Attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray: Une page qui sera longue à se tourner

REPORTAGE L'église où a été assassiné le père Hamel sera rouverte dimanche...

Fabrice Pouliquen

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L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, marquée par un attentat le 26 juillet dernier, rouvrira le dimanche 2 octobre. Lancer le diaporama
L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, marquée par un attentat le 26 juillet dernier, rouvrira le dimanche 2 octobre. — F. Pouliquen / 20 minutes

Dimanche,Saint-Etienne-du-Rouvray s’apprête à vivre, de nouveau, un moment marquant et se retrouver, sans guère de doute, sur les chaînes d’information en continue. Mais cette fois-ci, cette ville de la banlieue rouennaise (Seine-Maritime) ne sera pas prise de revers. L’événement est attendu, soigneusement préparé.

Un rite pénitentiel de réparation pour commencer

C’est l’église que l’on rouvre. Celle-là même où le père Jacques Hamel avait trouvé la mort le 26 juillet dernier, égorgé par deux assaillants se réclamant de Daesh. Dimanche, il ne suffira pas d’ouvrir grands les portes et de célébrer la messe. « On ne rend pas au culte une église profanée de la sorte », explique Eric de la Bourdonnaye, directeur de la communication au diocèse de Rouen.

La messe sera précédée d’un rite pénitentiel de réparation. Ce rituel n’est pas si rare dans l’Église catholique, mais suit généralement des événements moins tragiques. « Le vol d’un objet sacré ou la détérioration de l’autel ou d’un tabernacle, poursuit Eric de la Bourdonnaye. Mais un prêtre assassiné pour sa foi, à ma connaissance, ce n’était pas arrivé en France depuis la révolution. »

A Saint-Etienne-du-Rouvray, on attend de ce fait beaucoup de monde, au point d’avoir installé un écran géant sur la place de l’église pour permettre au plus grand nombre de suivre la cérémonie célébrée par Monseigneur Lebrun, archevêque de Rouen. Il commencera par projeter de l’eau bénite dans l’église profanée, puis remettra en place les quatre symboles abîmés par les deux terroristes : la croix de procession, le cierge pascal, l’autel et une statue de la vierge dont le chapelet avait été arraché.

« Une étape de plus vers un retour à la normale »

Et ensuite, on tourne la page ? « Ce sera une étape de plus vers un retour à la normale, commence Alain, occupé jeudi avec une poignée d’autres fidèles à remettre en état la petite église. Mais tourner d’un coup la page… non, ce sera plus compliqué que ça. »

Le portrait de Jacques Hamel s’affiche d’ailleurs bien en évidence dans l’église. « Et puis il y a ces coups de fil de soutien qu’on reçoit régulièrement du monde entier, poursuit Alain. Nous avons enlevé les fleurs sur le parvis ce jeudi matin, en vue de la cérémonie de dimanche, mais de nouveaux bouquets reviendront très vite. »

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Saint-Etienne-du-Rouvray devrait rester longtemps encore associé à l’attentat du 26 juillet. Serge, ancien chauffeur de taxi aujourd’hui à la retraite, en a fait la triste expérience lors de ces récentes vacances en Corse. « Dès que je disais que je venais de Saint-Etienne, j’avais droit à la même réaction : "Ah c’est là où il y a eu l’attentat". »

« Des regards plus méfiants qu’avant »

Mais pas besoin de se rendre aussi loin que les choses ont changé. « On s’en rend pas compte tout de suite, mais les gens ici sont choqués, toujours un peu K-O », lance un commerçant installé à deux pas de l’église. Karim et Samir, de confession musulmane, confirment : « Le 26-juillet revient ici souvent dans les conversations, plusieurs fois par semaine. Et puis, il y a ces regards méfiants à notre égard… On l’avait déjà constaté après les vagues d’attentats à Paris, mais c’est plus marquant encore depuis la mort de Jacques Hamel. » Malel, franco-tunisienne, l’a remarquée aussi : « J’entends souvent cette phrase : "Je ne veux pas généraliser, mais…" »

Sûrement que l’assassinat de Jacques Hamel a libéré une certaine parole à Saint-Etienne-du-Rouvray. Celle de Christian, croisé dans la rue de Paris. « Je suis raciste et plus encore depuis la mort de Jacques Hamel », affirme-t-il sans détour. « Cela reste un discours minoritaire, mais il est vrai qu’on l’entend plus qu’avant », observe Linda Dupré, animatrice pastorale à la paroisse de Saint-Etienne-du-Rouvray.

« Le dialogue n’est pas rompu »

Mohammed Karabila, président de l’Association cultuelle musulmane qui gère la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, invite à rester optimiste. « Nous avons reçu beaucoup de courriers à la mosquée depuis le 26 juillet. Seuls deux étaient négatifs. » L’homme assure aussi que le dialogue entre communautés religieuses n’est pas rompu dans la ville. Ce jeudi soir, justement, il venait de recevoir son invitation à assister à la messe de dimanche. A laquelle il se rendra, « bien sûr ».