FN : La justice va-t-elle annuler l’exclusion de Jean-Marie Le Pen ?

JUSTICE Le «Menhir», 88 ans, avait été suspendu du FN en mai 2015, puis exclu en août de la même année, en raison notamment de ses propos réitérés sur les chambres à gaz...

20 Minutes avec AFP
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Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national, le 5 octobre 2016 à Marseille.
Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front national, le 5 octobre 2016 à Marseille. — Claude Paris/AP/SIPA

Président d'honneur à vie ou «détail de l'histoire du » ? La justice se prononce jeudi sur le devenir de  , cofondateur du FN, banni par sa fille l'an dernier du mouvement d'extrême droite mais qui conteste son exclusion et entend réintégrer le parti.

Le «Menhir», 88 ans, avait été suspendu du FN en mai 2015, puis exclu en août de la même année, en raison notamment de ses propos réitérés sur les chambres à gaz, «détail» de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, qui lui ont valu en avril une condamnation à 30.000 euros d'amende, ou de sa défense du maréchal Pétain. Des provocations jugées pénalisantes pour la stratégie de «dédiabolisation» menée par sa fille, à la tête du parti.

«Griefs dérisoires, ridicules»

«Ces griefs sont dérisoires, ridicules», «une construction saugrenue pour essayer d'étayer une exécution» politique, a plaidé son avocat, Me Frédéric Joachim,  devant le Tribunal de grande instance de Nanterre. «C'est une page de l'histoire de France que l'on essaye de tourner», a-t-il ajouté. La défense de Jean-Marie Le Pen, pour demander au tribunal d'annuler son exclusion et d'ordonner sa réintégration parmi les membres du parti, a notamment tenté de démontrer que le bureau exécutif du FN qui l'a exclu n'était pas compétent pour le faire, et donc que sa décision était nulle.

Jean-Marie Le Pen a également demandé à la justice de dire «en tout état de cause» que son exclusion en tant que membre ne saurait le priver de son titre de président d'honneur du FN et des prérogatives qui y sont attachées, et de lui permettre notamment de siéger à nouveau au sein des instances dirigeantes du parti. «Autant que sa vie durera, Jean-Marie Le Pen sera président d'honneur» du Front national, a lancé son avocat.

«Motifs graves qui justifient une exclusion»

Le Front national, par la voix de son avocat, Me Georges Sauveur, s'est pour sa part attaché à rappeler la «gravité» des provocations de Jean-Marie Le Pen: «Oui, ces propos constituent des motifs graves qui justifient une exclusion. Il a été condamné!» L'avocat a également cité de nombreuses déclarations de Jean-Marie Le Pen critiques envers la direction du FN et sa ligne politique. «Aujourd'hui, c'est M. Le Pen qui est devenu un détail de l'histoire du Front national», a-t-il conclu lors de l'audience.

C'est la quatrième fois que le cofondateur du FN affronte au tribunal le parti qu'il a longtemps incarné. A trois reprises l'an dernier, la justice lui avait donné raison, d'abord en annulant sa suspension puis en suspendant, par deux fois, le congrès par correspondance censé supprimer son statut de président d'honneur. Jean-Marie Le Pen, qui a dit à la presse vouloir «la victoire», «celle de la justice», réclame en outre au Front national deux millions d'euros de dommages et intérêts. Dans l'attente de son hypothétique réintégration dans le parti, Jean-Marie Le Pen fait durer le suspense sur son éventuel soutien à sa fille pour la présidentielle et les législatives de 2017.

«Jean-Marie Le Pen n'a plus d'audience politique»

Au FN, le sort du vieux chef semble scellé. Le parti attend la décision de justice et, quoique tranche le tribunal, entend faire en sorte «que la décision politique», exclure «Le Pen» du parti, soit «appliquée», selon un dirigeant. Le sujet n'est toutefois que très peu abordé au sein du parti. Marine Le Pen et ses équipes, concentrées sur la campagne présidentielle, devraient dévoiler mardi l'organigramme de campagne de la présidente du parti et celle-ci inaugurera mercredi son QG parisien.

«Je suis persuadé que Jean-Marie Le Pen n'a plus d'audience politique», affirme un proche de Marine Le Pen. «Humainement c'est triste, politiquement c'est dérisoire.»