Les annonces de Bernard Cazeneuve vont-elles convaincre les policiers en colère?

SECURITE Le ministre de l'Intérieur a tenté ce mercredi de mettre fin à la grogne des policiers qui dure depuis maintenant deux semaines en présentant son plan pour la sécurité publique...

Béatrice Colin, Florence Floux et Julie Urbach

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Manifestation de policiers au Trocadéro, à Paris, le 20 octobre 2016.
Manifestation de policiers au Trocadéro, à Paris, le 20 octobre 2016. — BERTRAND GUAY / AFP

Comme un petit parfum de gestion de crise. Bernard Cazeneuve a dévoilé ce mercredi soir son plan pour la sécurité publique, dont l’existence a été déflorée il y a deux semaines, après l’attaque de policiers à Viry-Châtillon (Essonne). Officiellement place Beauvau, on affirme que ce plan était déjà prévu. Officieusement, il se murmure que des dotations d’équipements étaient bien dans les tuyaux, mais pas forcément le reste. Qu’importe, puisque le ministre de l’Intérieur a annoncé une enveloppe de 250 millions d’euros dont la majeure partie provient du budget 2017.

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Ce plan pour la sécurité publique, c’est celui qui concerne la base. Les policiers en tenue qui constituent la majorité des manifestants depuis une dizaine de jours, et la moitié des effectifs de la Police nationale. Ceux qui se sentent laissés pour compte, encore plus depuis la dotation post-attentats du 13 novembre d’équipements de protection et de nouveaux fusils pour les Bac. Et dont certaines tâches sont jugées comme « indues ».

Fin d’une partie des « missions indues »

Notamment les gardes de tribunaux et de préfectures, qui seront abandonnées par la police dès que les immeubles en question seront mis sous gardiennage ou vidéosurveillance, a annoncé Bernard Cazeneuve. Les gardes de personnes à l’hôpital et les transfèrements de détenus sont également en cours de discussion avec le ministère de la Justice. Une bonne nouvelle pour certains policiers, qui estimaient que « ça prenait du temps, et que ce n’est pas nos missions ». Pourtant, le scepticisme est de rigueur : « Tout ça c’est de la poudre aux yeux. Cela va prendre des mois à être appliqué. » Même son de cloche chez un collègue : « Cela nous permet de nous recentrer sur notre cœur de métier. Mais c’est une infime partie. Ce que nous demandons, c’est la révision du concept de légitime défense et une meilleure réponse judiciaire. »

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Justement, la légitime défense, il en a été question… Ses conditions, dont le garde des Sceaux avait déclaré mercredi matin qu’elles n’iraient pas plus loin, feront l’objet de discussions entre les deux ministères, ainsi qu’avec les syndicats. Les propositions seront ensuite soumises au Parlement fin novembre.

Du bien… et de l’absent

L’alignement du régime juridique des policiers sur celui de l’outrage à magistrat, plus sévère, devrait également être étudié par le Parlement dès la fin novembre. L’outrage à un policier serait désormais puni d’un an de prison et de 15.000 euros d’amende. Une mesure qui semble satisfaire les fonctionnaires qui dénonçaient la légèreté des sanctions : « On veut de la reconnaissance, plus d’humanisation. Au lieu de nous charger avec d’autres dispositifs, essayons de résoudre le problème à la source en punissant d’abord ceux qui nous caillassent », estime un policier nantais.

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Pour ce qui est des effectifs et des équipements, le ministre a indiqué que les gardiens de la paix qui sortiront de l’école en 2016 et 2017 seront affectés en priorité à la sécurité publique. Chaque véhicule sera désormais équipé d’un extincteur, d’une couverture antifeu et d’une trousse de secours. Les annonces faites par Manuel Valls au lendemain de l’attaque de Viry ont aussi été rééditées.

Ce plan pour la sécurité publique ne met pas fin à la concertation avec les organisations syndicales, mais mettra-t-il un terme aux manifestations ? Pour un policier, des problèmes persistent : « On ne parle pas de moyen informatique adapté avec des logiciels rigides dévolus aux stats. On ne parle toujours pas du nouveau rythme de travail qui doit entrer en vigueur en janvier. »