Lycéen frappé au lycée Bergson: Un «malheureux concours de circonstance» pour le policier mis en cause

COMPTE-RENDU Ce jeudi, un gardien de la paix du 19e arrondissement de Paris comparaissait devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « violence volontaires » à l’encontre d’un adolescent de 15 ans…

Helene Sergent

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Les grilles du lycée Bergson (19e) ce vendredi matin
Les grilles du lycée Bergson (19e) ce vendredi matin — R.LESCURIEUX

Dans la salle bondée de la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Adan*, 15 ans, peine à regarder l’écran installé à quelques mètres de lui. Son père, assis à sa droite, détourne la tête puis fond en larmes. Sur les images diffusées ce jeudi 10 novembre, on aperçoit le lycéen empoigné par trois fonctionnaires de police. L’un d’eux s’écarte, tend son bras vers l’arrière puis vient asséner un violent coup de poing à l’adolescent, qui s’écroule.

La vidéo publiée sur YouTube puis partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux, remonte au 24 mars dernier, aux prémices de la mobilisation contre la Loi Travail. Dans un contexte de tension sociale marquée par des violences policières récurrentes et des débordements quasi-systématiques en fin de cortège, le geste est unanimement condamné. Le ministre de l’Intérieur et le Préfet de police s’en émeuvent, l’IGPN se saisit de l’affaire. Renvoyé une première fois en mai, le procès de Sofiane, gardien de la paix dans le 19e arrondissement de Paris, s’est peu à peu mué en procès de « l’omerta » au sein de l’institution policière.

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Un « mauvais concours de circonstance »

Affecté au commissariat du 19e arrondissement depuis décembre 2013 au sein de la brigade police secours, Sofiane est appelé ce 24 mars pour se rendre aux abords du lycée Henri-Bergson. Arrivé sur place, le gardien de la paix, qui n’est pas formé spécifiquement au maintien de l’ordre, se voit confier une mission d’interpellation d’un lycéen suspecté d’avoir « jeté des œufs », de « la farine » et des « bouteilles en verre » en direction des policiers. « Le contexte était stressant, on manquait d’effectifs, le matériel était défaillant […] et dès le début on a senti que les jeunes étaient hostiles, ils nous disaient "cassez-vous !" », a expliqué le policier. Adan, qui a reconnu lors de ses auditions devant la police des polices avoir jeté « deux œufs », correspond au signalement fourni à Sofiane.

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S’ensuivent un mouvement de foule puis une course-poursuite aux abords de la Halle Secrétan, à quelques mètres du lycée. Les images captées par les caméras de vidéo surveillance provoquent un murmure d’effroi dans la salle d’audience. Adan est à terre, puis relevé par le policier qui lui décoche une balayette, le redresse avant de porter un dernier coup au visage de l’adolescent, qui occasionnera une fracture des os du nez et 6 jours d’ITT. « C’est un malheureux concours de circonstances. […] Il avait les bras en croix, on était obligés de se mettre à deux pour pouvoir le menotter, puis j’ai senti comme des doigts sur ma jugulaire. Mon geste, c’est une technique de défense individuelle qui consiste à porter un coup au niveau du plexus, je n’avais pas la volonté de viser son visage », s’est défendu le fonctionnaire mis en cause.

Une « violence évidente »

Le policier n’a pas toujours livré cette version des faits, jusqu’au visionnage dans les locaux de l’IGPN, des différentes vidéos attestant de son geste. Certains de ses collègues auditionnés, intervenus aux côtés de Sofiane, affirmeront n’avoir constaté aucun geste violent. Une « omerta » systématique pour Arié Alimi, avocat du lycéen blessé : « Il y a là un schéma classique de violences policières illégitimes qui n’intervient pas dans le cadre d’un péril imminent, ni par nécessité. »

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Une analyse partagée par le procureur qui a requis six mois de prison avec sursis : « Cette vidéo est choquante à deux égards. D’une part en raison de l’illégitimité absolue, manifeste de la violence et d’autre part en raison du très jeune âge de la victime », ajoutant qu’il y avait eu, de la part des fonctionnaires de police présents, « une volonté de ne rien dire ».

David Kahn, avocat du policier visiblement excédé par « l’angélisme » des parties civiles à l’encontre des manifestants a plaidé en faveur d’une dispense d’inscription de la mention sur le bulletin numéro 2 du casier judiciaire permettant d’éviter à son client « passionné par son métier », une interdiction d’exercer. « C’est difficile de me dire que j’ai commis une erreur, j’ai travaillé dur, j’ai fait des sacrifices et cette histoire a pris des proportions très importantes. J’ai de profonds regrets pour le corps de métier, qui a été entaché, et pour la personne qui a été blessée », a conclu le policier. La décision est mise en délibéré et sera rendue le 23 novembre.