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TEMOIGNAGEViolences scolaires: «Je lui ai dit d’enlever sa casquette. Il m’a attrapé»

Proviseur agressé en Seine-Saint-Denis: «Je lui ai dit d’enlever sa casquette. Il m’a attrapé par le cou…»

TEMOIGNAGEProviseur du lycée Louise Michel à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), Mustapha Chelouah a été agressé par un de ses élèves le 6 octobre…
Dans un lycée d'Ile-de-France (photo d'illustration).
Dans un lycée d'Ile-de-France (photo d'illustration). - OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP
Vincent Vanthighem

Propos recueillis par Vincent Vanthighem

Tremblay-en-France, Saint-Denis, Calais, Colomiers… . A tel point que , ce mardi, pour indiquer que « l’Etat poursuivrait sans relâche ceux qui s’en prennent à nos professeurs. »

Mustapha Chelouah, 47 ans, n’est pas professeur. Mais proviseur depuis plus de dix ans en Seine-Saint-Denis. , il a été agressé par un de ses élèves le 6 octobre. Il a accepté de témoigner pour 20 Minutes

Racontez-nous ce qu’il s’est passé ce jour-là ?

Nous étions dans le lycée, à la pause du matin à 10h. Comme d’habitude, j’étais présent. J’ai vu un élève qui portait un couvre-chef, une casquette. Je lui ai dit de l’enlever. Il a d’abord refusé. Puis il a accepté en proférant quelques insultes et menaces. Pour le calmer, je lui ai dit de monter en classe, la pause étant terminée.

Une nouvelle fois, il a refusé. J’ai donc demandé qu’il aille jusqu’à mon bureau pour que l’on discute. Il a encore refusé… Il ne voulait pas, non plus, quitter l’établissement. Le ton est monté. J’ai donc appelé la police qui, il faut le dire, est extrêmement réactive. C’est à ce moment-là que les choses ont dégénéré…

C’est-à-dire…

Il a compris que les policiers allaient arriver. Cette fois, il a voulu s’enfuir mais les grilles avaient été fermées. Il a tenté de forcer le passage. Je me suis mis face à lui. Il m’a attrapé par le cou. Des élèves du lycée sont intervenus pour le séparer de moi. Ils lui ont dit, dans leur langage : ‘’Tu es ouf ! Tu t’attaques au proviseur !’’ Il s’est enfui et a très vite été arrêté par les policiers qui étaient arrivés.

C’était un élève avec qui vous aviez déjà eu des problèmes ?

Je ne le connaissais pas. C’est ma première rentrée dans cet établissement. Et lui aussi. . On essayait de l’aider à reprendre une scolarité normale.

Avez-vous été soutenu par votre hiérarchie ?

Oui. Elle m’a énormément réconforté. J’ai eu deux jours . J’ai reçu le soutien de l’inspecteur d’académie et j’ai été reçu par la rectrice pendant deux heures. Elle m’a consacré deux heures. Je lui en suis reconnaissant.

Et puis, après avoir déposé plainte, je me suis rendu dans la salle des professeurs. Et le soutien de tous mes collègues m’a énormément touché. C’est une vraie bouffée d’oxygène. De la même manière, le soutien des autres élèves m’a ému.

C’est la première fois que vous êtes agressé dans votre établissement ?

Je fais beaucoup de terrain. Il faut montrer aux jeunes et aux équipes que l’on est présent. Quelques jours avant cet événement, j’avais déjà dû arrêter un individu alcoolisé et sous l’emprise de stupéfiants qui était rentré dans le lycée. J’ai dû le plaquer contre un mur pour l’immobiliser. J’ai appris ensuite qu’il s’agissait d’un ancien élève qui avait été exclu à l’issue d’un conseil de classes.

Considérez-vous que la sécurité fait partie de votre mission, de votre métier ?

Comment évalue-t-on les choses ? Ce genre de choses peut se produire partout, à un instant T. Le risque zéro n’existe pas. Jamais. C’est comme cela… Pour moi, il s’agit de faits isolés. L’école reste un symbole de la République. Et de très nombreuses initiatives positives s’y déroulent. Il ne faut pas les occulter. Toutefois, j’ai sollicité une entreprise de sécurité pour renforcer le dispositif. Le lycée est récent mais on peut améliorer les choses. Je veux préciser que j’avais sollicité cette entreprise avant d’être agressé.

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