«Jungle» de Calais: Comment le démantèlement va se dérouler

IMMIGRATION Les autorités ont prévu de commencer à démanteler la « jungle » où vivent entre 6 400 et 8 100 migrants ce lundi à 8 h…

Vincent Vantighem

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Calais (Pas-de-Calais), le 23 octobre 2016. Un migrant chargé d'une valise passe derrière un policier chargé de la sécurité dans la «jungle».
Calais (Pas-de-Calais), le 23 octobre 2016. Un migrant chargé d'une valise passe derrière un policier chargé de la sécurité dans la «jungle». — FRANCOIS LO PRESTI / AFP

« Ce n’est plus possible… » Les autorités françaises vont commencer, ce lundi à 8h, à démanteler la « jungle » de Calais où vivent entre 6.400 et 8.100 migrants, selon les estimations. Une opération qui pourrait être perturbée par la présence de militants No Border et de quelques zadistes venus de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). 20 Minutes fait le point sur le déroulement de cette évacuation…

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Pourquoi les autorités veulent-elles démanteler la « jungle » ?

« Il est hors de question de laisser encore plus longtemps ces personnes dans la boue et la détresse. Un hiver de plus dans la “jungle” de Calais n’est pas possible. » Dans une interview donnée à Libération le 14 octobre, Emmanuelle Cosse, la ministre du Logement, a résumé les raisons qui poussent le gouvernement à démanteler l’enchevêtrement de tentes et de baraques de la lande de dunes de Calais.

Bernard Cazeneuve, son homologue de l’Intérieur, parle d’opération de « mise à l’abri humanitaire ». Contestée par onze associations, cette opération a été validée par le tribunal administratif de Lille (Nord), le 18 octobre, qui a estimé que « le démantèlement visait [bien] à faire cesser les traitements inhumains et dégradants sur le site ».

Combien de migrants vivent dans la « jungle » actuellement ?

Difficile de le savoir avec précision tant les estimations divergent. D’après une opération de comptage menée par la préfecture du Pas-de-Calais le 11 octobre, ils seraient entre 5.684 et 6.486 réfugiés à vivre dans la « jungle ». Les associations estiment, de leur côté, que leur nombre serait plus proche de 8.000.

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Ils viendraient du Soudan (43 %), d’Afghanistan (33 %), d’Erythrée (9 %), d’Ethiopie (3,5 %), du Pakistan (7 %), d’Irak (1 %) et de Syrie (1 %). Parmi tous ces migrants figurent 1.290 mineurs isolés d’après l’association France Terre d’asile.

Comment va se dérouler l’évacuation ?

A partir de lundi, 8h, les migrants vont être orientés vers un « sas ». Il s’agit d’un grand hangar situé à 300 mètres de la « jungle ». A l’extérieur, quatre files d’attente bien identifiées par des pictogrammes : la première pour les majeurs, la seconde pour les mineurs isolés, la troisième pour les familles et la dernière pour les personnes vulnérables (femmes enceintes, malades…)

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Dans le « sas », des personnels de l’Office français de l’immigration et de l’intégration proposeront alors aux migrants deux régions d’accueil possibles en France. En fonction de leur choix, ils se verront remettre un bracelet rose ou bleu. Ils pourront ensuite sortir du hall pour monter dans des bus affrétés spécialement pour l’occasion. Soixante bus sont d’ores et déjà prévus dès ce lundi, 45 mardi et 40 mercredi.

Où vont-ils être emmenés ?

Dans des Centres d’accueil et d’orientation (CAO). Dispersées aux quatre coins de la France, ces 450 petites structures hébergeront les migrants le temps qu’ils effectuent des démarches pour obtenir l’asile en France. Le ministère de l’Intérieur estime que, depuis novembre 2015, 6.000 réfugiés en provenance de Calais ont déjà été accueillis dans 167 CAO en France.

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Pour plus de sécurité, les bus affrétés doivent d’abord rejoindre les préfectures. De là, les migrants seront, ensuite, dirigés vers les centres. Les bus seront géolocalisés et les forces de l’ordre seront présentes sur le parcours (notamment les aires d’autoroute) pour assurer leur sécurité. Le coût de l’hébergement en CAO est estimé à 25 euros par jour et par personne.

Qu’en est-il des mineurs ?

Population à part dans la « jungle »,les mineurs isolés veulent, à une très grande majorité, rejoindre la Grande-Bretagne, notamment au titre du regroupement familial que certains d’entre eux revendiquent. S’ils pourront, comme les majeurs, être orientés vers les centres partout en France pour demander l’asile, ceux qui souhaitent rester à Calais seront accueillis, dès lundi soir, au Centre d’accueil provisoire, un bâtiment en dur dans la « jungle » de Calais. Des binômes franco-britanniques se chargeront alors de vérifier leur âge et de savoir s’ils sont éligibles à un regroupement familial en Grande-Bretagne.

La semaine dernière, plus de 200 mineurs ont pu franchir la Manche légalement, soit au titre du regroupement familial, soit au titre de leur « vulnérabilité ». Mais le sujet suscite la polémique en Angleterre. The Sun, quotidien le plus vendu, a notamment affirmé qu’un Afghan de 38 ans est parvenu à rejoindre le pays en faisant croire qu’il était mineur.

Quel sort pour ceux qui ne veulent pas quitter la « jungle » ?

Les autorités assurent qu’ils ne vont pas « chasser » les migrants récalcitrants. Du moins, pas au début. Le but étant de démanteler le camp, ceux qui seront encore sur place à l’issue de l’opération s’exposeront alors à une interpellation. Ils pourront alors être placés dans les centres de rétention administrative et seront expulsés si la justice le décide. Le ministère de l’Intérieur assure que près de 1.500 personnes qui se trouvaient à Calais ont été « éloignées » de France depuis le 1er janvier.

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