Affaire Fiona: Bourgeon et Makhlouf, un couple immature «uni par la drogue» et le mensonge

PROCES Psychiatres et psychologues sont venus, mardi à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, dévoiler le résultat de leurs expertises sur Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf…

Vincent Vantighem

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Riom (Puy de Dôme), le 14 novembre 2016. Berkane Makhlouf est interrogé sur la mort de la petite Fiona, en 2013.
Riom (Puy de Dôme), le 14 novembre 2016. Berkane Makhlouf est interrogé sur la mort de la petite Fiona, en 2013. — Benoit PEYRUCQ / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom,

Ils n’étaient pas mariés. Mais, au premier regard, Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon ont entamé une relation « fusionnelle » qu’ont longuement décrite, mardi, les experts psychologues et psychiatres invités à témoigner devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom, où les deux accusés encourent une peine de trente ans de prison pour la mort de Fiona, 5 ans, en 2013.

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Au premier regard. Le jour de leur rencontre donc, Cécile Bourgeon invite Berkane Makhlouf à venir vivre chez elle. « C’était ma béquille », a-t-elle avoué à Hélène Dubost, la psychologue qui l’a expertisée après la disparition de sa fille. « Grande immaturité », « immenses carences affectives », les deux accusés ont pas mal de points communs.

Elle veut un enfant comme on veut « une glace ou un sac »

Mais des différences aussi. Cécile Bourgeon a, elle, beaucoup de mal à montrer des signes d’affection. Prenez Fiona par exemple. Elle a voulu l’avoir « le jour où elle a vu [dans l’immeuble] la petite fille blonde aux yeux bleus de sa voisine ». Un peu « comme on veut une glace ou un sac » en passant dans la rue, enfonce la psychologue.

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Berkane Makhlouf, lui, est plus expressif. Aussi, quand il se présente devant Hélène Dubost, « il crie, il crache, il se mouche dans ses mains, il renverse la chaise ». Toxicomane au dernier degré, incapable de canaliser ses angoisses et frustrations, il s’adoucit pourtant quand elle l’interroge sur Fiona. Contrairement à sa mère, il s’épanche : « On allait au parc en ensemble. On jouait à la console. Elle était intelligente, espiègle… »

Cécile, le « maître » de Berkane en matière de dissimulation ?

Entre eux, ça a donc « matché grave » comme le rappelle l’experte dans un langage inattendu. Mais avec deux « personnalités aussi destructrices, cela ne pouvait pas tenir longtemps ». Car ce n’est pas vraiment un couple. « C’est un trio uni par la drogue », complète, à la barre, le psychiatre Patrick Blachère. « Ils ont besoin de la famille et des enfants pour se procurer de la drogue et continuer à consommer ensemble. »

C’est d’ailleurs, selon eux, la première chose à laquelle ils pensent quand survient la mort de la fillette. Ce jour-là, Berkane Makhlouf se dit « paniqué ». Cécile Bourgeon est, elle, décrite comme « froide » face à l’événement. Est-ce elle qui a l’idée du mensonge et de l’enterrement ? Impossible à dire. Mais Hélène Dubost se demande tout de même si Berkane Makhlouf n’a pas trouvé, ce jour-là, « son maître en matière de dissimulation ».

La possibilité d’une amnésie dissociative sans certitude

Car c’est Cécile Bourgeon qui conduit la petite famille pour inhumer sa fillette « aux abords d’une forêt ». Aujourd’hui, elle ne se souvient plus du lieu exact. Patrick Blachère a donc été missionné pour savoir si elle pouvait être victime d’amnésie. « On a accouché d’une souris », lâche-t-il dès le début de son audition.

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La rue à droite, la route à gauche, la pelle qui a servi à l’enterrer. Et la prière en arabe qu’ils ont récitée. La mère de Fiona se souvient de détails très particuliers. « Mais il est possible qu’elle soit l’objet d’une amnésie dissociative [concernant le lieu] sans que l’on puisse l’affirmer avec certitude », conclut le psychiatre. Après sept jours d’audience, la cour d’assises du Puy-de-Dôme est toujours aussi perplexe. Il lui en reste trois avant de rendre son verdict.