«Radin!»: Quand la radinerie tourne à la pathologie

PSYCHOLOGIE A l’occasion de la sortie en salles du film « Radin ! » ce mercredi, « 20 Minutes » s’est intéressé aux ressorts psychologiques de l’avarice…

Oihana Gabriel

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Paris le 04 fevrier 2013. Illustration epargne argent billet de banque tenus dans une main.
Paris le 04 fevrier 2013. Illustration epargne argent billet de banque tenus dans une main. — A. GELEBART / 20 MINUTES

« Vous les faites à l’unité les bulots ? », interroge, inquiet, Dany Boon dans son nouveau film qui sort ce mercredi Radin ! Son personnage risque la crise cardiaque quand son compteur EDF s’emballe. Débranche ses ampoules pour moins consommer. Affiche des post-it partout chez lui pour faire la chasse à chaque centime ou goutte d’eau dépensés inutilement. Caricatural ? Pas forcément.

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Radin versus économe

En période de crise, arriver à bien gérer son budget est plutôt une qualité. Mais attention, rien à voir entre économe et avare. « Un économe est dans le rapport à la chose, alors que le radin dans le rapport à l’argent, analyse Patrick Avrane, psychanalyste et auteur de Petite psychanalyse de l’argent. Le premier optimise sa gestion, mais il est prêt à payer le juste prix. Le second est dans l’impossibilité de se séparer de l’argent pour quoi que ce soit. »

Quel signe prouve que l’avarice relève de la pathologie ? « Quand tout tourne autour de l’argent », synthétise Patrick Avrane. Autre définition, celle de Marie-Claude François-Laugier auteure de Comment régler ses comptes avec l’argent : « Un radin ne va jamais dépenser pour les autres, pas un café, pas un cadeau. »

Dans le film, chaque dépense ressemble à une torture. « C’est assez bien vu !, assure Patrick Avrane qui a pu découvrir le film en avant-première. En lui aspirant son argent, on lui aspire sa vie. » Et cette pathologie ne dépend pas d’un besoin économique. « La radinerie n’a rien à voir avec la quantité d’argent qu’on a, assure-t-il. Dans le film, le héros est très riche et son psychanalyste, c’est son banquier ! »

Avarice, mort et constipation

Traditionnellement, les psychanalystes relient l’avarice à l’enfance et à l’apprentissage de la propreté. « Le fait de devenir propre, c’est-à-dire de retenir son caca est une façon de se civiliser, reprend Patrick Avrane. En général, les radins sont méticuleux, ont peur de la saleté… et sont constipés. »

L’avarice s’explique aussi par le rapport aux parents. « Il faut toujours s’intéresser à l’histoire familiale : certains parents transmettent l’ordre de devenir radin, d’autres au contraire, prennent le contre-pied des parents », précise Marie-Claude François-Laugier. C’est d’ailleurs le cas dans le film. « La mère de Dany Boon, enceinte, critique le père qui met en péril sa famille à cause de ses dépenses », explique Patrick Avrane.

Mais la psychanalyste Marie-Claude François-Laugier, interviewée par L’Express, relie également avarice et peur de la mort. « Les avares sont des gens qui ont une peur maladive de manquer. Ils vivent dans un sentiment d’insécurité permanent et l’argent est pour eux un rempart contre le manque, la perte ou l’abandon. Dans sa forme la plus exacerbée, l’avarice peut être une conjuration inconsciente de la mort et traduit un besoin de tout contrôler ».

Ecolo ou radin ?

Dans une scène du film, la fille du héros lui demande : « Tu ne serais pas un peu… écolo ? » Elégante façon de critiquer son pingre de géniteur qui rappelle qu’avec avec l’écologie et la « décroissance », la radinerie trouve de nouveaux prétextes. Tirer la chasse d’eau de temps en temps, prendre une douche en deux minutes, c’est écocitoyen !

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« Décomplexés après s’être longtemps fait charrier, ils revendiquent de nous faire avaler des produits périmés, récupérer les sacs congélation et tirer la chasse seulement tous les trois pipis. Toujours en quête d’une récupération, ils ont fait de l’écologie un alibi », observe la journaliste Marie-Joëlle Gros,dans son ouvrage Radins.

« Le radin trouve dans l’écologie une justification. Mais la radinerie n’a rien de contemporain. Molière, pour son Harpagon, héros de l’Avare s’était inspiré d’une pièce de l’auteur romain Plaute », rappelle toutefois Patrick Avrane.

Si l’avarice n’a pas attendu l’écologie pour proliférer, un nouveau type d’économes a fait son apparition ces dernières années. « Une nouvelle catégorie qu’on appelle consommateurs intelligents se caractérise par une bonne gestion, toujours à l’affût des promotions, assure Marie-Claude François-Laugier. Et cette prudence est très bien vue ! »

« Ils ne consultent jamais »

Comment survivre avec un avare ? « Le radin devient facilement invivable, reconnaît Patrick Avrane. Ce qui est important, c’est de ne pas rentrer dans le jeu de quelqu’un qui n’achète que des produits périmés avec des bons de réduction ! Cela peut avoir des conséquences catastrophiques sur sa santé… et sur son entourage. »

Comment se guérir ? « Ce n’est pas compliqué, il suffit d’aller chez le psy, et de le payer ! », ironise ce dernier. « Mais le radin ne considère pas qu’il souffre d’une pathologie, il ne consulte jamais !, tranche Marie-Claude François-Laugier. Sauf quand son mari ou femme arrive à les traîner dans une thérapie de couple. » Et Patrick Avrane de conclure : « La meilleure façon de s’en sortir, c’est par l’amour. Quand on aime, on ne compte plus ! »