Assaut de Saint-Denis: Les habitants veulent être reconnus comme victimes du terrorisme

ATTENTATS Un nouveau collectif, composé notamment de copropriétaires de l’immeuble où étaient retranchés les terroristes, a été lancé mercredi...

20 Minutes avec AFP

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L'immeuble du 48 avenue de la République le 18 novembre 2015 après l'assaut du Raid.
L'immeuble du 48 avenue de la République le 18 novembre 2015 après l'assaut du Raid. — AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

Amers, ils estiment que la situation aurait été réglée différemment, et plus rapidement, si les terroristes s’étaient cachés à Paris plutôt qu’en banlieue. Réveillés il y a un an par le déluge de feu du Raid sur l’appartement où s’étaient cachés deux djihadistes des attentats 13 novembre, les anciens habitants d’un immeuble dévasté de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) veulent à leur tour être reconnus comme victimes du terrorisme.

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L’opération du Raid, lancée le 18 novembre 2015 à 4 h 20, a conduit à un siège de plusieurs heures d’une grande violence, à quelques mètres de voisins terrés chez eux ou évacués à la hâte. Sept d’entre eux ont été blessés, dont quatre par les balles de la police. L’immeuble de la rue du Corbillon, déjà vétuste et fragilisé notamment par l’explosion d’une ceinture explosive, est déclaré inhabitable. Selon le recensement de la préfecture, 88 personnes, dont 24 enfants, ne peuvent regagner leur logement.

« On voit toujours les images »

Au-delà des soucis matériels qui minent leur quotidien, les sinistrés évoquent leur « traumatisme psychologique ». « On est devenu malade avec tout ça. On y pense beaucoup, surtout à l’approche du 18 », raconte Noureddine Touil. Ce Marocain, sans-papiers au moment de l’assaut, avait été blessé au bras par un « tir de neutralisation » des policiers, placé en garde à vue et menacé d’expulsion. Il bénéficie désormais d’un titre de séjour.

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Lassina Traoré-Tagara, un Burkinabé qui vivait dans un appartement « au-dessus des criminels », a également été régularisé. Lui aussi ressasse : « On voit toujours les images », dit-il, à la sortie d’un entretien avec un psychologue. Il s’agit selon lui de son troisième rendez-vous en un an. Il en voudrait davantage.

C’est justement pour bénéficier d’un meilleur suivi psychologique que les sinistrés demandent à être reconnus comme victimes du terrorisme, explique N’Goran Ahoua, président de l’association qui défend les habitants. « Nous voulons avoir accès aux soins médico-psychologiques sur le long terme », précise cet entrepreneur, qui raconte avoir été incapable pendant plusieurs mois de prendre les transports en commun pour aller travailler. De « grands bonhommes qui semblaient sereins » après l’assaut « ont chuté psychologiquement quelques mois plus tard », poursuit-il.

Victimes d’une intervention policière « en responsabilité sans faute de l’Etat »

Mercredi, deux jours avant l’anniversaire de l’assaut, un nouveau collectif, composé notamment de copropriétaires de l’immeuble, a été lancé. Les membres de ce « collectif du 18-Novembre Saint-Denis » entendent se constituer partie civile dans l’enquête judiciaire sur le 13 novembre pour être reconnus comme victimes des attentats, et saisir le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme (FGTI).

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Des sources proches du dossier ont toutefois affirmé que la démarche avait peu de chance d’aboutir. Pour l’heure, les autorités considèrent les sinistrés comme des victimes d’une intervention policière « en responsabilité sans faute de l’État ». « La qualification retenue décrit parfaitement la situation que les gens ont vécue, ils n’ont pas été victimes des terroristes, mais victimes de l’intervention en force de la police », estime la préfète déléguée pour l’égalité des chances de Seine-Saint-Denis, Fadela Benrabia.

Pour les indemniser, un « dispositif inédit », selon ses termes, a été mis en place au ministère de la Justice, où un référent a été désigné. « L’innovation est la prise en compte du préjudice moral » dans une affaire où la responsabilité sans faute de l’État est engagée, précise-t-on au ministère. A ce titre, 23 personnes ont déjà accepté une indemnisation forfaitaire et « les transactions sont en cours de validation », selon la Chancellerie.