Sida: Pourquoi les affiches d'une campagne de sensibilisation dérangent

POLEMIQUE La décision de plusieurs municipalités de droite de faire retirer des affiches d’une campagne de prévention du sida montrant des homosexuels a suscité mardi une polémique, poussant la ministre de la Santé à saisir la justice administrative…

20 Minutes avec AFP

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Affiche de la campagne de prévention contre le sida lancée par le ministère de la santé le 22 novembre 2016 à Rennes.
Affiche de la campagne de prévention contre le sida lancée par le ministère de la santé le 22 novembre 2016 à Rennes. — DAMIEN MEYER / AFP

Une micropolémique qui s’enflamme en pleine campagne électorale ? Depuis plusieurs jours, associations catholiques et maires de droites s’en prennent avec virulence sur Internet et dans la rue aux affiches de la campagne de prévention contre le VIH lancée par le ministère des Affaires sociales et de la Santé. Au cœur de leurs critiques : des visuels qui montrent des couples d’hommes et des messages tels que « Aimer, s’éclater, s’oublier. Les situations varient. Les modes de protection aussi ».

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Une dizaine de demandes de retrait

Une dizaine de villes sur les 130 où la campagne est diffusée ont écrit à JCDecaux, qui assure l’affichage public, pour demander le retrait des affiches, a indiqué à l’AFP une source proche de la société. Contractuellement, l’entreprise est obligée d’obtempérer dès lors qu’elle reçoit une demande écrite d’une municipalité.

Après avoir été alerté au cours du week-end par des parents inquiets, le maire d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Bruno Beschizza (LR), a ainsi demandé le retrait de ces affichages et pris un arrêté en ce sens.

Pour ce soutien de François Fillon au second tour de la primaire de la droite face à Alain Juppé, ces affiches sont « contraires aux bonnes mœurs et à la moralité » et « portent atteinte à la dignité au risque de heurter la sensibilité de l’enfance et de la jeunesse ».

Plaintes d’habitants

En vertu de l’arrêté, ces affiches diffusées notamment sur les abribus « devront être retirées ou masquées ».

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« On est sur une campagne qui n’est pas tous publics », a expliqué à l’AFP Bruno Beschizza, critiquant l’association des messages et des images et assurant qu’il aurait pris le même arrêté si les affiches avaient mis en avant des couples hétérosexuels.

Cette décision intervient au lendemain de celle du maire LR d’Angers, de faire retirer les mêmes affiches placardées dans 70 emplacements de la ville depuis le 16 novembre.

Interrogé par l’AFP, le maire de la préfecture du Maine-et-Loire, Christophe Béchu, soutien d’Alain Juppé, a confirmé avoir demandé le retrait des affiches mais « uniquement aux abords des écoles [primaires] et sur le parcours des bus scolaires » pour « protéger les enfants ».

La décision a été prise « à l’unanimité par le bureau municipal [le maire et ses adjoints] lundi matin », à la suite de plusieurs dizaines de plaintes d’habitants, a-t-il ajouté.

Poursuite contre la « censure de la campagne »

En réaction, la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine a annoncé mardi sur Twitter « saisir la justice » administrative « après la censure par certains maires de la campagne de prévention du VIH ».

« 30 000 personnes vivent avec le sida sans le savoir, il y a 7 000 nouveaux cas de sida chaque année (…) La prévention est nécessaire », a expliqué la ministre dans les couloirs de l’Assemblée nationale. « Attention à ne pas répondre par des considérations d’ordre moral d’un autre temps. Il y a quelques élus qui s’engagent sur ce terrain », même si « la grande majorité est sur une ligne de responsabilité », a-t-elle plaidé.

Le président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, a lui condamné dans un tweet une « droite [qui] pense que l’homosexualité est une maladie dont il faut protéger les enfants. #pathétique. L’homophobie tue !#loveislove ». Tout comme le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, pour qui « la droite s’y croit déjà ».

En réponse au maire d’Angers qui a justifié sa décision par la volonté de « protéger les enfants les plus jeunes des visuels et des messages » dont « le contenu et la forme (…) peuvent être ressentis comme provocants », le président du Centre lesbien, gay, bi et trans d’Angers, Bernard Moreau, a estimé que ce qui est visé dans cette décision, « c’est le couple homosexuel ».

« Cette campagne est beaucoup moins suggestive que certaines campagnes publicitaires », a-t-il estimé. Pour Bernard Moreau, c’est le résultat de « l’influence de la Manif pour tous et de Sens commun », son émanation au sein des Républicains, dont viennent deux adjoints du maire d’Angers. Selon lui, « on entre dans une campagne électorale et certaines pressions se font sentir ».

Fillon et Juppé se positionnent

A quelques jours du second tour de la primaire à droite, les deux candidats LR Alain Juppé et François Fillon ont tenté de prendre de la hauteur (et de la distance) par rapport au débat.

Soutenu par Sens Commun, émanation politique de la Manif pour tous, en pointe dans le combat contre ces affiches, François Fillon a estimé mardi soir qu’il n’était « pas sûr que la campagne soit d’une extrême habileté, je comprends que des maires puissent être choqués. » Mais « ce qui compte pour ma part, c’est la lutte contre le sida », a ajouté le favori de la primaire de la droite.

Du côté d’Alain Juppé, la position est plus tranchée : « Je n’aurais pas pris d’arrêté d’interdiction. Le sida est malheureusement une maladie d’une extrême gravité qui n’est pas complètement jugulée, il faut donc sensibiliser la population à la nécessité de se protéger », a-t-il indiqué ce mercredi. « Il y a des affiches qui peuvent heurter, je le conçois parfaitement. J’ai vu d’autres affiches dans la campagne contre le cancer du sein qui pouvaient choquer aussi, je les ai pourtant affichées dans la cour de la mairie de Bordeaux », a poursuivi le maire de Bordeaux.