Attentat de novembre: Le silence de Salah Abdeslam «n'aura absolument aucune conséquence»

JUSTICE Les deux avocats de Salah Abdeslam ont renoncé à représenter le suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre…

Florence Floux

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Photo de Salah Abdeslam transmise par la police française le 15 novembre 2015 dans le cadre d'un appel à témoins
Photo de Salah Abdeslam transmise par la police française le 15 novembre 2015 dans le cadre d'un appel à témoins — DSK POLICE NATIONALE

Ils jettent l’éponge. Les deux avocats de Salah Abdeslam, le suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre, indiquent dans le L’Obs avoir signifié à leur client la fin de leurs services. « Nous ne pouvons simplement pas porter la parole d’un homme qui se tait », estiment Sven Mary et Frank Berton. Salah Abdeslam a effectivement exercé son droit au silence lors de chacune de ses auditions avec le juge d’instruction, alors qu’il avait affirmé peu après son arrestation en Belgique son souhait de collaborer avec les magistrats.

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Le droit de se taire lors de sa garde à vue est défini par l’article 61-1 du code de procédure pénale. Aucune disposition n’est ensuite prévue dans le droit français en ce qui concerne l’instruction. En revanche, la convention de la Cour européenne des droits de l’homme prévoit le droit de garder le silence dans son article 6. Droit que Salah Abdeslam a décidé d’exercer. « En filigrane, ce droit permet à l’intéressé de ne rien dire qui pourrait lui nuire », explique Hervé Denis, avocat pénaliste qui comprend parfaitement la décision des conseils d’Abdeslam. « En matière pénale, notre pire ennemi, c’est le client lui-même. On met en place une stratégie de défense, mais le client fait ce qu’il veut », justifie l’avocat.

« Personne ne peut plus rien faire pour Abdeslam »

L’instruction se poursuivra donc sans sa défense. En début de chaque audition, le juge demandera au mis en examen s’il désire un conseil. En cas de réponse négative d’Abdeslam, celui-ci restera sans avocat. Lors du procès en revanche, le président de la cour d’assises spéciale lui commettra un avocat d’office pour assurer sa défense.

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Salah Abdeslam a donc le droit de se taire. Pourtant, ce silence vient de lui faire perdre ses deux conseils. « Son silence n’aura aucune conséquence, ce n’est ni productif ni contre-productif pour lui, estime le pénaliste. Personne ne peut plus rien faire pour Abdeslam, ni lui, ni ses avocats. Son sort est scellé d’avance. Il est marqué par le sceau de l’horreur et de la culpabilité. Qu’il parle ou qu’il ne parle pas, le résultat sera le même. »

Une protestation contre ses conditions de détention 

D’autant que Frank Berton, l’un des deux ex-conseils d’Abdeslam, avait déjà indiqué à plusieurs reprises que son client entendait protester par son mutisme contre ses conditions de détention, notamment la vidéosurveillance. Selon une source pénitentiaire, Salah Abdeslam serait « très déprimé » et ne supporterait plus d’être filmé 24h/24 dans sa cellule de Fleury-Mérogis, où il a été placé à l’isolement. Le dernier recours pour réviser la décision de le mettre sous vidéosurveillance a été rejeté par le Conseil d’Etat.

« Le pouvoir politique a choisi de répondre à une attente populiste en le traitant comme tel, en l’épiant comme un rat dans sa cage. Je vous le dis, la prison est en train de transformer Salah Abdeslam en bête sauvage », dénonce Frank Berton dans L’Obs. « Ses conditions de détention relèvent de la torture psychologique. Mais les gens s’en moquent. Qu’on le pende haut et court, est-ce ce qu’ils souhaitent ? En tout cas, c’est triste pour l’Etat de droit », a abondé Me Mary.

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Salah Abdeslam n’a donc plus rien à perdre, pour Hervé Denis, selon qui il exerce tout simplement son dernier espace de liberté. « Pourquoi voulez-vous qu’il coopère avec une institution qui l’a jugé par avance ? La justice ne laissera jamais libre le dernier responsable vivant, si c’est le cas, d’un massacre en plein Paris. Il n’y a aucun suspense : il va être condamné à perpétuité et il le sait. Sa défense ne changera rien à cela. » Frank Berton ne dit pas autre chose : « Salah Abdeslam ne s’appartient plus. Il ne lui reste plus que son silence. »