Démantèlement de la «jungle» de Calais: Grosse inquiétude pour les mineurs isolés étrangers

REPORTAGE Les autorités veulent démanteler, dans les prochains jours, la « jungle » de Calais où vivent plus d’un millier de mineurs isolés étrangers…

Vincent Vantighem

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Calais (Pas-de-Calais), le 13 octobre 2016. Des adolescents jouent au football dans la «jungle» de Calais.
Calais (Pas-de-Calais), le 13 octobre 2016. Des adolescents jouent au football dans la «jungle» de Calais. — V.VANTIGHEM/20 Minutes

De notre envoyé spécial à Calais (Pas-de-Calais),

« Twelve, Kaboul, England. » Cela ne fait que quelques jours qu’Aylan est parvenu jusqu’à la « jungle » de Calais (Pas-de-Calais). Aussi, se contente-t-il des trois rares mots d’anglais qu’il connaît pour décrire sa situation. Avec les 1.300 mineurs isolés étrangers, cet Afghan de 12 ans représente la première source d’inquiétude des associations qui œuvrent sur cette lande de dunes coincée entre le port et la rocade routière.

>> Les faits: Le démantèlement de la «jungle» suspendu à une décision de justice

C’est d’abord pour eux qu’elles ont attaqué en justice le projet de démantèlement du campement mis sur pieds par les autorités. La décision du tribunal administratif de Lille (Nord) est attendue cette semaine. Mais Emmanuelle Cosse, la ministre du Logement a déjà prévenu. « Nous irons jusqu’au bout. La boue, la détresse… Un hiver de plus dans la ‘‘jungle’’ n’est pas possible. »

« Lors du dernier démantèlement, nous avons perdu 128 gamins… »

Peu d’eau. Pas d’électricité. Tout le monde convient que les conditions de vie dans la « jungle » sont indignes. Mais si les réfugiés adultes volontaires de Calais se voient proposer des solutions dans les 164 Centres d’accueil et d’orientation (CAO) disséminés aux quatre coins de la France, les enfants, eux, ne sont pas éligibles au dispositif. « Ils relèvent du droit sur la protection de l’enfance », se désole une source au sein de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

>> Reportage : On a visité un centre d'accueil du Nord de la France

« Lors du dernier démantèlement en février, nous avons ‘‘perdu’’ 128 gamins, assure François Guennoc, l’un des responsables de l’Auberge des migrants qui prépare chaque jour 4.500 repas. Certains en ont profité pour passer la Manche. D’autres ont avoué qu’ils étaient majeurs pour demander l’asile. Mais certains sont tombés aux mains des réseaux d’esclavagistes et de proxénètes… »

La «jungle» de Calais, le 24 septembre 2016.
La «jungle» de Calais, le 24 septembre 2016. - Irina Kalashnikova/SIPA

Seuls 80 enfants ont pu légalement franchir la Manche

Dans les allées couvertes de baraques de fortunes, les principaux intéressés ne s’en inquiètent pas plus que ça et préfèrent jouer au cricket. « Fin de la ‘‘jungle’’ ou pas, on va tous rester ici pour finir par passer en Angleterre ! », résume fièrement le lanceur. Sauf que le pays de leur rêve rechigne à les accueillir.

>> Calais : Des chiffres édifiants sur les enfants migrants...

Depuis le début de l’année, seuls 80 enfants ayant des attaches en Grande-Bretagne ont pu légalement franchir la Manche. Trois cent autres pourraient les suivre mais les procédures traînent. C’est pour cela que la Défenseure des enfants a demandé que l’un des rares bâtiments en dur de la Jungle ne soit pas démantelé lors des opérations voulues par le gouvernement mais plutôt réservé aux mineurs le temps que leur situation soit examinée. Son nom ? Le Centre d’accueil provisoire…

Calais (Pas-de-Calais), le 13 octobre 2016. Des adolescents afghans jouent au cricket dans la «Jungle» de Calais.
Calais (Pas-de-Calais), le 13 octobre 2016. Des adolescents afghans jouent au cricket dans la «Jungle» de Calais. - V. VANTIGHEM