Policiers, proviseurs et personnel soignants agressés… Faut-il s’inquiéter des violences contre les institutions?

FAITS DIVERS La série d’actes violents contre plusieurs symboles républicains doit être observée avec beaucoup de prudence…

Olivier Philippe-Viela

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Des CRS lors des heurts avec des manifestants à Bastia (Haute-Corse), le 15 octobre 2016.
Des CRS lors des heurts avec des manifestants à Bastia (Haute-Corse), le 15 octobre 2016. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Des voitures de police incendiées par des cocktails Molotov à Viry-Châtillon et en Corse, un médecin et une infirmière brutalisés aux urgences de Tourcoing, des proviseurs agressés à Epinay-sur-Seine et Saint-Denis, encore un cocktail Molotov, éteint cette fois, lancé dans un lycée parisien ce mercredi… La liste n’est pas exhaustive, mais elle montre une hausse des cas de violences médiatisées à l’encontre de symboles de la République depuis le début du mois d’octobre. Faut-il y voir un symptôme ou une coïncidence ?

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Les sociologues s’accordent sur le piège d’un effet d’optique, à prendre en compte avant d’hurler au déclinisme : « Les séries de faits divers ne justifient jamais de grandes explications sur la société qui s’effondre. Cela ne reste que des faits divers mis bout à bout », tranche Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS et auteur de L’Invention de la violence (Fayard).

Pas de point de comparaison

La France n’en est donc pas à compter ses institutions perdues de la République, d’autant que les cas précités, s’ils ont marqué l’opinion publique ces derniers jours, ne sont pas inédits. « Dans les exemples récents, que les institutions soient attaquées en Corse, ce ne serait pas la première fois. Des épisodes de violence dans les établissements scolaires, ce n’est pas nouveau non plus », rappelle le sociologue Michel Wieviorka, auteur de Retour au sens : pour en finir avec le déclinisme (Robert Laffont).

Difficile aussi  d’établir une comparaison du type « c’était mieux avant », puisqu’on ne sait pas non plus exactement comment était cet avant, précise le politologue Sebastian Roché, auteur du Sentiment d’insécurité (P.U.F.) : « Je n’ai pas constaté d’évolution dans le rapport aux institutions tout simplement car je n’ai pas d’outil pour cela. A ma connaissance, aucune étude sur les questions de tension vis-à-vis de la police par exemple ne donne un point de référence dans le temps. »

Quatre policiers ont été visés par une attaque aux cocktails Molotov, samedi après-midi à Viry-Châtillon (Essonne)
Quatre policiers ont été visés par une attaque aux cocktails Molotov, samedi après-midi à Viry-Châtillon (Essonne) - Thomas SAMSON / AFP

Les faits divers, prisme déformant

Selon Sebastian Roché, les cas recensés depuis début octobre permettent d’émettre au mieux des hypothèses : « Est-ce que ce qui a le mieux tenu jusqu’ici en France, le respect des institutions, ne serait pas un petit peu mis en cause ? Est-ce que dans notre pays, la question sociale est si maltraitée que les débats tournent à la violence ? Si ces hypothèses sont fondées, alors le fait même que ce type de contestation existe fragilise le système. »

Pour Laurent Mucchielli, les faits divers récents ne permettent en tout cas pas de répondre à ces nombreuses questions : « Cela n’empêche pas par ailleurs de constater qu’il y a beaucoup de tensions dans le pays. Il y a une dégradation de l’image des institutions, mais ça n’explique pas directement tel ou tel acte pris isolément. »

Michel Wieviorka confirme : « On ne peut établir une théorie générale à partir de quelques épisodes. Il faut en outre connaître les motivations au cas par cas des auteurs de ces violences avant de s’y risquer. » Rien à retenir de tout cela, pas de synchronicité, on ferme donc le ban ? « C’est peut-être une surmédiatisation, par les réseaux sociaux notamment, de ce type de phénomènes qui existaient pourtant déjà. Cela pèse beaucoup plus qu’une évolution dans le rapport aux institutions », ajoute-t-il quand même.

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Pour Sebastian Roché, ces faits divers ne sont néanmoins pas totalement trompeurs : « Dans une étude à Lyon, Grenoble, Aix-en-Provence et Marseille, j’ai noté une différence marquée dans le rapport aux institutions (police, école) chez les adolescents. On retrouve les clivages sociaux, géographiques et ethniques que l’on voit dans l’actualité : entre zones riches et zones pauvres, entre les banlieues HLM et le reste des villes et campagnes. Les faits divers sont une illustration de ces tensions. »