Affaire Fiona: Au dernier jour des débats, les enquêteurs se demandent encore s’ils ont été baladés par les accusés

PROCES Trois ans après, les policiers chargés de l’enquête sur la mort de Fiona ont défilé, mercredi, à la barre de la cour d’assises où ils ont exposé leurs contradictions…

Vincent Vantighem

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Berkane Makhlouf (à droite), le beau-père de Fiona, escorté par des officiers de police le 13 mai 2014 à Aydat, lors de la reprise des fouilles un an après la disparition de l'enfant.
Berkane Makhlouf (à droite), le beau-père de Fiona, escorté par des officiers de police le 13 mai 2014 à Aydat, lors de la reprise des fouilles un an après la disparition de l'enfant. — Thierry Zoccolan / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom

C’était le dernier jour des débats avant les plaidoiries. Quasiment le dernier espoir d’obtenir de Cécile Bourgeon et de Berkane Makhlouf la vérité sur la mort de Fiona, 5 ans, en mai 2013. Mais plutôt que d’interroger, à nouveau, les accusés, la cour d’assises du Puy de Dôme, à Riom, a préféré, mercredi, revenir au point de départ de toute cette histoire. Au dimanche 11 mai 2013…

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Alors on fait défiler, à la barre, les policiers qui ont été saisis, « vers 17h30, 18h » du cas d’une « disparition d’enfant » dans un parc de Clermont-Ferrand. Les chiens de recherche et l’hélicoptère équipé de caméras thermiques ne trouvent rien. Si ce n’est le cadavre d’une femme disparue depuis longtemps qui « avait encore des Francs en poche… »

« Je sais que tu as cassé la manche de la pelle… »

Directeur départemental de la sécurité publique, Marc Fernandez est persuadé que ses hommes « auraient retrouvé la petite si elle était bien dans le parc ». Dès le lundi, il a des doutes. Ça tombe bien, « 80 % de son équipe » a des doutes. Le patron se demande si la petite n’a pas « fini à la poubelle ». Depuis 2013, il a appris à être pragmatique. « Quand on part enterrer un corps, on prend une pelle ! » Voilà pour la première conviction.

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Sauf qu’à l’époque, Marc Fernandez est rapidement dessaisi au profit de l’Office central de répression des violences aux personnes (OCRVP). Un service parisien dirigé par Christophe Molmy. Le voici donc qui s’avance à la barre. C’est lui qui a obtenu les aveux de Cécile Bourgeon. Les coups de son compagnon d’alors. Le vomi. La mort. L’enterrement. Ensuite, pour se faire confirmer ça par Berkane Makhlouf, Christophe Molmy ne lui a dit qu’une seule phrase. Comme dans les films… « Je sais que tu as cassé le manche de la pelle… »

« Paniqué », Berkane Makhlouf a fait une drôle de tête à ce moment-là. Assez drôle pour que Christophe Molmy acquiert la certitude que la petite a bien été enterrée, « nue, sans même un doudou » aux abords d’une forêt. Voilà pour la deuxième conviction.

Des recherches du lac d’Aydat aux confins de la Creuse

« Après, est-ce qu’elle a été enterrée à Aydat ? », s’interroge encore le policier. Pour répondre à cette question, voilà donc François Bernard qui entre dans le prétoire. Lui est directeur du Service de recherche de police judiciaire de Clermont-Ferrand. Il a cherché le corps pendant des semaines. Du lac d’Aydat jusqu’aux confins de la Creuse. Un périmètre de 300 km².

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« On a eu le sentiment que [les accusés] nous promenaient, lâche-t-il. Les indications ne correspondaient à rien. Ou plutôt, elles correspondaient à trop de choses… » Lui est persuadé que Cécile Bourgeon a menti sur cette histoire d’enterrement. « Creuser une tombe de 50 centimètres de profondeur en dix minutes, cela me paraît peu probable. » Voilà pour la troisième conviction.

Cécile Bourgeon se lève alors dans son box. Presque en s’excusant, elle justifie l’insuccès des recherches par le fait qu’elle ne « voyait pas bien » dans la voiture de police parce qu’elle était « assise à l’arrière ». La précision pourrait faire sourire si elle ne portait sur la mort de sa fillette.

Mais on en est là après huit jours d’audience et trois ans d’enquête. Le corps de Fiona n’a jamais été retrouvé. Et l’experte légiste ayant potassé le dossier n’a pu qu’avancer des « hypothèses » sur les causes de sa mort. C’était le dernier jour des débats. Les plaidoiries débutent demain. Le verdict doit être rendu vendredi. Les accusés encourent une peine de trente ans de prison.