Harcelé à l’école, Jacky sensibilise aujourd’hui les élèves à ce fléau

EDUCATION A l’occasion de la journée nationale annuelle dédiée au harcèlement scolaire, « 20 minutes » a rencontré cet étudiant qui se consacre chaque semaine à la lutte contre ce phénomène…

Delphine Bancaud

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Jacky Pamart, il a été harcelé à l'école et il est désormais réserviste.
Jacky Pamart, il a été harcelé à l'école et il est désormais réserviste. — D.Bancaud/20minutes

Il parle avec aisance, il affiche un sourire doux et regarde ses interlocuteurs bien en face. Impossible aujourd’hui de deviner que Jacky Pamart, 21 ans, a connu le traumatisme du harcèlement scolaire. Et pourtant, les souvenirs de ces agressions sont toujours aussi vifs dans sa mémoire.

Sa malchance : un bégaiement très prononcé que ses « camarades » de 6e ont décidé de lui faire payer doublement. « J’étais insulté et frappé par certains élèves, tous les deux jours. Ces agressions avaient lieu aussi bien en salle des casiers que dans le bus scolaire », raconte-t-il. A ces humiliations, s’ajoute la peine de constater la lâcheté des témoins. « Ils riaient et personne ne levait le petit doigt pour m’aider », évoque-t-il. Pire : ceux qui étaient ses amis finissent par se détourner de lui, par peur de la contagion sans doute.

Il n’en parle à ses parents qu’au bout de cinq ans

Ses souffrances, Jacky les tait à son entourage et à ses proches : « J’avais honte de ne pas savoir me défendre et je ne voulais pas faire de la peine à mes parents. Je me sentais aussi coupable car je finissais par me dire que je devais mériter ces mauvais traitements », confie-t-il. Isolé, Jacky se réfugie dans les livres. « Le côté positif de cette époque c’est que j’ai certainement plus travaillé que si j’avais eu plus de copains. J’enchaînais donc les bonnes notes », ironise-t-il. Son calvaire dure un an et c’est grâce à un déménagement de la famille qu’il prend fin. Dans son nouveau collège, il évoque sa situation avec un professeur d’histoire et géographie, qui organise une discussion en classe.

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Ce n’est qu’au bout de cinq ans que Jacky crève l’abcès en se confiant à ses parents. « J’ai alors regretté mon silence. Car le fait d’en parler aurait peut-être permis que le harcèlement ne continue pas », analyse-t-il. Une porte ouverte qui lui donne envie d’en ouvrir d’autres. « J’ai d’abord écrit un livre témoignage*. Et puis j’ai créé une association, Hope for éducation en 2013, dont le but est de sensibiliser les élèves au phénomène », poursuit-il. Jacky a aussi accepté de livrer son témoignage lors d’ un documentaire diffusé sur France 2.

S’aider en aidant les autres

Depuis 2015, Jacky fait aussi partie de la réserve citoyenne, née après les attentats de janvier. « Au nom de mon association, je me rends quasiment chaque semaine dans un établissement de ma région pour prêcher la bonne parole », indique-t-il. Il insiste beaucoup sur le cyberharcèlement auprès des élèves et en profite pour leur donner des conseils pour bien paramétrer leurs comptes sur les réseaux sociaux.

Mais en aidant les autres, il s’aide aussi : « j’ai l’impression que je vais mieux à chaque fois que je sors d’une école après une intervention. J’ai le sentiment de contribuer à ce que d’autres ne subissent pas ce que j’ai vécu, et ça, ça n’a pas de prix », affirme-t-il.

Arrêt demandé, Jacky Pamart, Publibook, 2013, 64 pages, 13 €.