Affaire Fiona: Il est «hautement improbable» que la fillette soit morte d’une absorption de drogue

PROCES Un docteur en toxicologie a battu en brèche, ce mardi devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme, la thèse selon laquelle Fiona serait morte après avoir avalé des stupéfiants…  

Vincent Vantighem

— 

Photo de la petite Fiona distribuée par la police avant que ses parents n'avouent qu'elle est morte et qu'ils l'ont enterrée.
Photo de la petite Fiona distribuée par la police avant que ses parents n'avouent qu'elle est morte et qu'ils l'ont enterrée. — FRENCH POLICE / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom

La cour d’assises du Puy-de-Dôme a appris, ce mardi matin, que l’héroïne avait un « goût amer ». Très amer, même. Suffisamment pour qu’Yvan Gaillard estime « hautement improbable » que Fiona soit morte d’une absorption de drogue. Installé à La Voulte (Ardèche), ce docteur en toxicologie a été auditionné, en visioconférence, pour évoquer cette hypothèse plusieurs fois avancée par les accusés pour expliquer le décès de la fillette de 5 ans, en mai 2013.

>> A lire aussi : «Y a pas que Fiona que tu as détruit, tu le sais, ça?» lâche son père

Selon lui, dans les milieux toxicomanes, il arrive que les enfants « portent de la drogue [qui traîne chez leurs parents] à la bouche ». Mais, de toute sa carrière, il n’a « jamais » eu à examiner « un événement de ce genre ayant conduit à un décès ». Car, pour cela, il faudrait que l’enfant en absorbe de grandes quantités. Et, vu le goût, « cela est possible mais hautement improbable ».

« Pour un décès, il faudrait en prendre des doses importantes »

L’héroïne n’étant pas bonne, l’expert est alors interrogé sur les nombreux médicaments que Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf prenaient au moment des faits. Dans le box, ce dernier sort même de sa poche sa boîte d’Alprazolam pour prouver que les cachets « roses » peuvent ressembler à des bonbons aux yeux des enfants. Même réponse de l’expert : « pour un décès, il faudrait en prendre des doses extrêmement importantes… »

>> A lire aussi : Cécile Bourgeon, la mère aux deux visages

De quoi battre en brèche la thèse de la défense qui explique, depuis plus de six jours, que l’absorption de stupéfiants pourrait être la cause du décès de la fillette. Et non pas les coups dont elle aurait été victime de la part de sa mère et du compagnon de celle-ci.

« Une trace » du lieu de la tombe dans leur esprit

Car eux n’ont jamais caché la quantité astronomique de stupéfiants qu’ils consommaient au moment des faits. « Perchés. » « Défoncés. » « Basés. » « Shootés. » Dans leur bouche, les termes varient. Mais ils ramènent tous au fait qu’ils étaient tellement drogués qu’ils ne se souviennent plus du lieu où ils ont enterré Fiona, nue et sans même son doudou, un dimanche de mai 2013.

>> A lire aussi : « Chaque fois que je me promène en forêt, je me demande où est cette petite »

Pourtant, ils se souviennent bien des stupéfiants. Avant d’aller l’enterrer, ils ont pris de l’héroïne et de la cocaïne. A leur retour, du Stilnox, du Xanax et du Subutex. De quoi, là encore, faire réagir Yvan Gaillard. « Cela produit une amnésie antérograde, précise-t-il. C’est-à-dire une amnésie à partir du moment où l’on prend les cachets. Pas avant. »

Cela entraîne, selon lui, « une confusion spatio-temporelle » mais n’empêche pas les accusés de « conserver [dans leur esprit] une trace de l’endroit où ils ont enterré l’enfant. » Il ne reste plus qu’à réussir à leur faire dire. Le verdict est attendu ce vendredi. Ils risquent trente ans de prison.