Une femme voilée.
Une femme voilée. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

JUSTICE

Renvoi du procès du restaurateur de Tremblay qui avait refusé de servir deux femmes voilées jugé ce jeudi

Il doit comparaître le 16 février pour « discrimination dans la fourniture d’un service en raison de l’appartenance à une religion dans un lieu accueillant du public »…

Ce fait divers avait suscité un véritable tollé, en pleine polémique sur les arrêtés d’interdiction du burkini sur les plages. Un restaurateur de Seine-Saint-Denis, filmé fin août en train de demander à deux clientes voilées de sortir de son établissement, devait être jugé ce jeudi à Bobigny pour discrimination. Le tribunal correctionnel a renvoyé au 16 février le procès. La défense avait formulé cette demande de renvoi, estimant ne pas avoir reçu dans un délai suffisant tous les éléments du dossier, notamment les écritures des parties civiles.

« La justice se grandit parce qu’elle respecte le contradictoire », a plaidé Joseph Cohen-Sabban, soutenant que l’affaire n’était ni « simple », ni « facile ». Le tribunal a entendu les arguments de la défense, contre l’avis du ministère public, et renvoyé le procès au 16 février, en prévoyant « au moins deux heures » de débats.

La scène qui met en cause le restaurateur avait été discrètement filmée par l’une des deux jeunes femmes samedi 27 août au restaurant Le Cénacle, à Tremblay-en-France. A l’une des clientes qui lance : « On ne veut pas être servies par des racistes, Monsieur ! », le patron en tablier blanc répond : « Les racistes mettent pas des bombes et ne tuent pas des gens, les racistes comme moi ! » « Parce qu’on a mis des bombes, Monsieur ? », rétorque la voix. « Madame, les terroristes sont musulmans et tous les musulmans sont terroristes. (…) Des gens comme vous, j’en veux pas chez moi. (…) Maintenant, vous le savez, alors partez ! »

« On aura quelques mises au point importantes à faire »

Face au tollé, le restaurateur avait présenté dès le dimanche ses excuses « à toute la communauté musulmane » et aux deux clientes. Il doit comparaître jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour «  discrimination dans la fourniture d’un service en raison de l’appartenance à une religion dans un lieu accueillant du public ».

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L’une des clientes s’est constituée partie civile, de même que le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui avait appelé à « ruiner la réputation de ce restaurant sur tous les espaces en ligne où il est listé ».

Au procès, « on aura quelques mises au point importantes à faire », avait prévienu Joseph Cohen-Sabban, qui défend le patron du restaurant. « L’attitude que les clientes adoptent, la manière de filmer immédiatement la scène… Il y a un truc qui ne va pas », estimait avant le renvoi l’avocat, pour qui les jeunes femmes étaient précisément venues dans ce restaurant pour « provoquer ». Même si les propos du restaurateur « ne sont pas du tout honorables », il y a un « contexte de provocation où il se fait traiter de raciste alors qu’il leur a courtoisement demandé d’être plus discrètes dans leur tenue », dit-il.