Portable, tablette, ordi... Comment aider les enfants à faire bon usage des écrans?

EDUCATION Fixer des règles concernant le temps de connexion et les contenus autorisés est fortement recommandé…

Delphine Bancaud

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Un garçon jouant à un jeu vidéo sur une tablette.
Un garçon jouant à un jeu vidéo sur une tablette. — ANGOT/SIPA

C’est le sujet de discussion inévitable entre parents : le temps souvent excessif que leurs enfants passent sur les écrans et les activités qu’ils y font. Et plusieurs études récentes viennent enfoncer le clou : selon celle de Xooloo*, les enfants de 8 à 16 ans passent en moyenne 1h15 par jour sur leur téléphone portable. Et le temps de connexion augmente avec l’âge.

Selon une autre étude de l’Afev**, 43 % des collégiens de l’éducation prioritaire utilisent un équipement numérique plus de deux heures par jour et 21 % plus de quatre heures par jour. Les plus petits ne sont pas épargnés par cet engouement pour les écrans nomades, car d’après une enquête de l’Association française de pédiatrie ambulatoire ( AFPA), 47 % des moins de trois ans passent en moyenne 30 minutes par semaine, mais certains y consacrent jusqu’à 12 heures par semaine.

Temps et usages du portable chez les enfants
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Des conséquences néfastes pour les enfants

Et la surconsommation numérique a souvent des effets néfastes sur les enfants, comme le souligne le docteur Caron, membre de l’AFPA : « certains enfants qui jouent par exemple de manière excessive à desjeux vidéo développent des troubles de l’attention. Et chez d’autres, ce repli sur les écrans démontre un problème relationnel et une tendance à s’isoler. Il faut notamment s’inquiéter quand les résultats d’un élève baissent brusquement », explique-t-il. Et l’usage abusif des outils interactifs génère souvent des conflits dans les familles. Selon un sondage OpinionWay pour Xooloo****, 67 % des parents affirment ainsi que c’est un sujet de tensions avec leurs enfants.

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Par ailleurs, beaucoup de parents ignorent ce que font leurs enfants sur le web et 22 % avouent n’avoir pris aucune mesure pour contrôler les comportements numériques de leurs enfants, tant en termes de contenu qu’en termes de temps passé pour les écrans. Une erreur, selon la coach en parentalité Anne-Catherine Baseilhac : « Cette absence de dialogue sur les activités numériques de leurs enfants entraîne des tensions, alors que le fait d’accompagner ses enfants dans leur vie numérique apaise les relations familiales », estime-t-elle. Un avis partagé par le docteur Caron : « il faut donner des repères aux enfants en établissant des règles précise », insiste-t-il.

Comportement numérique des enfants
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Des règles dans le dialogue

Premier impératif selon eux : fixer un temps de connexion à ne pas dépasser. « Il n’existe pas de quota idéal dans ce domaine. C’est aux parents d’établir leur propre jauge, en discutant avec leurs enfants », indique Anne-Catherine Baseilhac. Les parents peuvent aussi fixer quelques interdits : pas d’écran avant d’aller en classe le matin, pas après 20 h le soir, jamais à table… « Il faut d’ailleurs leur expliquer quela lumière bleue des écrans diminue la sécrétion de mélatonine et retarde la phase de sommeil », souligne le docteur Caron. Pour être sûr que les nuits de l’enfant soient douces, le médecin recommande par exemple, de couper le wifi le soir et d’interdire l’enfant à garder son portable dans sa chambre. Certains parents utilisent aussi l’application Xooloo qui permet de mettre en veille à distance les appareils numériques de l’enfant, si celui-ci à dépasser son quota quotidien.

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Autre conseil utile selon Anne-Catherine Baseilhac : « il est préférable de demander à l’enfant d’utiliser la tablette ou l’ordinateur dans le salon plutôt que dans sa chambre, afin de garder un œil sur ce qu’il y fait », indique-t-elle. Pas question pour autant de le fliquer, selon le docteur Caron : « Si c’est un ado, il ne faut pas consulter l’historique de ses consultations, ce serait comme ouvrir son courrier. Dans la même logique, il ne faut pas être son ami sur Facebook. Mais il faut discuter avec lui de l’intérêt qu’il trouve dans un jeu vidéo ou en regardant des vidéos sur YouTube. Il faut aussi l’inciter à parler s’il voit une image qui le choque », conseille le pédiatre. En revanche, pour les enfants de moins de 9 ans, le docteur Caron recommande de ne pas les laisser seul sur Internet, mais de s’accorder avec eux sur leurs activités numériques. Quant aux logiciels de contrôles parentaux, les experts du sujet estiment qu’ils peuvent être utiles, mais qu’ils ne filtrent pas toutes les informations dérangeantes. « Les vidéos relayant les théories du complot passent par exemple à travers. Ce n’est donc pas une solution miracle », estime le docteur Caron.

Des conseils de famille dédiés au numérique

Pour insuffler à son enfant de l’esprit critique dans ses activités numériques et pour le responsabiliser, l’idéal est de prévoir des moments de dialogue sur le sujet, estime Anne-Catherine Baseilhac : « Un père avec lequel j’étais en contact avait ainsi instauré un dîner pizza hebdomadaire lors duquel il ne parlait avec ses enfants que de leurs expériences numériques. Une manière de ne pas les diaboliser et de comprendre l’intérêt qu’ils y trouvent », souligne-t-elle. Une idée prônée aussi par le docteur Caron qui estime que « des conseils de famille dédiés au numérique permettent de rediscuter des règles sur le sujet. C’est aussi l’occasion pour les parents de s’intéresser aux YouTubeurs qui cartonnent en ce moment, de parler à leurs enfants de cyberharcèlement, de la pornographie sur le web… », précise-t-il.

Enfin, en guise d’ultime conseil aux parents, les spécialistes du sujet leur recommandent de donner l’exemple : « si les parents sont sans cesse en train de consulter leur portable, l’enfant le fera aussi. Il faut prévoir des périodes de sevrage numérique pour tous les membres de la famille », insiste le pédiatre.

* Etude Xooloo menée auprès de 3.000 enfants de 8 à 16 ans, du 25 juillet au 23 août 2016.

** Baromètre Trajectoires/ Afev réalisé en mai/juin 2016 auprès de 548 collégiens scolarisés en réseau d’éducation prioritaire (REP).

*** Enquête "les enfants et les écrans" réalisée auprès de 197 enfants de moins de tois ans en février 2016 lors de consultations. 

**** Sondage Opinion Way pour Xooloo réalisé en ligne auprès de 1.038 parents d'enfants de 8 à 16 ans du 20 au 28 juillet 2016, selon la méthode des quotas.