#Toutsexplique. Anna Polina: «Je suis plutôt une féministe pro-sexe»

INTERVIEW L’actrice de films X commence le tournage de son deuxième film en tant que réalisatrice la semaine prochaine…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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L'actrice X Anna Polina.
L'actrice X Anna Polina. — PRM/SIPA

Dans sa filmographie, on compte Par l’anus ce n’est pas du bonus et Inglorious bitches. Anna Polina, égérie du producteur français de films X Marc Dorcel, est une des « hardeuses » les plus aimées du moment. La preuve : il existe des masturbateurs masculins moulés sur son vagin. Mais la jeune femme, née en Russie il y a 27 ans, a bien d’autres talents que ceux qu’on lui reconnaît. Elle va notamment se lancer dans la réalisation d’un film pour Canal +, deux ans après son premier passage derrière la caméra en 2014 pour Profession : Hardeuses.

De quoi allez-vous parler dans votre deuxième film ?

Ce sera sur l’amour et la sexualité mais en intégrant les réseaux sociaux et la manière dont ça a bouleversé notre manière de consommer le sexe mais aussi les sentiments, tout ce qui fait qu’aujourd’hui toutes les frontières sont un peu floues. Le film traitera de questions comme : qu’est-ce que c’est d’être en couple avec une personne, à quel moment on est fidèle à quelqu’un et à soi-même… J’ai voulu filmer des femmes de mon âge, une trentaine d’années, et les entendre parler de sexualité.

Vous avez abandonné la démarche documentaire de votre premier film ?

Le second film est scénarisé et j’essaie d’y avoir un parti pris. Pour mon premier film, j’avais plutôt envie de mettre en lumière certaines personnalités du X. J’ai choisi trois jeunes femmes totalement différentes, pour les mettre en valeur et s’interroger sur ce qui les a poussées à faire ce choix-là, quelle est leur sexualité, qu’est-ce que leur métier dit d’elles, quelles sont leurs passions… sans misérabilisme et sans jugement.

Les actrices que vous filmez et vous-mêmes, vous vous sentez un peu prisonnières des clichés sur les actrices porno ?

Je suis actrice X et je cultive cette image car ce n’est pas forcément péjoratif. Ça me ferme des portes mais ça m’en ouvre en même temps : je vais intéresser certaines personnes et avoir des facilités pour certains projets parce qu’ils me connaissent grâce au X. D’un autre côté, être réduite uniquement à ça dans le domaine privé peut être compliqué. Par exemple, des amis d’amis qui ne vont me parler que de mon métier, ça peut être dur à gérer. En revanche, dans le domaine professionnel, ça permet de voyager, de découvrir plein de choses sur soi, sur les autres, ce n’est pas qu’une question de sexualité et d’exhibition. J’ai la chance d’avoir un métier plutôt fascinant.

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Vous parlez beaucoup de sentiments et d’amour, ça peut paraître paradoxal dans la bouche d’une actrice X ?

Les relations amoureuses et la sexualité sont liées. En tout cas, dans mes films, c’est clairement lié. On peut bien entendu avoir du sexe sans amour, mais je pense qu’il y a une part d’affect, un besoin de sentir l’autre qui va au-delà du simple rapport sexuel. Pour moi, une bonne hardeuse, c’est une fille qui peut donner de l’amour à son partenaire, même si ce n’est que l’espace de deux heures. Même pour une scène X, il faut lui montrer de l’amour. C’est ça qui change le rapport : s’intéresser au plaisir de son partenaire par l’attention, le regard, sentir la personne… Pour moi, c’est ce qui différencie une bonne scène X d’une mauvaise.

Comment allez-vous filmer les scènes porno dans votre film ?

Je vais essayer de les filmer à ma manière en évitant les choses que je n’aime pas, à savoir les gros plans, les plans quasi gynécologiques. Je ne trouve pas non plus très cohérent d’imposer quatre ou cinq positions différentes aux acteurs, car je ne crois pas que le plaisir vienne du fait de faire la levrette la plus compliquée au monde. Ce que je filmerai sera plus dans l’attention, dans les caresses, dans les regards, les paroles ; pour moi, c’est ça qui fait monter le désir et provoque l’excitation.

Vous vous inscrivez là dans le courant du porno féministe ?

Je considère que je suis féministe à ma façon, je suis plutôt dans un féminisme pro-sexe car je considère que la femme comme l’homme peut disposer de son corps et en faire son outil de travail. Mais je ne sais pas si mon film sera féministe : ça dépendra du montage, de la direction qu’on prend. Il faut quand même noter que le X est un des rares corps de métier où la femme est plus importante que l’homme, où elle est bien plus mise en valeur. Une actrice est bien plus importante pour la vente d’un film ou d’une scène que l’acteur. En revanche, le X n’a pas encore réussi à faire en sorte que les femmes soient clientes. Elles commencent à devenir consommatrices mais elles ne paient pas pour voir du porno, selon les études qui ont été faites. On parle partout du plaisir féminin mais je comprends que les spectatrices ne trouvent pas encore ce qui leur faut. En tant que femme, je ne pourrais pas aller sur un site gratuit, il y a beaucoup trop de contenus, c’est tout et n’importe quoi, et je pense que les femmes sont plus exigeantes que les hommes à ce niveau-là.