A Saint-Denis, Marisol Touraine s'efforce de rassurer les soignants soumis à la violence quotidienne

REPORTAGE La ministre de la Santé a rencontré les collègues du médecin agressé violemment il y a quinze jours pour leur présenter son plan pour améliorer la sécurité à l’hôpital…

Oihana Gabriel
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Marisol Touraine est allée à la rencontre des soignants de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis lundi 3 octobre 2016.
Marisol Touraine est allée à la rencontre des soignants de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis lundi 3 octobre 2016. — o. Gabriel / 20 Minutes

« Ça va aller, Monsieur, vous êtes entre de bonnes mains », assure Marisol Touraine à un homme allongé et le front en sang. La ministre de la Santé était ce lundi soir aux urgences de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), pour rencontrer le personnel hospitalier. Des professionnels encore sous le choc après l’agression d’un médecin il y a deux semaines, qui a eu les deux mains brisées par le frère d’un patient. « C’est ici, à l’accueil, qu’a eu lieu l’agression », précise Yolande Dinatale, directrice de cet établissement de Saint-Denis. Un peu plus loin, en pédiatrie, la ministre tente de rassurer un enfant qui pleure : « Ce n’est pas drôle d’être ici, c’est sûr. »

« Nous encourageons le personnel à porter plainte »

Mais c’est également les soignants que la ministre est venue rasséréner.En leur détaillant son plan, annoncé ce lundi, pour améliorer la sécurité des soignants. « Il y a cette violence terroriste qui appelle des mesures de sécurité spécifiques, assure la ministre. Mais prévenir la violence terroriste, c’est aussi prévenir celle du quotidien. Pour autant, je me méfie des statistiques car nous avons encouragé le personnel hospitalier à porter plainte. Or je ne sais pas si les chiffres reflètent un accroissement des agressions ou celle des dépôts de plainte… »

Des injures au quotidien

En tout cas dans cet établissement, le quotidien est ponctué d’injures et parfois de violences physiques. Trois soignants, un médecin, une psychiatre et un brancardier ont été violemment agressés ces dernières années. « Et quand nous avons déposé plainte, l’affaire a été classée », regrette le Docteur Cohen. Pour beaucoup, l’hôpital de Saint-Denis n’est qu’un « décor » de cette violence qui commence dans les cités et se poursuit à l’hôpital.

« Nous devons pallier le manque de médecins de ville ici à Saint-Denis, c’est pourquoi beaucoup de patients s’énervent quand ils attendent trop longtemps », souligne le Dr Marie-Clément Kouka, directeur des urgences. « Certes, nous avons des patients qui ont de gros problèmes de santé, mais certains viennent pour des problèmes sociaux, poursuit Mezoughi Oria, aide-soignante. Mais j’ai rencontré des professionnels de qualité ici toute confession… pardon de toute profession confondue !, se reprend l’aide-soignante. Mais toutes les personnes de bonne volonté ont leur limite, et c’est les moyens. »

« Ils sont en avance ici »

Les moyens justement, Marisol Touraine assure les déployer. Elle a annoncé un plan ce lundi pour améliorer la sécurité des établissements hospitaliers. Avec à la clef une enveloppe de 75 millions d’euros sur trois ans. « Mais c’est à chaque établissement de faire le diagnostic et de mettre en place un plan de sécurité intérieur, financé par ce plan, qui peut passer par des caméras, des vigiles, des clôtures, des sas. Un hôpital doit pouvoir se protéger y compris en fermant certains de ses accès. Cette réflexion dans l’élaboration des plans de sécurisation pour chaque établissement ne doit pas être taboue. Mais ils sont en avance ici ! »

En effet, un vigile est présent la nuit depuis l’agression de médecin, deux médiateurs feront le lien entre soignants et patients à partir d’octobre et des barrières ont été mises en place. Suffisant ? Pas sûr, car un des problèmes de cet hôpital, c’est son manque d’attractivité. « Ma préoccupation aujourd’hui, c’est d’attirer des médecins », reprend le directeur des urgences. Sur cinq postes à pouvoir, un seul a reçu une candidature. Il faut dire que les conditions de travail sont difficiles. Et le médecin de conclure : « Pour l’école, on a mis en place des zones d’éducation prioritaire, ne faut-il pas faire de même pour les hôpitaux ? »