Les qualificatifs choisis par les policiers, les psychologues ou les psychiatres ne sont pas très flatteurs à leur endroit. Lui ? « Un toxicomane violent ». Elle ? Une « manipulatrice froide », désirant un enfant comme « on veut une glace ».

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Mais rien qui indique qu’ils ont porté les coups ayant à tout jamais fermé les yeux « feu d’artifice » de Fiona. Bien sûr, dans leur box, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se sont contredits, embrouillés, accusés même. Mais quel crédit apporter à deux êtres qui ont menti à la France entière ?

Il ne reste donc que « l’intime conviction » des jurés pour estimer si Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf doivent être emprisonnés durant trente ans. Ces derniers seront fixés ce vendredi soir.