Affaire Fiona: Au procès, le public est venu voir «les monstres» et aussi «ce qui a déconné»

REPORTAGE A Riom (Puy de Dôme), le procès de Cécile Bourgeon et de Berkane Makhlouf attire un public quasiment prêt à se battre pour avoir une place dans la salle d’audience…

Vincent Vantighem

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Riom (Puy de Dôme), le 17 novembre 2016. Le public fait la queue pour assister au procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf.
Riom (Puy de Dôme), le 17 novembre 2016. Le public fait la queue pour assister au procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf. — Thierry Zoccolan / AFP

De notre envoyé spécial à la cour d’assises du Puy-de-Dôme, à Riom,

Ce jeudi, Joëlle est arrivée vers 6h. Elle a patienté trois heures dans le froid glacial de la petite rue Saint-Louis de Riom (Puy de Dôme). Mais elle était heureuse, fière même, de pénétrer la première, à 9h, dans la cour d’assises. Comme cette quinquagénaire, ils sont de plus en plus nombreux, chaque matin, à vouloir assister au procès censé faire la lumière sur les circonstances de la mort de Fiona, 5 ans, en 2013.

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« On dirait la queue pour entrer à un concert », sourit-elle en avisant les barrières installées à la hâte, lundi, pour contenir la foule. Sauf qu’à l’intérieur, ce ne sont pas les Stones qui se produisent. Mais Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, la mère et le beau-père de la fillette, accusés d’avoir porté les coups ayant entraîné sa mort, puis de l’avoir enterrée aux abords d’un bois.

« Tous les mercredis, on est devant Enquêtes criminelles »

« Oui, on est venus voir les monstres », lâche un jeune homme qui, courageusement, refuse de dévoiler ne serait-ce que son prénom. « Bien sûr qu’on veut voir les accusés. D’autant qu’ils refusent d’être pris en photo, enchaîne Carine et Rachel quelques places plus loin dans la queue. Tous les mercredis soir, on est devant Enquêtes criminelles. Pour une fois que cela se passe chez nous… »

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Mais croire que le public ne se déplace que pour un voyeurisme malsain serait une erreur grossière. Etudiant en droit, Théo, 19 ans, assure qu’il vient prendre, ce jeudi, un « cours pratique ». Et surtout rendre hommage à la petite. « A l’époque où ils ont fait croire qu’elle avait été enlevée, ça a fait beaucoup de bruit par ici. Ça a mobilisé beaucoup de monde, notamment pour les recherches, explique-t-il. Quand on a découvert la vérité, on a été déçus. On a besoin d’entendre la vérité. »

« Prêtez-moi votre badge… »

Et de comprendre aussi. Alexandre, 26 ans, travaille lui dans une association de protection de l’enfance à Clermont-Ferrand. Lundi, il était parmi les premiers à faire la queue. « Je veux savoir ce qui a déconné dans le suivi. Pourquoi on n’a pas su empêcher la mort de cette fillette… » Et, pour cela, il est même prêt à sacrifier ses jours de congés.

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Sauf que les places sont chères. Aux côtés des nombreux journalistes accrédités, environ 80 places sont prévues, chaque jour, pour le public. La salle d’audience est grande. Mais pas suffisamment pour accueillir tout le monde. De quoi créer des tensions, des insultes, des coups et même des supplications. « Ils vous connaissent, déjà. Prêtez-moi votre badge juste une heure pour que je puisse rentrer », insiste un homme auprès de nous.

Mercredi, la rumeur a même couru que certaines personnes voulaient carrément « acheter » leur place. « Non, insiste le policier qui garde l’entrée de la cour. Des gens nous ont rapporté des croissants le matin. Certains en ont déduit qu’on était corruptibles. Mais non ! »

Il n’empêche, le président de la cour, Dominique Brault, a ouvert l’audience, ce jeudi, en expliquant qu’il avait saisi, mercredi, un téléphone portable dont un spectateur se servait pour filmer les débats. Joëlle n’en est pas à ce point-là. Vers 11h, elle est sortie pour avoir une bonne place dans la queue prévue pour l’audience de l’après-midi.