«Au bout de vos rêves»: L'inscription cynique d'un bus chargé d'évacuer les réfugiés de la «Jungle»

MAUVAIS GOUT Cynisme ou maladresse, la question reste entière...

C. A. avec AFP
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Le slogan d'un des bus affrétés pour procéder à l'évacuation des réfugiés de la
Le slogan d'un des bus affrétés pour procéder à l'évacuation des réfugiés de la — Anne Guillard - Twitter

L’opération de démantèlement de la « jungle » de Calais a commencé ce lundi matin et doit durer une semaine. Des dizaines de journalistes étaient sur place pour couvrir le démantèlement du camp. Cynisme ou maladresse, un bus gris de la société Voyages Moleux arborait le slogan « Au bout de vos rêves », ont noté certains journalistes.

Comment parler de rêve pour ces réfugiés venus pour la plupart d’Afghanistan, du Soudan ou d’Erythrée et fuyant des conflits armés au risque d’y laisser la vie ? Que faisait une telle inscription sur le véhicule ? La question restait en suspens ce lundi après-midi.

Le siège de la société de transport, contacté par LCI, a renvoyé « au bureau de Calais », lequel n’a pas souhaité réagir. Du côté du département du Pas-de-Calais, on renvoie vers la préfecture, responsable du transport dans le dossier du démantèlement. Mais encore et toujours le silence pour réponse.

Partir ou rester ?

Pas moins de 25 bus sont partis en début d’après-midi, vers l’un des 451 Centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts un peu partout en France.

Après les 60 cars prévus pour cette seule journée de lundi, 45 sont programmés mardi et 40 mercredi. Cette énorme opération, revendiquée comme « humanitaire » par l’Etat, devait commencer pour vider le campement, devenu au fil des mois le plus grand bidonville de France avec ses 6.400 à 8.100 habitants (selon les sources), qui ont pour objectif de traverser la Manche.

Un premier bus, parti de Calais, est arrivé lundi peu avant 17h à Chardonnay (Saône-et-Loire), où il a déposé dix migrants au Centre d’accueil et d’orientation (CAO) local, avant de poursuivre sa route vers la ville voisine de Digoin.

>> A lire aussi : Les premiers migrants quittent la jungle de Calais

Ce premier contingent de migrants sortis du bidonville était entièrement constitué d’hommes de 20 à 30 ans, d’origine soudanaise. « Now, I feel good ! » (« Maintenant, je suis bien ! »), a lancé aux journalistes l’un de ces jeunes gens dans son anglais approximatif, sac de sport à l’épaule et bonnet orange enfoncé sur la tête. « Je veux rester ici et y être heureux », a-t-il ajouté.

A l’inverse de ce jeune homme beaucoup de migrants accrochés à l’idée de passer en Grande-Bretagne semblaient avoir quitté le campement ces dernières semaines. D’autres encore, comme Sam, un Syrien, après 13 mois passés dans la « Jungle » affirment avoir « planté [leur] tente dans un autre endroit », à une dizaine de kilomètres. « Ils sont des douzaines comme moi », dit-il, décidé à rallier « le Canada ou la Grande-Bretagne » et n’affichant « aucune confiance » dans les autorités françaises.