Le 13-Novembre, un an après : Les jeunes n’ont pas changé leurs habitudes mais sont plus méfiants

SONDAGE Si le mode de vie des 18-30 ans n’a pas été bouleversé par les attentats, le sentiment d’insécurité est plus grand…

Olivier Philippe-Viela

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Une terrasse parisienne, une semaine après les attaques
Une terrasse parisienne, une semaine après les attaques — SIPA PRESS

« Je n’ai pas changé mon mode de vie, je fréquente toujours les mêmes bars, je vais toujours en terrasse, au restaurant, au cinéma… C’est mon attitude qui a changé, je suis moins sereine qu’avant », raconte Mélissa, employée dans une banque à Paris. La jeune femme fait partie des 18-30 ans qui ont donné leurs sentiments sur les répercussions de la soirée du 13 novembre 2015 un an après, dans une enquête OpinionWay* pour 20 Minutes auprès de la communauté #MoiJeune.

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Son témoignage recoupe les résultats du sondage : 71 % des répondants ont indiqué ne pas avoir changé de comportements ni d’habitudes en période de risque terroriste. Une écrasante majorité a également dit ne pas éviter de lieux en particulier depuis un an (83 %) ni avoir changé ses habitudes de sortie (81 %). « Je continue à aller au stade, en festival, en boîte. Pour tout dire, le lendemain du 13-Novembre, je suis allé dans un bar et en discothèque », se rappelle Julien, employé d’une collectivité territoriale à Caen.

« Ça va faire un an, mais ça reste un sujet douloureux »

Mais une petite note anxieuse revient dans les différents témoignages : « la sécurité », « l’incertitude », « moins d’insouciance et plus de gravité », sont des éléments de langage récurrents parmi les personnes sondées. Un an après, l’inquiétude est moindre, mais certains ont mis du temps à se remettre du choc : « Les mois qui ont suivi le 13-Novembre, je ne sortais presque pas, et je n’étais pas non plus rassuré dans le métro, il y avait d’ailleurs une ambiance très pesante, tout le monde se regardait et se dévisageait », explique Lancelot, community manager à Paris.

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Mélissa confirme : « Aujourd’hui, ça va faire un an, mais ça reste un sujet douloureux, avec mes amis on en parle régulièrement et à chaque fois on ne peut pas s’empêcher d’être émus. » « Je n’ai pas vraiment changé, mais malgré tout je pense aux risques potentiels quand je prévois d’aller à des événements qui drainent beaucoup de monde, comme la fête de la Musique ou la fête de la Lumière de Chartres », ajoute Soliane, journaliste à Niort.

« Toujours cette petite peur dans un coin de ma tête »

« Au début, j’y songeais un peu quand je sortais de chez moi pour me retrouver dans des lieux publics regroupant beaucoup de monde », abonde le Caennais Julien. « Mais à aucun moment je ne me suis empêché de faire quelque chose par appréhension », précise-t-il tout de suite. Beaucoup, comme Egaan, employé de la Poste à Paris, confirment l’absence de changement dans leur style de vie malgré un sentiment diffus d’insécurité. Mais le jeune homme ne pointe pas directement le spectre terroriste : « Mon sentiment d’insécurité est surtout lié à la très mauvaise gestion du risque par nos autorités, envers lesquelles je n’ai plus du tout confiance, plus qu’à la menace en elle-même. »

Tous veulent passer à autre chose. « Qu’on ne sorte pas, c’est ce que les terroristes veulent, donc "fuck it", je suis sorti, plus qu’avant, mais j’ai toujours cette petite peur dans un coin de ma tête que quelque chose arrive », témoigne Lancelot. La première réponse, quand on leur demande la manière dont il faudrait entretenir la mémoire des attentats, est d’ailleurs significative : 39 % des sondés pensent que le 13-Novembre devrait rester un jour comme les autres (et 23 % voudraient créer une minute de silence chaque année). Mélissa résume le sentiment ambiant : « Je suis juste fataliste… Je n’ai plus peur, je continue à vivre, mais je sais qu’un jour Paris sera de nouveau touché et que je peux être au mauvais endroit à ce moment-là. »

*Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 8 au 10 novembre 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 738 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.