VIDEO. Migrants à Stalingrad: Une énième évacuation ou la dernière?

IMMIGRATION Alors que l'évacuation du camp de Stalingrad est la plus importante à Paris, avec 3.800 migrants, est ce que cette fois, ils trouveront une solution durable?

Oihana Gabriel

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Vendredi 4 novembre 2016, le campement de Stalingrad, qui regroupait environ 3.800 migrants a été évacué.
Vendredi 4 novembre 2016, le campement de Stalingrad, qui regroupait environ 3.800 migrants a été évacué. — AFP

« On fait le vœu que ça soit la dernière évacuation », assure Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité. Au petit matin, ce vendredi, CRS, bus et pelleteuses ont remplacé les tentes à Stalingrad. Une 30e évacuation en seulement 18 mois en Ile-de-France. La préfecture a annoncé que cette opération était la plus importante à Paris : 3.852 personnes ont été orientées vers 78 centres d’hébergement franciliens.  Est-ce que l’évacuation ce vendredi matin de ce campement sera aussi éphémère que les précédentes ?

Un centre à Paris de 400 places

Pour empêcher la reconstitution de ces campements, la maire de Paris, Anne Hidalgo, avait décidé au printemps d’ouvrir un « centre d’accueil humanitaire » près de la Chapelle. Celuic- doit ouvrir dans les prochains jours. Une initiative prometteuse pour Bruno Morel, directeur général d’Emmaüs Solidarité

« Nous avons travaillé depuis trois mois pour formater l’organisation de ce centre en fonction des arrivées récentes à Paris. Pour pouvoir accueillir les migrants, environ 80 arrivent en moyenne chaque jour à Paris. Parmi eux, les hommes isolés pourront rester de cinq à dix jours avec une capacité de 400 places dans le centre. Mais tout l’enjeu concerne la fluidité entre ce nouveau centre et les structures traditionnelles, Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) et Centres d’accueil et d’orientation (CAO) »

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Augmenter les places 

Mais ce n’est pas la première fois que le campement de Stalingrad est détruit…. et peut-être pas la dernière. « Malheureusement, ça risque d’être une histoire sans fin ces évacuations, regrette Antoine Decourcelle, en charge des questions asile pour la région Ile-de-France à la Cimade. L’ouverture du camp humanitaire est une bonne nouvelle, mais avec 400, même 600 places, cela sera insuffisant. Aujourd’hui on estime qu’entre 60 et 80 migrants arrivent à Paris chaque jour. » Un flux qui n’est pas prêt de se tarir.

Pour Antoine Decourcelle, il faut de toute façon augmenter les capacités d’accueil des structures pérennes : « il y a aujourd’hui 40.000 places en CADA et 7.500 en CAO. Et on évalue les demandes d’asile à 60.000 par an… » Mais le gouvernement a annoncé en septembre qu’il souhaitait créer 12.000 places d’hébergement supplémentaires sur l’ensermble du territoire d’ici à la fin de l’année pour évacuer les « migrants de Calais » et de la région parisienne.

Mieux répartir sur le territoire

Cependant, la capitale concentre les administrations, les traducteurs potentiels et parfois les proches de ces exilés. « Certains migrants pensent que plus ils seront éloignés de Paris, moins ils auront de prise sur leur dossier », résume Antoine Decourcelle.

Et les arrivées à Paris pourraient s’accélérer avec le démantèlement de la « jungle » de Calais. « Il va falloir faire appel à la solidarité nationale pour que les régions attirent davantage, explique directeur général d’Emmaüs Solidarité. Nos équipes dans ce nouveau centre à Paris, avec tout leur talent, devront donner des informations sur les démarches pour obtenir le statut d’exilé, mais aussi expliquer les potentialités des autres régions. »

Interviewé dans Libération, Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’asile, estime qu’il faut « créer des centres de transit dans les grandes métropoles françaises, chacune avec le même niveau de service, pour permettre l’enregistrement des dossiers des migrants dans des délais raisonnables. »

Simplifier les démarches

Et Antoine Decourcelle de relever les nombreuses incohérences de cette gestion des migrants. « Aujourd’hui, les structures parisiennes sont saturées. On a l’impression qu’avec ce centre, ils ajoutent une couche de procédures dans un dispositif déjà lent et complexe. Or, il y a déjà embouteillage. Les migrants doivent être préenregistrés sur des plateformes pour ensuite obtenir un rendez-vous en préfecture et enfin atteindre l’office français de protection des réfugiés et des apatrides. La France doit simplifier ces procédures. »

Autre difficulté : le règlement de Dublin III, qui pose comme principe que le pays dans lequel a été formulée la demande d’asile est celui qui est chargé de son instruction et de la décision finale. « C’est absurde que la France renvoie des migrants par exemple en Italie, alors qu’elle s’engage dans le même temps à recevoir d’autres migrants », relève Antoine Decourcelle de la Cimade.