Le 13-Novembre, un an après : « Le chemin sera long pour certains mais ne désespérez pas »

MEMOIRE L'association Life for Paris a organisé ce dimanche après-midi une rencontre entre ses membres et trois invités venus délivrer un message d'espoir aux victimes et à leurs proches...

Florence Floux

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Des passants rendent hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 devant le Bataclan
Des passants rendent hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 devant le Bataclan — LEWIS JOLY/SIPA

Ils sont trois. Trois invités d’honneur conviés par l’association Life for Paris pour commémorer les attentats du 13 novembre 2015. Après les dévoilements de plaques sur lesquelles figurent les noms des victimes décédées au Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), puis sur les différents lieux des attaques à Paris, et une cérémonie devant la mairie du 11e arrondissement, l’association de victimes des attentats a souhaité donner la parole à trois personnalités connues et respectées chacune dans son domaine.

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Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS Attentats, Boris Cyrulnik, psychiatre spécialiste de la résilience, et Denis Peschanski, historien en charge du programme de recherche du CNRS baptisé « 13-Novembre ». « Nous les avons choisis parce que depuis le début, ce sont les trois personnes qui font le plus de sens pour nous, en ce qui concerne la reconstruction et la mémoire », explique Alexis Lebrun, porte-parole de l’association. Le but affiché de ces débats est d’envoyer un message d’espoir et une perspective de vie aux victimes et à leurs proches présents dans la salle du 11e arrondissement privatisée pour l’événement.

Il faut tout un village…

Boris Cyrulnik et Denis Peschanski abordent tour à tour la question du syndrome post-traumatique : « Dans un premier temps, les victimes sont hébétées, le cerveau se déconnecte parce que l’horreur est telle qu’elles ont besoin de se protéger. On est comme possédé, on ne pense plus qu’à cet instant traumatique », indique le psychiatre.

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Tout l’enjeu pour une personne atteinte de syndrome post-traumatique est de parvenir « à renvoyer ce passé qui envahit le présent, dans le passé », détaille l’historien Denis Peschanski. D’après l’historien, « il faut savoir parfois oublier pour aller mieux », la mémoire se débarrassant petit à petit de ce qui ne fait pas sens. Un objectif que personne ne peut atteindre seul, rappelle Boris Cyrulnik : « Dans un premier temps, il faut rassurer la personne. Ensuite, il faut lui tendre la main, pour ne pas la laisser seule. L’affectivité de quelqu’un est structurée par sa famille, ses copains mais aussi son quartier et sa culture. Ça concerne beaucoup de monde. »

« Chacun devra suivre son chemin »

Beaucoup de monde, à commencer par les médias, « dont le rôle peut être bénéfique et maléfique », constate Boris Cyrulnik. Mais aussi les politiques… Le psychiatre comme l’historien évoquent tour à tour les manquements à l’unité nationale après le 13-Novembre et l’attentat de Nice (Alpes-Maritimes) le 14 juillet. « Il faut une parole "secure" pour aider les traumatisés. Les incidents que nous avons vus à l’Assemblée nationale, puis l’explosion complète de l’unité nationale avec Nice… La victoire des terroristes va se jouer là », insiste Denis Peschanski.

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Françoise Rudetzki évoque également ses craintes pour les mois à venir : « Je me fais un peu de souci pour cette campagne. Pendant la dernière, nous avons eu les attentats de Mohamed Merah, en mars 2012… » Un peu plus tard, l’émotion se fait palpable lorsqu’on lit une question posée par un membre de l’association aux trois experts : « Combien de temps dure ce sentiment que quelqu’un va venir nous tuer, cette angoisse de mort ? » interroge une victime.

Françoise Rudetzki, elle-même victime d’un attentat en 1983, se veut alors rassurante. « Le chemin sera long pour certains et plus court pour d’autres. Chacun devra suivre son chemin. Ne désespérez surtout pas. » Alice, qui se trouve dans la salle, retiendra ces mots de celle qui a voué sa vie à l’aide aux victimes de terrorisme. « Cela m’a interpellée parce que j’ai les mêmes angoisses que la personne qui a posé la question. J’ai trouvé ça très intéressant, mais je manque encore de recul. C’est compliqué une journée comme celle-là. Moi, j’ai de la chance, je suis très entourée. » Par une famille, des copains, un quartier, une culture.