Grogne des policiers: Le mouvement est-il vraiment en train d'échapper aux syndicats?

SECURITE Les manifestations sauvages se multiplient depuis plus d'une semaine dans toute la France...

Florence Floux

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Les syndicats de police Alliance et Unsa ont appelé à se rassembler devant les palais de justice, ce 25 octobre 2016.
Les syndicats de police Alliance et Unsa ont appelé à se rassembler devant les palais de justice, ce 25 octobre 2016. — ALAIN JOCARD / AFP

Après une semaine de « manifestations sauvages », le mouvement policier ne semble pas faiblir. De nouveaux rassemblements en dehors de tout appel syndical se sont déroulés lundi soir. De son côté, l’intersyndicale appelait ce mardi  à se rassembler devant les palais de justice. Mercredi, c’est au tour de SGP-Police d’organiser une « marche de la colère policière et citoyenne ».

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Pourtant, lorsqu’on parle à certains manifestants, les termes ne sont pas tendres envers leurs représentants. L’un d’entre eux, venu manifester jeudi dernier à Paris, dénonce « le syndicalisme de carrière qui règne au sein de la police. Les collègues non syndiqués se font passer devant pour les demandes de mutation et l’avancement ». Les syndicats participent à la gestion des mutations et au déroulement de carrière des fonctionnaires de police, ce qui peut expliquer certaines tensions…

Des cogestionnaires jugés coresponsables ?

….Et en partie justifier le taux de policiers syndiqués : 49 % en 2013, selon la Dares contre 11 % pour l’ensemble des salariés français. « Les syndicats sont eux-mêmes remis en cause par ce mouvement. Ils sont dans la cogestion, et sont donc jugés coresponsables de la situation actuelle par les policiers », estime Christian Mouhanna, sociologue spécialiste de la police. Les syndicats font effectivement partie de comités techniques paritaires départementaux dans lesquels sont prises des décisions avec la hiérarchie.

« Chez nous, le commissaire a décidé de mettre en sommeil la Bac. La sous-préfète a soumis cela au vote, auquel ont été conviés Alliance, SGP et Unsa. Si l’un des trois votait contre le projet, la Bac était maintenue. L’Unsa n’est pas venu et les deux autres se sont abstenus », regrette un brigadier. Pour une policière, « ils ne nous représentent plus, ils ne pensent qu’à leurs intérêts ».

Des porte-parole qui laissent perplexe

Nicolas Comte, de SGP-Police explique qu’on reproche aux syndicats « d’être trop mous, mais on est contraint dans les formes d’action qu’on peut employer. Il y a beaucoup de syndiqués dans la police, les collègues attendent énormément de nous. Mais on n’a pas écouté les syndicats depuis longtemps, au niveau politique ». D’autres organisations balaient les critiques sur la défiance envers les syndicats d’un revers de main, estimant que les collectifs qui appellent aux manifestations sauvages ont des porte-parole pour le moins… originaux.

Jeudi dernier, lors de la manifestation parisienne, ​Rodolphe Schwartz, ex-adjoint de sécurité inscrit en 2014 sur la liste municipale du candidat FN Wallerand de Saint-Just à Paris, s’était improvisé porte-parole des policiers. Depuis le début de semaine, deux figures bien connues se sont donné le même rôle : l’ancien du Raid Robert Paturel et l’avocat Laurent-Franck Liénard, spécialisé dans la défense de policiers. « Certains d’entre vous ont pensé qu’avec Robert Paturel, je pourrais soutenir efficacement votre mouvement de colère. C’est une grande marque de confiance et c’est avec honneur que j’accepte cette charge », écrit l’avocat sur Facebook.

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Une multiplication de manifestations

Impossible pour le moment de savoir qui a réellement contacté les deux hommes et si leurs intentions sont réellement apolitiques, comme ils l’affirment. Mais côté organisations représentatives, on s’exaspère de ce qu’on dénonce comme de la récupération politique « alors qu’un malaise policier profond s’exprime ». Tout comme certains policiers manifestants : « C’est exactement ce qu’on dénonce, et se manger ainsi le panneau nous décrédibilise », estime l’un d’entre eux. De quoi faire revenir les troupes dans le giron syndical ?

L’appel officiel à se rassembler devant les palais de justice a rencontré peu d’écho ce mardi. François Hollande doit recevoir les organisations représentatives mercredi, à 18h. En attendant, les policiers contestataires se sont donné rendez-vous devant l’Assemblée nationale à 14h.