Pourquoi des célébrités témoignent-elles du viol qu'elles ont subi?

RECITS Dans « La Consolation » paru ce mercredi, l’animatrice Flavie Flament raconte le viol dont elle a été victime lorsqu’elle avait 13 ans…

Delphine Bancaud

— 

 Flavie Flament en 2011.
Flavie Flament en 2011. — BALTEL/SIPA

Rompre la loi du silence. Dans un ouvrage* paru ce mercredi, l’animatrice Flavie Flament raconte le viol dont elle a été victime lorsqu’elle avait 13 ans. Une agression commise par un grand photographe dont elle tait le nom et qu’elle avait gardée secrète pendant presque 30 ans.

Avant elle, d’autres célébrités ont pris la plume pour décrire l’indicible, comme le chanteur Corneille début octobre dans son autobiographie intitulée Là où le soleil disparaît où il raconte avoir été violé par sa tante. En 2007, la championne de tennis Isabelle Demongeot avait aussi publié Service volé, un livre dans lequel elle dénonçait les viols dont elle-même et d’autres joueuses avaient été victimes de la part de leur entraîneur. Personne n’a oublié non plus le témoignage de Clémentine Autin en 2006, dans une biographie publiée par Anne Delabre, où la femme politique avait déclaré avoir été violée à l’âge de 23 ans sous la menace d’une arme blanche aux abords de l’université Paris-VIII.

Un long chemin avant de prendre la parole

Des témoignages qui interviennent très longtemps après les faits, comme le souligne Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol : « Ces personnalités parlent lorsque leur vie est apaisée et que leur carrière est déjà bien construite ». « La souillure du viol entraîne une honte chez elle qui les amène à se réfugier dans le silence. Elles ne peuvent rendre public leur drame que lorsqu’elles parviennent à affronter le regard d’autrui, ce qui prend énormément de temps », ajoute Lise Poirier-Courbet, psycho-sociologue et auteur de Vivre après un viol**.

>> A lire aussi : Affaire DSK: «Cela a permis à des tas de femmes de briser le silence»

Et chez chacune de ces personnalités, il y a souvent un déclencheur de la parole : « Cela peut être parce qu’elles ont un enfant qui atteint l’âge qu’elles avaient lorsqu’elles ont été violées, ou parce qu’elles craignent que l’auteur des faits meurt, sans avoir eu aucun ennui », estime Emmanuelle Piet.

Dans le cas de Flavie Flament, c’est la mort de son grand-père qui a fait revenir les souvenirs traumatisants. « J’ai dû être accompagnée plusieurs années avant d’être capable de gérer cette douleur et de prendre la parole », déclare-t-elle dans Le Parisien. Et depuis une dizaine d’années, les campagnes de communication contre le viol, les affaires d’agressions sexuelles impliquant des personnalités, ont aussi contribué à délier les langues sur le sujet.

Se reconstruire et aider les autres

Lorsqu’elles décident de confier leur blessure secrète au grand public, les célébrités espèrent aussi exorciser leur douleur, souligne Lise Poirier-Courbet : « pour se reconstruire après un viol, il faut avoir été reconnu comme victime. Et le fait de dire dans la sphère publique ce que l’on a subi participe à cette reconnaissance ».

Evoquer ce drame, c’est aussi faire un acte de résistance vis-à-vis de son agresseur, comme l’indique Emmanuelle Piet : « Après avoir violé sa victime, l’auteur des faits la menace toujours en lui interdisant de parler. Pour aller mieux ensuite, il faut donc désobéir à l’agresseur et que ça sorte enfin ».

>> A lire aussi : Dépôt de plainte après un viol: «Pour moi, c’était perdu d’avance»

En témoignant du traumatisme qu’elles ont subi, les personnalités savent aussi que leur récit aura une résonance particulière, en raison de leur notoriété. « Elles veulent faire quelque chose de leur drame et que leur parole serve aux autres victimes », explique Lise Poirier-Courbet.

Clémentine Autain l’avait notamment expliqué en 2006 : « Je n’ai pas envie de m’étaler sur les conséquences de ce viol dans ma vie privée. […] Cette part de l’intime m’appartient, elle restera à moi. […] Mais en parler, c’est être fidèle à mon engagement. Car se taire, c’est faire le jeu des violeurs. […] Mon exemple révèle à quel point le viol reste un sujet tabou. Mon violeur était multirécidiviste, il a avoué entre vingt et trente viols, mais seules trois plaintes ont été déposées. Le viol reste un phénomène d’une ampleur et d’une gravité considérables, largement passé sous silence ».

Et les témoignages des personnalités ont d’ailleurs beaucoup d’écho, comme le constate à chaque fois Emmanuelle Piet : « au Collectif féministe contre le viol, nous recevons toujours beaucoup d’appels de victimes après la parution de ces récits ». Un effet d’entraînement qui incite parfois même les victimes à porter plainte, sachant que seulement 10 % des victimes de viol le font.

>> A lire aussi : En France, la culture du viol continue de faire des ravages

Continuer à exister professionnellement après

Reste que dévoiler au grand jour avoir été victime d’une telle agression peut comprendre des risques pour une célébrité : « Certaines craignent d’être stigmatisées ou réduites à leur statut de victime, d’où leurs hésitations avant de révéler au grand jour ce qu’elles ont vécu », indique Lise Poirier-Courbet. « Elles doivent veiller à s’exprimer un temps sur le sujet, puis éviter d’en parler à chaque interview ensuite », poursuit-elle.

« Mais pour la plupart des célébrités, comme elles étaient déjà reconnues professionnellement auparavant, le temps fait son œuvre et on ne les réduit heureusement pas à ce qu’elles ont vécu », affirme Emmanuelle Pïet.

*La Consolation, Flavie Flament, éditions JC Lattès, 19 euros.

**Vivre après un viol, Lise Poirier-Courbet, éditions Erès, 25 euros.