Présidentielle 2017: Exit l'homme providentiel, les jeunes rêvent d'un candidat «crowd-sourcé»

#MOIJEUNE Selon une étude OpinionWay pour «20 Minutes», les jeunes sont majoritairement séduits par la démocratie participative et se détournent des candidats issus des partis politiques…

Laure Cometti

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L'Elysée. Illustration
L'Elysée. Illustration — Sipa / Vincent Wartner / 20 Minutes

Il n’y a jamais eu autant de mouvements citoyens et de collectifs issus de la société civile au sein de nos démocraties occidentales. Si ces initiatives peinent encore à trouver leur place au sein d’institutions qui suscitent une défiance historique, en particulier chez les jeunes, ces derniers sont séduits par le projet d'un candidat «crowd-sourcé», comme le révèle une enquête OpinionWay pour 20 Minutes auprès de la communauté #MoiJeune*.

Deux tiers des jeunes ne misent pas sur l’homme providentiel à la présidentielle

Loin du cliché de l’abstention, neuf jeunes sur dix comptent aller voter pour l’élection présidentielle en 2017. Pour qui ? La question se pose d’autant plus que les 18-30 ans trouvent que leurs idées ne sont pas assez représentées dans la campagne (à 75 %) et seul un tiers d’entre eux se déclare séduit par un candidat issu d’un parti politique. En revanche, un quart des jeunes sondés souhaite voter pour un candidat issu d’une démarche collective et citoyenne. A six mois du scrutin et avant les primaires de la droite et de la gauche, un tiers des jeunes n’a pas encore décidé pour qui voter.

A quoi ressemble le président de la République idéal selon les jeunes interrogés ? Pour un tiers, il s’agit d’un « personnage charismatique qui sait très clairement tout ce qu’il faut faire pour la France ». Mais ils sont plus nombreux à vouloir confier la gouvernance du pays à « un personnage à la recherche d’idées venant de la société civile » (40 %) ou à « un collectif d’individus tirés au sort parmi l’ensemble des Français » (18 %), voire à « un algorithme superpuissant qui trouverait les meilleures solutions après modélisation de toutes les possibilités » (12 %).

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Les jeunes prêts à construire collectivement le programme du candidat idéal 

Etant donné que ces trois dernières propositions ne sont pas encore bien présentes dans l’offre politique hexagonale, 20 Minutes et Opinionway ont souhaité faire réagir la communauté #MoiJeune à un projet nouveau, celui de  Julien Letailleur. Il ne s’agit pas d’un candidat classique mais d’un personnage de fiction, héros d’un roman qu’Antoine Brachet, cofondateur du collectif « Les 100 barbares », a voulu faire sortir des pages d’un livre pour le lancer en politique.

« Je me suis dit que ce personnage pouvait jouer un rôle concret et utile dans la vie politique. Il n’a pas d’ego et ne fera jamais passer son intérêt personnel devant l’intérêt collectif. Il peut porter nos voix dans cette campagne et permettre à nous citoyens de faire émerger 5 à 10 sujets clés sur lesquels les candidats réels ne pourront faire l’économie de se positionner ». Pour cela, l’initiative mise sur les réseaux sociaux (« pour toucher plus de citoyens, les interpeller »), des rencontres IRL (la première aura lieu le 18 octobre à Paris) et une technologie déjà éprouvée à Taïwan par Audrey Tang, qui permet de consulter un très grand nombre de personnes via leur smartphone et de « faire émerger les idées qui font consensus et qui reçoivent le plus de votes positifs ».

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Une génération « crowd » politique ?

L’initiative Julien Letailleur a plu à 57 % des jeunes interrogés** et a suscité de nombreuses questions parmi les sondés (qui trouveront des réponses dans cet article et cet entretien avec Antoine Brachet). Le projet d’un « programme collaboratif » plaît aux jeunes : près de trois quarts des répondants disent avoir envie de participer à un projet qui leur permettrait de soumettre leurs idées sur une plateforme dédiée.

Pour Luc Balleroy, directeur général d’OpinionWay, cet attrait pour la démocratie participative s’explique par deux grands facteurs. « Les jeunes générations sont nées dans un monde en réseau, où les distances géographiques et statutaires sont abolies, d’où la revendication d’une autre relation avec les hommes politiques. Ils sont nés après l’effondrement des vérités intangibles sur le progrès, alors que leurs aînés avaient la certitude qu’ils allaient vers le mieux. Cela déstabilise la logique élite-foule et favorise l’idée selon laquelle collectivement, les citoyens ont de meilleures idées que quelques experts ou un homme seul ». Dans ce contexte, les initiatives participatives et les outils de crowdsourcing ont le vent en poupe chez les jeunes.

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* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 6 au 8 septembre 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 806 répondants âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

** Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 31 août au 2 septembre 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 991 répondants âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet «#MOIJEUNE», une série d'enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.