Lycées de ZEP: «Ce n’est pas quand l'éducation prioritaire porte ses fruits qu’il faut la supprimer»

TEMOIGNAGES Craignant d’être exclus de la carte de l’éducation prioritaire, des lycées seront en grève jeudi. Des profs nous ont fait part de leurs craintes…

Delphine Bancaud
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Manifestation contre la réforme des ZEP à Marseille, le 17 décembre 2014
Manifestation contre la réforme des ZEP à Marseille, le 17 décembre 2014 — Boris Horvat AFP

«Touche pas à ma ZEP ! ». C’est un cri du cœur que l’on entendra ce jeudi à Paris, où des enseignants manifesteront à nouveau pour la troisième fois depuis la rentrée afin d’exprimer leur crainte de voir les lycées rayés de la carte de l’éducation prioritaire. Un mouvement de contestation né en Ile de France et qui est devenu national.

Absents de la réforme de l’éducation prioritaire de 2014 qui se concentrait sur l’école et le collège, les lycées de l’éducation prioritaire bénéficient toujours de moyens supplémentaires pour fonctionner, mais jusqu’à quand ? La question se pose après plusieurs déclarations de Najat Vallaud-Belkacem. En septembre, la ministre de l’Education a cependant garanti aux enseignants des lycées de l’éducation prioritaire, qu’ils toucheraient des indemnités spécifiques propres aux profs de ZEP  jusqu’en 2019 « dans l’attente de la révision effective de la carte ». « Mais, mardi 15 novembre, lors d’une séance de questions au gouvernement, elle a renvoyé la question des lycées en éducation prioritaire à un très hypothétique futur quinquennat. Cela ne peut en aucun cas satisfaire des enseignants en attente de réponses rapides pour assurer la réussite de leurs élèves », explique le collectif Touche pas à ma ZEP dans une tribune publiée dans Le Monde ce mardi. 20 minutes donne la parole à trois enseignants qui défendent le maintient des moyens supplémentaires pour les lycées d’éducation prioritaire et même l’élargissement de la carte des établissements qui pourraient être classés sous ce label.

David Pijoan, professeur de maths au lycée Guy de Maupassant de Colombes

« Dans mon lycée, il est difficile d’imaginer que les élèves puissent être plus de 30 par classe. Car ceux que nous accueillons ont besoin que l’on travaille en petits groupes et qu’on prenne le temps de les aider à combler leurs lacunes. Si le lycée perdait les moyens supplémentaires qui lui sont alloués, ce ne serait plus possible. Et au lieu de faire un bac blanc dans l’année, ils en font 10. On organise aussi des voyages de révision pour le bac. Et grâce à la convention signée avec Sciences po, les élèves préparent durant leur année de Terminale un dossier de presse portant sur un sujet d’actualité, bénéficient d’un accompagnement particulier et de sorties culturelles. Le lycée dispose aussi de surveillants et d’assistants pédagogiques en plus par rapport à un lycée lambda. Tous ces moyens supplémentaires nous permettent d’amener au bac des élèves qui auraient abandonné s’ils n’avaient pas eu un tel encadrement. Et le fait que les profs bénéficient de primes et de points de mutation supplémentaires parce qu’ils travaillent en ZEP contribue à ce que leur travail soit reconnu, ce qui est très important ».

Teresa Cannavo, enseignante de français au lycée Joliot-Curie de Nanterre

« L’éducation prioritaire, ça marche. Dans mon lycée, tous les dispositifs pédagogiques que nous avons mis en place grâce à des moyens supplémentaires ont permis que l’on passe de 60 % de réussite au bac à 86 %. Ce n’est donc pas quand l’éducation prioritaire porte ses fruits qu’il faut la supprimer. Il faut au contraire la pérenniser via un décret. Il faut que les enseignants qui viennent exercer dans ces établissements le fassent par choix, car ils bénéficient de bonnes conditions pour remplir leurs missions. En ZEP, on peut établir une relation de confiance avec les élèves et susciter chez eux le plaisir d’apprendre. Car les cours en petits groupes permettent une meilleure qualité de travail, on implique les élèves dans des projets artistiques, on leur propose une aide aux devoirs. On résout aussi les problèmes dès qu’ils se posent grâce à un travail d’équipe. Sans ces moyens-là, on mettrait les élèves en échec et certains décrocheraient à coup sûr ».

Clément, professeur d’histoire-géographie au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles

« Tous les élèves de mon lycée viennent de collèges estampillés REP, mais mon lycée ne fait pas partie de l’éducation prioritaire. Une aberration, car mes élèves auraient eu besoin de bénéficier d’un encadrement renforcé. Ici les classes comptent toutes plus de 30 élèves, ce qui ne permet pas d’individualiser la pédagogie. Du coup, à la fin de chaque cours, je constate que certains élèves n’ont pas compris un traître mot de ce que je leur ai dit. On ne peut pas les faire progresser en leur offrant toute l’attention dont ils auraient besoin. Ils sont pénalisés et n’ont pas la même chance que d’autres élèves qui sont en éducation prioritaire. Cela prouve bien de l’importance non seulement de maintenir, mais même de renforcer l’éducation prioritaire ».