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REPORTAGEMalaise des Infirmiers: «Le côté humain de notre métier disparaît»

VIDEO. Manifestation des infirmiers: «Le côté humain de notre métier disparaît»

REPORTAGECe mardi matin, les associations et syndicats d'infirmiers, libéraux, salariés et étudiants ont appelé à une manifestation pour réclamer de meilleures conditions de travail...
Mardi 8 novembre 2016, devant la gare Montparnasse des infirmiers ont manifesté leur colère.
Mardi 8 novembre 2016, devant la gare Montparnasse des infirmiers ont manifesté leur colère.  - O. Gabriel/ 20 Minutes
Oihana Gabriel

Oihana Gabriel

«C’est rentré dans la normalité : l’infirmière, c’est la bonne poire ! », tempête Lucile. Cette infirmière, exerçant depuis seulement un an en Bretagne, a décidé de rejoindre Paris et la gare Montparnasse ce mardi matin,

Pour la première fois depuis 28 ans, infirmiers salariés, libéraux, mais aussi beaucoup d’étudiants et quelques aides-soignants ont décidé de se mettre en grève dans tout le pays et d’aller porter leurs réclamations ensemble devant les bureaux de la ministre de la Santé Vers 11h, le cortège, composé de plus d’un millier de manifestants, s’est ébranlé depuis Montparnasse.

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Epuisement et cercle vicieux

A 9h50, le parvis de la gare grouillait déjà de blouses bleus, de visages peinturlurés et de pancartes. Depuis la gare, certains voyageurs applaudissent les manifestants. « On est là pour défendre la qualité des soins du patient », assure Anaïs, infirmière depuis dix ans. « La charge des soins a augmenté et pas les effectifs, renchérit Evelyne, sa collègue.

Plusieurs manifestants affichaient sur leurs vêtements un des mots d’ordre : #soigne et tais-toi. Sur les pancartes, la colère prend pour slogan : « Hostérité basta », « Infirmières maltraitées ! Patients en danger » « APHP en coma dépassé », « Etudiants malmenés, profession en danger »…

« On nous demande de faire tout plus vite »

Aurore, Alexia et Lucille ont débarqué de Bretagne et de Picardie pour se faire entendre de la ministre. « Nos conditions de travail dégradées se ressentent sur la qualité des soins, avance Aurore. Et sa collègue de renchérir : « Les patients se plaignent, mais on n’a pas le temps de discuter avec eux. Il m’arrive de ne pas m’arrêter pour aller aux toilettes ou m’asseoir de 7h à 13h. On nous demande de faire tout plus vite. Et c’est frustrant pour nous. « Et puis on est vraiment multitâche : en plus d’être infirmière, on fait secrétaire, kiné, psychologue… », ajoute Alexia.

Un épuisement global et un cercle vicieux que tous dénoncent. « Le problème, c’est que le ministère voit qu’on y arrive, mais c’est parce qu’on force sur notre propre santé, résume Aurore. Ils savent qu’on va faire notre maximum pour nos patients, parce que ça pourrait être vos parents, nos parents. Ils en profitent. »

Un métier pénible

« Aujourd’hui le taux d’absentéisme élevé dans la profession reflète l’épuisement : du coup on fonctionne tout le temps en effectif réduit, personne ne peut suivre de formation par manque de personnel, souligne Evelyne. Et c’est quand même le signe que ça ne va pas. »

Marisol Touraine devrait recevoir cet après-midi une délégation de manifestants. Pour parler salaire, reconnaissance, mais aussi pénibilité du travail. « J’aimerais qu’on reconnaisse la pénibilité de notre travail : entre les horaires décalés, la disponibilité nécessaire, la manutention, explique Evelyne. Et puis c’est violent émotionnellement, on est face à la souffrance, à la fin de vie, à l’angoisse. Vous savez que l’espérance de vie des infirmières est inférieure de 7 ans par rapport aux Françaises ? »

« Notre métier est découpé en tranches »

Si du côté du public, le malaise concerne des conditions de travail dégradées, un rythme insoutenable et un manque de personnel criant, les revendications des infirmiers libéraux ne sont pas tout à fait les mêmes. « On veut se faire entendre de notre ministre méprisante et autiste, attaque Christophe, infirmier libéral dans les Hauts-de-Seine. Il faut qu’on nous donne les moyens d’exister encore dans dix ans ! On empiète sur nos compétences : maintenant les pharmaciens peuvent vacciner, on encourage les maisons de santé. Notre métier est découpé en tranches. »

Stéphanie, infirmière libérale en Gironde ajoute : « Aujourd’hui, les patients se font eux-mêmes les piqûres et pansements. On récupère les miettes. » Portant avec elle son affiche, Marie, une collègue du Gers, partage ce ras-le-bol.

« Entre une tarification de l’acte très basse et des charges élevées, on n’est même pas payées au Smic horaire alors qu’on a fait un bac + 3. En fait, la santé est en train de devenir un commerce et tout le côté humain de notre métier disparaît. »

Une augmentation de salaire

Mais un mot d’ordre rassemble tous ces manifestants où qu’ils travaillent : le besoin de reconnaissance. Qui passe par une augmentation de salaire pour les professionnels, d’indemnités pour les étudiants. Dans le privé, « c’est toute l’année les soldes : le premier soin est payé à 100 %, le deuxième à 50 % et après c’est gratuit ! », résume Stéphanie.

Dans le public : « Notre salaire, entre 1.500 et 1 800 euros par mois n’est pas à la hauteur de nos responsabilités », s’agace Alexia. Même chez les étudiants, le malaise est déjà présent. « On remplace les professionnels qui sont en arrêt maladie, explique Tiphaine, 21 ans, étudiante infirmière. Du coup, on n’est pas du tout encadré, on n’apprend pas grand-chose. Et on peut faire des erreurs… »

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