Les appels au secours des agriculteurs suicidaires ont explosé

CAMPAGNE La Mutualité sociale agricole s'inquiète de la «résignation» des paysans face à la crise...

N.Beu. avec AFP

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Agriculture - Illustration.
Agriculture - Illustration. — GILE MICHEL/SIPA

Le bonheur n'est plus forcément dans le pré. C'est en tout cas ce qu'a constaté la Mutualité sociale agricole (MSA), qui révèle ce mardi des chiffres inquiétants. Selon son président, Pascal Cormery, le nombre d’appels au secours d’agriculteurs et de leur entourage à la permanence de prévention du suicide Agri’écoutes a en effet explosé en début d’année.

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« Il y a une résignation dans la campagne face à la crise », a déclaré Pascal Cormery lors d’une conférence de presse. Lors du premier semestre 2016, Agri’écoutes a reçu quelque 1.700 appels, soit une moyenne de 285 appels par mois contre une centaine par mois sur la même période, un an plus tôt. Ce quasi-triplement est relativisé par la MSA, qui rappelle notamment que ce dispositif lancé en octobre 2014 n’a commencé à être connu de l’ensemble du monde agricole qu’à compter des mois de mars/avril 2015. La MSA ne nie pas toutefois une très forte augmentation du nombre d’agriculteurs en détresse.

Des épouses désespérées

Autre signe de cette précarité croissante dans le monde paysan, l’explosion de la demande de primes d’activité : alors que la MSA attendait 60.000 demandes pour l’année 2016, elle en est déjà à 200.000 demandes depuis le début de l’année. Elles concernent pour un tiers les exploitants, et pour deux tiers les salariés.

« Il y a une interrogation dans les campagnes sur le sens de notre métier : on est là pour faire quoi ? », appuie Pascal Cormery, qui insiste sur une « résignation complète » du secteur. « Beaucoup de mes collègues me disent : "est-ce qu’on a vraiment besoin de nous ?, est-ce qu’on sert vraiment à nourrir la population ?" », ajoute Pascal Cormery.

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Si, au départ, c’était surtout les exploitants qui appelaient pour se confier, la MSA note que ce sont désormais le plus souvent les épouses qui contactent Agri’écoutes, « par rapport au désarroi de leur mari ». « Les hommes ont sans doute plus de pudeur, ou de fierté. Il est très difficile de s’avouer qu’on est en échec professionnel », explique Michel Brault, directeur général de la MSA. « Lorsqu’il n’y a plus de revenus qui rentrent, un fort endettement, l’homme n’ose plus appeler. Il se réfugie dans le travail, ne s’occupe plus des papiers, des échéances, c’est le conjoint qui est confronté à cela », ajoute-t-il.