Pourquoi l'enseignement privé est-il de moins en moins mixte socialement?

EDUCATION Le secrétaire général de l’Enseignement catholique a répondu ce mardi aux critiques qui lui sont faites sur le sujet...

Delphine Bancaud

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Des élèves de sixième du collège catholique Jean Bosco à Rambouillet.
Des élèves de sixième du collège catholique Jean Bosco à Rambouillet. — PIERRE VERDY / AFP

Un entre soi de plus en plus marqué. La mixité sociale a décru dans les collèges privés ces dix dernières années,selon une étude du ministère de l’Education publiée vendredi. Ainsi, en 2015, 20 % des collégiens du privé étaient issus de milieux défavorisés, contre 25 % en 2003. Alors qu’en parallèle, les collèges publics comptaient 43 % d’élèves défavorisés en 2015.

Toujours en 2015, les élèves issus des milieux très favorisés représentaient 37 % des effectifs du privé, (ils étaient 30 % en 2003), contre 19 % dans le public. En septembre, l’économiste Thomas Piketty avait déjà dénoncé cette réalité dans une tribune du Monde indiquant que le privé pratiquait « une exclusion quasi complète des classes sociales défavorisées, et contribue ainsi fortement à la ségrégation scolaire d’ensemble ».

Des données fortement commentées par Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique ce mardi, lors de sa conférence de rentrée, qui a tenu tout d’abord à nuancer ces statistiques : « Dans des académies comme Besançon, Bordeaux, Clermont, Toulouse et Poitiers, il n’existe pas d’écart concernant la mixité sociale entre le public et le privé », a-t-il indiqué. Tout en précisant que la dégradation de la mixité sociale dans le privé résultait d’abord de l’implantation de ses établissements dans les centres-villes de grosses agglomérations où la population est plus favorisée qu’en banlieue. « Nous essayons de nous développer dans les quartiers sensibles, mais nous n’en avons pas toujours les moyens », ajoute Pascal Balmand.

La fuite dans le privé des élèves de la classe moyenne

Autre raison de la surreprésentation des élèves favorisés dans le privé selon lui : « depuis quelques années, de plus en plus de familles de la classe moyenne optent pour l’enseignement catholique, ce qui masque les effets de la politique d’ouverture sociale que nous menons », explique-t-il. Un fait avéré à partir du collège, car beaucoup de parents inscrivent leurs enfants dans le privé pour échapper à la carte scolaire. Et le Snes suspecte même la réforme du collège d’avoir poussé davantage de parents cette année à tenter une incursion dans le privé pour leurs enfants.

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Par ailleurs, le coût financier pour inscrire son enfant dans le privé demeure un vrai frein pour les familles modestes. Et sûrement plus encore en période de crise. Si chaque établissement catholique fixe ses frais de scolarité, ils s’élèvent en moyenne à 366 euros par an en maternelle, 380 euros en élémentaire, 650 euros au collège et 969 euros au lycée. Auxquels il faut ajouter des frais de cantine, soit 4,47 euros en moyenne par repas en maternelle, 4,56 euros en élémentaire, 5,60 euros au collège et 6,15 euros au lycée. Les bourses de l’Etat octroyées aux collégiens et lycéens défavorisés ne parviennent pas à couvrir ces frais.

Des efforts d’ouverture aux effets encore limités

Pourtant, l’enseignement catholique défend ses efforts pour s’ouvrir à une population moins favorisée. « On fait en sorte que le critère économique ne soit pas discriminant. Lorsque les parents ont des difficultés financières, certains établissements réduisent les frais de scolarité pour leurs enfants et vont jusqu’à les en exonérer dans certains cas. Dans d’autres établissements, les parents d’élèves constituent des caisses de solidarité pour aider les familles qui en ont besoin », explique Pierre Marsollier, délégué général de l’enseignement catholique.

En 2014, l’enseignement catholique a aussi adopté un plan « pour les réussites » visant à accueillir des élèves aux profils différents. « Dans ce cadre, nous abondons en moyens humains les établissements qui s’engagent dans des projets "en faveur des élèves en situation de fragilité sociale et scolaire". A la rentrée 2016, 210 postes ont ainsi été affectés à ces établissements et il y en aura 300 en 2017. Cela permet par exemple de créer un dispositif relais pour des élèves en décrochage, de créer une classe accueillant des primo arrivants, d’ouvrir des établissements dans des quartiers sensibles », indique Pierre Balmand. Une dynamique « qui mettra du temps à porter ses fruits » selon lui. Quitte à ce que l’enseignement catholique soit encore épinglé dans d’autres études…