VIDEO. Meurtre de Ghislaine Marchal : L’expertise ADN livre un autre nom que celui d’Omar Raddad

EXCLUSIF Une correspondance a été établie entre un ADN retrouvé sur la scène du crime de Ghislaine Marchal et le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg), mais il faut encore faire preuve de prudence…

Vincent Vantighem

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Paris, le 1er décembre 2008. Omar Raddad réclame la révision de son procès pour le «meurtre» de Ghislaine Marchal sur la base de nouvelles expertises ADN.
Paris, le 1er décembre 2008. Omar Raddad réclame la révision de son procès pour le «meurtre» de Ghislaine Marchal sur la base de nouvelles expertises ADN. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Il y a dix jours, la justice annonçait que quatre empreintes génétiques différentes de celle d’Omar Raddad avaient été isolées sur les pièces à conviction conservées dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Ghislaine Marchal, commis en 1991. Il s’agit des fameuses portes sur lesquelles la riche veuve de Mougins (Alpes-Maritimes) aurait tracé « Omar m’a tuer » en lettres de sang, juste avant de mourir.

>> Les faits: Des ADN différents d'Omar Raddad retrouvés sur les scellés

Selon nos informations, les enquêteurs sont parvenus à mettre un nom sur l’un de ces quatre ADN. Une correspondance a été établie avec un individu figurant sur le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, qui regroupe les traces des personnes condamnées ou mises en cause dans des affaires de justice au fil du temps.

Image extraite du film «Omar m'a tuer» de Roschdy Zem, sorti en 2011.
Image extraite du film «Omar m'a tuer» de Roschdy Zem, sorti en 2011. - Capture du film

La correspondance doit encore être établie « scientifiquement »

Il faut encore faire preuve de prudence. Comme le prévoit la procédure en cours, les éléments ont été envoyés à l’Institut génétique Nantes Atlantique pour que la correspondance « soit établie scientifiquement à 100 % », selon une source proche du dossier. Cette correspondance devrait être confirmée, ou infirmée, dans les prochains jours.

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Si, à l’issue de l’expertise, la comparaison des traces renvoie toujours au même individu, cela n’en fait pas, pour autant, l’assassin de Ghislaine Marchal. « Cette affaire remonte à plus de vingt ans, indiquait, le 10 octobre à 20 Minutes, Jean-Michel Prêtre, le procureur de Nice (Alpes-Maritimes) chargé de l’enquête. Les pièces à conviction ont été manipulées par de nombreuses personnes. Elles ont même été exposées durant le procès devant les assises… »

Recontacté par 20 Minutes mercredi, Jean-Michel Prêtre a refusé de donner des précisions sur l’identité de la personne identifiée sur le Fnaeg et même sur son profil avant que la correspondance ne soit « définitivement » établie par les experts scientifiques nantais.

Jean-Michel Prêtre, l'actuel procureur de Nice. (Photo prise en 2009)
Jean-Michel Prêtre, l'actuel procureur de Nice. (Photo prise en 2009) - DOMINIQUE CHOMEREAU-LAMOTTE / AFP

« Cela fait 25 ans qu’Omar Raddad attend »

L’avocate d’Omar Raddad, Sylvie Noachovitch, attend, elle aussi que les choses avancent. « Cette information conforte ma position depuis le départ, indique-t-elle à 20 Minutes. J’attends le résultat définitif pour qu’enfin cette affaire puisse faire l’objet d’un procès en révision. Cela fait 25 ans que mon client attend de voir son innocence reconnue. »

>> Rappel: Comment Omar Raddad compte faire établir son innocence

Condamné en 1994 à dix-huit ans de prison pour « meurtre » avant d’être gracié partiellement en 1996 par Jacques Chirac, Omar Raddad, le « petit jardinier marocain », demeure toujours aujourd’hui coupable aux yeux de la justice.

« Un serpent de mer » pour l’avocat des proches de Ghislaine Marchal

S’appuyant sur la loi du 20 juin 2014 qui assouplit les critères pour obtenir la révision d’un procès pénal, son avocate avait obtenu que de nouvelles expertises ADN soient ordonnées pour tenter de faire établir l’innocence de son client. « Je ne regrette pas de m’être battue pour exiger la réouverture de ce dossier », lâche-t-elle ce jeudi.

Interrogé en février par 20 Minutes à ce sujet, Georges Kiejman, l’avocat des proches de Ghislaine Marchal, se montrait, lui, beaucoup plus dubitatif. Il déplorait alors que « de nouvelles pièces surgissent périodiquement comme un serpent de mer » et, surtout, « qu’elles n’ajoutent rien au débat et sont dénuées de toute pertinence ».

C’est désormais à la justice d’en décider. Vingt-cinq ans après, l’enquête sur le meurtre de Ghislaine Marchal ne fait peut-être que (re)commencer.