Quel est le bilan du quinquennat Hollande dans la lutte contre le harcèlement scolaire?

EDUCATION Depuis quelques années, la France tente de rattraper son retard sur ses voisins européens dans le combat contre ce fléau...

Delphine Bancaud

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Illustration harcèlement scolaire.
Illustration harcèlement scolaire. — DURAND FLORENCE/SIPA

« Tu ne sers à rien », « dégage sale PD », « va te pendre ». Des mots d’une violence absolue et qui ont pourtant été prononcés par des harceleurs scolaires. Un fléau que le gouvernement actuel n’a pas voulu ignorer pendant ce quinquennat et qu’il a combattu avec de nouvelles armes. L’action politique aurait d’ailleurs commencé à porter ses fruits, comme l’a affirmé ce mercredi la ministre de l’Education. Car selon l’enquête internationale de HBSC (Health Behaviour un School-aged Children) menée tous les quatre ans dans 42 pays, le harcèlement scolaire aurait diminué de 15 % au collège entre 2010 et 2014. Et ce pour la première fois. 20 minutes revient sur les raisons de cette évolution positive et mesure le chemin qu’il reste à parcourir.

Une sensibilisation tous azimuts qui a éveillé les consciences

« La prise de conscience de ce fléau a démarré au quinquennat précédent, avec Luc Chatel, qui avait organisé les Assises nationales sur le harcèlement à l’école en mai 2011 et lancé une campagne pour lever le tabou. Mais elle s’est accentuée ensuite », affirme Eric Debarbieux, spécialiste des questions de violences à l’école, qui a travaillé pour l’ancienne et la nouvelle majorité sur le sujet, ce qui lui permet un certain recul. Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem ont en effet orchestré plusieurs campagnes de communication sur le sujet avec des clips marquants, comme celui qui mettait en scène des personnalités victimes de harcèlement dans leur enfance.

« Et le cyber harcèlement, on n’en parlait pas avant 2011 », poursuit Eric Debarbieux. « La mise en place du site  nonauharcelement.education.gouv.fr, le prix Non au harcèlement, qui récompense la meilleure affiche ou vidéo sur le sujet ont aussi contribué à éveiller les consciences. Mais ce qui a eu le plus d’impact, c’est la médiatisation de certains témoignages de victimes ou de parents de victimes, comme celui de la mère de Marion par exemple », souligne Sophie de Tarlé, auteur de Halte au harcèlement à l’école*. Autre réussite dans ce domaine selon Justine Atlan, directrice de l’association e-enfance : « La création d’une journée annuelle nationale sur le harcèlement en 2015, qui est l’occasion d’aborder ce thème dans les médias alors qu’il y était totalement inexistant il y a une dizaine d’années », souligne-t-elle.

Des progrès sur la formation des personnels de l’Education

« Depuis 2012, 200.000 membres de l’Education ont été formés sur cette question par 1.500 formateurs et ils seront 300.000 d’ici à la fin 2016 », a annoncé ce mercredi Najat Vallaud-Belkacem. Une formation en ligne est aussi disponible depuis 2015 pour tous les personnels. « Toutes les académies proposent désormais des formations continues sur le harcèlement. Mais là où le bas blesse c’est en formation initiale, dans les ESPE », constate Eric Debarbieux. « Il y a aussi un gros travail à faire pour mieux former les chefs d’établissements. Car on ne s’improvise pas médiateur et il est aussi impératif pour eux d’apprendre à mieux accompagner les victimes », ajoute Sophie de Tarlé.

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Des initiatives intéressantes de médiation entre élèves

Hormis la mise en place de 3.000 ambassadeurs lycéens contre le harcèlement, chargés de mettre en place un projet de sensibilisation sur cette problématique, les initiatives de médiation entre pairs ont été développées sous ce quinquennat. « La transmission de pair à pair est très efficace et les élèves parviennent souvent à régler des conflits entre eux, sans intervention des adultes », observe Justine Atlan.

Un numéro vert mieux connu

Le numéro d’écoute pour les victimes est beaucoup plus utilisé par elles aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Najat Vallaud-Belkacem a avancé une explication : « L’an dernier, nous avons transformé le numéro qui commençait par 0800 par un numéro court (le 3020). Les horaires de ce numéro ont aussi été élargis pendant le quinquennat et il est désormais accessible de 9h à 20h en semaine et de 9h à 18h le samedi », a indiqué la ministre mercredi. Résultats : Il a reçu près de 65.000 appels au cours des douze derniers mois, soit cinq fois plus que le dispositif téléphonique précédent, moins connu.

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Le harcèlement et le cyberharcèlement sont devenus des délits

En effet c’est le cas depuis le vote de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. D’où l’article 222-33-2-2 du Code pénal. « Sous ce quinquennat, la législation a bougé sur le sujet et a permis de mettre fin au sentiment d’impunité des harceleurs », insiste Eric Debarbieux.

Des relations plus étroites avec les représentants des réseaux sociaux

Le ministère de l’Education a signé un partenariat en 2011 avec l’association e-enfance. Celle-ci a elle-même noué des partenariats avec plusieurs réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, Snapchat, Instagram) qu’elle a développés pendant le quinquennat. « Nous avons obtenu des contacts privilégiés chez eux qui nous permettent de faire cesser rapidement des manifestations de harcèlement en ligne qui nous sont signalées par des victimes », décrit Justine Atlan.

Mais la prise en charge des cas de harcèlement reste inégale 

Certes, des protocoles de prise en charge ont été communiqués aux chefs d’établissements lors de ce quinquennat. « Mais dans de nombreux établissements, les cas de harcèlement ne sont pas traités. On conseille encore aux victimes de changer de collège », constate Justine Atlan. « C’est notamment le cas lorsque les chefs d’établissements redoutent la mauvaise publicité », ajoute Sophie de Tarlé. « Et lorsque les parents de l’élève harcelé dénoncent les faits, ils ignorent très souvent si des sanctions ont été prises par le chef d’établissement contre les agresseurs », poursuit-elle. « La France a aussi une vraie faiblesse en matière de pédo-psychiatrie. Du coup le délai d’attente pour avoir un rendez-vous est beaucoup trop long pour certaines victimes », insiste aussi Eric Debarbieux. Le combat est donc loin d’être terminé.

* Halte au harcèlement à l'école, Sophie de Tarlé, Larousse,6,95 euros.