Projet d'association, manifestations... Pourquoi les policiers en colère ne désarment pas

SECURITE Les policiers frondeurs prévoient de nouvelles manifestations dès ce jeudi...

Florence Floux

— 

Manifestation de policiers au Trocadéro, à Paris, le 20 octobre 2016.
Manifestation de policiers au Trocadéro, à Paris, le 20 octobre 2016. — BERTRAND GUAY / AFP

Certains ont brûlé leurs cartes syndicales. Mardi soir, devant la pyramide du Louvre à Paris, le symbole se voulait fort. Ce jeudi après-midi aussi, les policiers en colère veulent envoyer un message clair, en appelant à manifester : apporter leur soutien à leur collègue frondeur, convoqué par l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) à 14h30. Les deux mobilisations prouvent la situation complexe de la grogne policière actuelle. Une défiance envers les syndicats, qui ont négocié le plan pour la sécurité publique annoncé par Bernard Cazeneuve la semaine dernière. Et la méfiance envers la hiérarchie et l’institution en elle-même.

>> A lire aussi : Les annonces de Bernard Cazeneuve vont-elles convaincre les policiers en colère?

« On leur dit : "Y a rien à voir, fermez le ban" »

Les mesures évoquées par le ministre de l’Intérieur n’ont pas éteint le feu. Pour un fonctionnaire parisien, « ce plan était attendu. Cazeneuve a répondu de façon froide avec du matériel, mais il n’a rien annoncé sur les véritables raisons du malaise et la remise en cause de la hiérarchie, avec ses primes. Ce que nous voulons, c’est une refonte de la police nationale ».

Le blogueur Chris_PJ résume ainsi le désespoir de ses collègues : « Les policiers critiquent la hiérarchie, on leur dit : "Y a rien à voir, fermez le ban". Ils critiquent les magistrats, qui disent "N’importe quoi, nous, on fait le job, chacun le sien, fermez le ban". Ils critiquent les syndicats, et c’est la même chose. Donc, c’est quoi ? Une vue de l’esprit ? »

Sentiment d’injustice

Ils sont nombreux à avoir l’impression de ne pas avoir été entendus par le ministre. Une semaine après l’annonce du plan de 250 millions d’euros, les manifestations à Paris et en régions se poursuivent, donnant lieu à des convocations de policiers par leur hiérarchie pour manquement à leur devoir de réserve. Une situation qui a exacerbé le mécontentement des fonctionnaires. « Ça nous enrage encore plus », explique un policier. L’appel à manifester devant l’IGPN jeudi n’est pourtant pas partagé par tous. Certains y voient une pression inutile par rapport à une convocation qui peut paraître justifiée.

>> A lire aussi : Manifestations de policiers: «On veut seulement qu’on nous laisse faire notre travail»

Le sentiment d’injustice des fonctionnaires ne s’arrête pas à la rancœur envers l’IGPN. « On voulait qu’un collectif soit reçu par le ministre de l’Intérieur hors organisations syndicales. Cela n’a pas été fait », regrette un gardien de la paix. Pour tenter d’organiser le mouvement, Robert Paturel, ex-négociateur du Raid, a été désigné porte-parole de la grogne policière. Tout comme l’avocat Laurent-Franck Liénard, spécialisé dans la défense des forces de l’ordre.

Un porte-parole un peu étrange

Si le « superflic » Paturel, considéré comme une légende chez les policiers, relaie certaines revendications, il le fait surtout à travers les médias et sur les réseaux sociaux. « Je le trouve très en retrait pour un représentant. Il n’est pas présent sur les rassemblements par exemple, il gère ses affaires privées en parallèle. On ne distingue pas chez lui la nécessité d’urgence et le cri d’alarme poussé par les collègues chaque soir », remarque un policier frondeur.

>> A lire aussi : Grogne des policiers: Le mouvement est-il vraiment en train d'échapper aux syndicats?

Pascal, fonctionnaire depuis vingt ans, voit lui d’un bon œil l’intervention de Robert Paturel pour plaider la cause des policiers. « Il a son franc-parler et n’est sans doute pas politiquement correct, mais certainement pas extrémiste. C’est un aveu de faiblesse de ses détracteurs », d’après ce brigadier, qui réfute les accusations de récupération du personnage par le Front national. D’autres sont plus dubitatifs et prennent de la distance avec un mouvement qui leur semble récupéré de toutes parts et dont certains écarts les inquiètent.

Une association/syndicat ?

L’ancien du Raid a indiqué mardi sur son profil Facebook qu'« une réunion aura lieu dans la semaine pour examiner le projet de création d’une association nationale ouverte à tous. Policiers et civils. Cette association aura pour seul but l’amélioration (générale) des conditions de travail pour tous et la révision de la légitime défense. Cette association ne sera pas là pour remplacer ou contrer les syndicats, mais ce sera une force parallèle aux syndicats qui permettra de faire remonter les doléances de la base directement au sommet de la hiérarchie. »

La création d’une association loi 1901 pourrait permettre aux policiers de demander l’autorisation de défiler aux préfectures, afin de cesser les manifestations illégales. Et également d’être reçus par le ministère de l’Intérieur, qui a préféré jusque-là aider les syndicats à reprendre la main sur le mouvement. Les accusations de concurrence par rapport aux organisations représentatives ont pour leur part été démenties par Robert Paturel.

« Je pense que le mouvement va perdurer tant qu’un groupe nous représentant ne sera pas reçu. L’attitude du ministère qui consiste à nous ignorer a pour conséquence d’énerver les collègues plutôt que d’apaiser la situation », estime encore un policier. En attendant, ce jeudi doit également avoir lieu la première réunion de travail pour une réforme de la légitime défense, promise par Bernard Cazeneuve la semaine passée. Avec les syndicats.