Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray: L’église a rouvert dans l’émotion

HOMMAGE Plusieurs centaines de fidèles étaient présents lors de la messe…

D.B. avec AFP

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Le portrait du père Jacques Hamel restera bien en évidence dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray où il a trouvé la mort le 26 juillet 2016.
Le portrait du père Jacques Hamel restera bien en évidence dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray où il a trouvé la mort le 26 juillet 2016. — F. Pouliquen / 20minutes

« Je décrète que la porte que je vais rouvrir devient une seconde porte sainte pour tous les fidèles ». C’est par ces mots que l’archevêque de Rouen Mgr Dominique Lebrun est entré dansl’église Saint-Etienne-du-Rouvray, ce dimanche, deux mois après l’assassinat du prêtre Jacques Hamel par deux djihadistes.

Les fidèles ont alors pénétré dans le lieu de culte et l'archevêque a replacé au mur la croix qui avait été descellée par les deux djihadistes. Accompagné par les «alleluias» de l'assemblée, il a ensuite aspergé d'eau bénite les murs, l'autel et le sol, ainsi que les fidèles, comme le veut le rite de «réparation» destiné à laver la profanation de l'attentat.

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Un écran géant installé devant l’église

Soeur Danielle, qui avait donné l'alerte le jour de l'attaque, a lu une prière, tandis que le paroissien Guy Coponet, qui a survécu miraculeusement après avoir reçu plusieurs coups de couteau ce jour-là, a lu une épitre. L'archevêque a conclu la cérémonie en replaçant le chapelet arraché par les djihadistes dans les mains de la statue de Notre-Dame de Fatima. La commune ouvrière de Saint-Etienne-du-Rouvray compte en effet une importante communauté portugaise.

Au premier rang, figuraient aussi plusieurs représentants du culte musulman.Peu auparavant, sur la place de l'église, le maire de la ville Hubert Wulfranc (PCF) avait lui aussi rendu hommage au père Hamel. «Le visage de Jacques Hamel s'identifie à celui du petit Aylan, l'enfant syrien échoué sur les plages turques. Ils sont des symboles et en même temps ils doivent nous faire réfléchir davantage (...), ils nous invitent à l'intelligence, à être curieux des autres, de tous les savoirs, de toutes les connaissances», a-t-il déclaré.

«C'est une nouvelle étape de la cicatrisation, de la convalescence», avait-il déclaré à la presse, avant la cérémonie. Le maire prévoit ainsi de faire exploiter les archives de sa commune par des historiens, en raison de la multitude de messages reçus du monde entier et envisage d'ériger un monument à la mémoire du prêtre.

Un rituel de réparation

Lors de sa visite à Bakou, le pape François a par ailleurs annoncé que le délai prévu avant d'entamer la procédure en béatification du père Hamel, habituellement de cinq ans après la mort, allait être raccourci. «Je décide donc aujourd'hui de la préparer sans délai», a annoncé l'archevêque à la fin de la messe, remerciant le pape pour son «mot de consolation».

Le 14 septembre à Rome, le pape avait déclaré au sujet du père assassiné : «nous devons le prier, c'est un martyr ! Et les martyrs sont bienheureux, nous devons le prier».

La cérémonie de dimanche avait pour objectif de «réparer» la profanation de ce lieu de culte, comme le veut l'Église catholique. A plus forte raison quand il s'agit d'un meurtre. «La paroisse a perdu l'un de ses pasteurs, son église a été souillée, une offense à Dieu a été commise, et il m'appartient (...) de rouvrir l'église comme cela est prévu à chaque fois qu'il y a une profanation», a expliqué Mgr Lebrun.

Devant l'église, qui ne pouvait contenir que 300 personnes, un écran géant avait été installé. Plusieurs dizaines de fidèles musulmans avaient fait le déplacement, à l'appel de la mosquée stéphanaise Yahya, sur les hauteurs de la ville. Parmi eux, Aïssa Habbani, trésorier de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray. «On est tous là, on est contre tout ce qui se passe, ça nous touche aussi beaucoup. Dès qu'il y a quelque chose, c'est nous qui sommes visés les premiers», a-t-il assuré, ému, à l'AFP.

Deux personnes ont été mises en examen dans l'enquête sur l'assassinat du prêtre. Il s'agit du cousin d'Abdel Malik Petitjean, Farid K., et un homme de 21 ans interpellé près de Toulouse. Deux autres personnes, dont le nom est apparu dans d'autres enquêtes et qui intéressent à des degrés divers les policiers, ont également été mises en examen, Jean Philippe J. et un mineur de 17 ans.