Affaire Fiona : Le jour où Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, en larmes, se mirent à parler

PROCÈS Tour à tour, ce jeudi matin, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf ont parlé, en larmes, de Fiona, 5 ans, morte en 2013…

Vincent Vantighem

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La mère de Fiona et son ex-compagnon, qui avaient fait croire à l'enlèvement de cette enfant de 5 ans, avant d'avouer sa mort, comparaissent devant les assises du Puy-de-Dôme, sans que le corps ait été retrouvé.
La mère de Fiona et son ex-compagnon, qui avaient fait croire à l'enlèvement de cette enfant de 5 ans, avant d'avouer sa mort, comparaissent devant les assises du Puy-de-Dôme, sans que le corps ait été retrouvé. — Benoit PEYRUCQ / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom

Il était 10 h, ce jeudi matin, quand Cécile Bourgeon s’est levée, doucement, dans le box de la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom. « Je décide de garder le silence jusqu’à la fin de ce procès. J’estime avoir répondu à toutes vos questions », a-t-elle annoncé.

Mais il était écrit que le procès censé faire la lumière sur la mort de Fiona, 5 ans, en 2013, commencerait véritablement en ce neuvième jour d’audience. Quelques minutes après sa déclaration liminaire, la mère de Fiona se remet à parler alors que Marie Grimaud, avocate de l’association Innocence en danger, la titille.

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« Vous savez parler, c’est beau »

« Bon… Quand j’ai eu Fiona, j’étais à la maternité… », attaque-t-elle. La cour d’assises suspend sa respiration. Cela fait huit jours que l’accusée qui encourt trente ans de réclusion criminelle rechigne à parler d’elle et surtout de sa fillette. Mais là, d’un seul coup, elle raconte. Tout ou presque. Le bébé qui pèse 3 430 kg et mesure 51 cm. L’allaitement. La vie de mère qui a « tout changé » pour elle.

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« Vous savez parler, c’est beau », l’encourage Marie Grimaud. Bien lucide, Cécile Bourgeon enchaîne jusqu’au moment critique. Celui des coups portés à Fiona. « C’est arrivé le mardi. Le mercredi, on a mis le bandeau [pour masquer les traces]. Le jeudi et le vendredi, elle allait bien. Samedi après… » La phrase ne sera jamais terminée. L’accusée fond en larmes.

« Oh ! Je ne touche pas aux enfants »

A ses côtés dans le box, Berkane Makhlouf commence à saisir que le vent tourne en sa défaveur. Décrite comme « dépendante à lui », « sous emprise » même, son ancienne compagne est en train de le charger. Un mouchoir à la main, elle parle, cette fois, de la petite sœur de Fiona. « Elle mettait des fessées à son doudou "parce que papa fait ça" »

L’accusation fait mal. Berkane Makhlouf se défend à l’aide de cette phrase qu’il répète à l’envi depuis huit jours. « J’ai jamais frappé les enfants… » Et voilà l’ancien couple qui se déchire dans le box. Ils s’embrouillent, se reprennent, s’accusent de mensonges. Et Berkane Makhlouf craque à son tour.

En larmes, il assure : « On n’a jamais dit "on va tuer Fiona’’. On n’a jamais dit "on va l’enterrer là-bas". On n’est pas des crapuleux ! » Un sanglot. Un reniflement. Et puis… « Je reconnais, je suis quelqu’un d’exécrable, de possessif, de paranoïaque. Mais, oh ! Je ne touche pas aux enfants. »

« Je ne sais pas de quoi Fiona est morte »

La tension est palpable. Mais la vérité est encore loin dans un procès qui a battu des records de contradictions. On envoie donc Rodolphe Costantino, avocat de l’association Enfance et Partage, au front. Finement, il se campe à un mètre du box. Les yeux dans ceux de Cécile Bourgeon, il lâche : « Fiona est morte, mais vous êtes toujours sa mère. »

La moitié de la salle d’audience sanglote. Mais Cécile Bourgeon n’en dit toujours pas plus sur les faits en tant que tels. « Je ne sais pas de quoi Fiona est morte. » La cour d’assises non plus. Mais elle a, au moins, pu voir, ce jeudi, que les accusés avaient un cœur. Le verdict doit être rendu vendredi.

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Suivez jusqu’à vendredi la suite du procès aux assises grâce à notre journaliste sur Twitter :@vvantighem