Quels sont les pays européens qui déplorent le plus de victimes d'accidents de la route?

MORTS En 2015, 26.000 personnes ont perdu la vie lors d'un accident de la route dans l'Union européenne...

Delphine Bancaud

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Un accident de voiture à Strasbourg.
Un accident de voiture à Strasbourg. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Chacun à son propre code de la route et sa manière de lutter contre l’insécurité routière. Pas étonnant donc que les pays européens enregistrent des chiffres extrêmement différents concernant la mortalité routière. D’autant que leur population ne sont parfois pas du tout du même ordre.

Relâchement des comportements en France

Selon les informations publiées ce vendredi par Eurostat, office statistique de l’Union européenne, à l’occasion de la Journée mondiale du souvenir des victimes des accidents de la route, parmi les Etats membres de l’UE, les pays qui ont déploré le plus de victimes d’accidents de la route en 2015 sont :  la France (3.461), suivie de très près par l’Allemagne (3.459), puis l’Italie (3.428), la Pologne (2.938), la Roumanie (1.893), le Royaume-Uni (1.806) et l’Espagne (1.689).

Un mauvais chiffre pour la France qui semble en annoncer un autre, selon Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière: «En 2015, la mortalité routière était en augmentation pour la deuxième année consécutive. Et si l’on observe les 10 premiers mois de l’année 2016, la hausse de la mortalité est de +0,8 %», souligne-t-elle. «Des mauvais chiffres dus au fait que les forces de l’ordre, accaparées par d’autres missions de sécurité (notamment liées au terrorisme), ont été moins présentes sur les routes et que les comportements des automobilistes se sont relâchés (utilisation du portable au volant et d’applications prévenant des contrôles routiers)», poursuit Anne Lavaud.

La France dans la moyenne européenne

Mais avant d’attribuer le bonnet d’âne européen à la France en matière de mortalité, il faut cependant regarder les statistiques plus précisément. Car le classement des pays européens les plus accidentogènes change lorsque l’on prend en compte la population de chaque Etat membre.

Les taux les plus élevés de morts sur la route en 2015 ont été enregistrés en Bulgarie (9,8 victimes d’accidents de la route recensés dans le pays pour 100.000 habitants), en Lettonie ainsi qu’en Roumanie (9,5 chacune), suivies par la Lituanie (8,3), la Croatie (8,2), la Pologne (7,7) et la Grèce (7,4).

La France se situe alors légèrement au-dessus de la moyenne européenne en ce qui concerne la mortalité routière (5,4 victimes d’accidents de la route pour 100.000 habitants). «Tous les pays qui enregistrent moins de morts sur les routes que la France sont ceux qui ont pris des mesures tous azimuts en matière de sécurité routière (abaissement de la vitesse à 30 km/heure en centre-ville, aménagement de passages piétons, renforcement des contrôles…)», commente Anne Lavaud.

Des progrès à poursuivre

Point optimiste de l’étude, si l’on observe la période allant de 1995 à 2015, l’ensemble des pays européens enregistrent une baisse de plus de la moitié des accidents mortels de la route  pendant cette période. Les pays qui ont fait les plus gros progrès dans ce domaine, sont l’Estonie, le Portugal, la Lettonie, la Slovénie, l’Espagne, le Danemark et la Grèce, où le nombre de victimes d’accidents de la route a notamment été réduit de plus des deux tiers.

La France a réussi aussi à faire baisser sensiblement son nombre de tués dans cette période (-61 %). « Cela s’explique par la mise en œuvre d’une politique très volontariste de Jacques Chirac  à partir de 2002 dans ce domaine », indique Chantal Perrichon, présidente de la ligue contre la violence routière. Peu après son élection, le président avait en effet érigé la lutte contre l’insécurité routière au rang de grande cause nationale et pris des mesures phares.

La circulaire en 2002 du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy contre les indulgences en matière de PV a eu un effet direct, tout comme la mise en œuvre en 2003 des radars automatiques », indique Chantal Perrichon. En effet, entre 2002 et 2003, le nombre de tués sur les routes baisse de 21 % et la mortalité routière n’a pas cessé de fléchir depuis.

Reste que cette évolution positive sur une décennie ne fait pas oublier les mauvais chiffres de la France ces dernières années. «Il ne faut pas considérer que 10 morts par jour, c’est le tribut que la France doit payer à la route. Il n’y a pas de fatalité», insiste Anne Lavaud, qui comme les autres associations, appelle les pouvoirs publics et les conducteurs à un sursaut.