Attentat au musée du Bardo: Les victimes françaises «attendent du concret»

TERRORISME Les Français victimes de l'attentat de Tunis étaient reçues ce lundi par François Hollande...

Florence Floux

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Le 18 Mars 2015, 22 personnes dont 21 touristes ont été tués au musée du Bardo à Tunis lors d'attentats terroristes.
Le 18 Mars 2015, 22 personnes dont 21 touristes ont été tués au musée du Bardo à Tunis lors d'attentats terroristes. — Hassene Dridi/AP/SIPA

Ils ont parfois l’impression d’être « les oubliés des attentats ». Avec la vague terroriste que connaît la France, les victimes de l’attentat du musée du Bardo, à Tunis, n’ont pas toujours occupé le devant de la scène. Ce lundi, elles étaient reçues pour la première fois par le président François Hollande en compagnie de leurs avocats et du président de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac).

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« Mes clientes étaient déçues de ne voir qu’aucune télévision n’avait fait le déplacement, constate Philippe de Veulle, avocats de plusieurs victimes. Elles se rendent compte qu’elles n’ont pas droit au même traitement médiatique. Pourtant, l’attaque du Bardo, c’est un attentat terroriste, comme l’a rappelé François Hollande. » Le 18 mars 2015, deux assaillants ouvraient le feu dans ce célèbre musée de la capitale tunisienne, tuant 22 personnes dont 4 Français. L’attaque était ensuite revendiquée par Daesh.

Des doutes sur l’enquête

Depuis, l’enquête a suivi son cours de l’autre côté de la Méditerranée. Plusieurs personnes ont été interpellées en lien avec l’attentat. « Ce n’est pas simple vous savez, de savoir ce qui se passe en Tunisie », explique Serge Mayet, qui se trouvait au Bardo avec sa femme le jour de l’attaque. Une réunion à Paris en juin avec les juges français en charge de l’affaire avait pour but d’informer les victimes « et aussi de faire taire les rumeurs », pour Philippe de Veulle.

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L’avocat a depuis plusieurs mois fait part de ses doutes quant à l’objectivité du juge tunisien chargé de l’enquête sur le Bardo. Mis en cause dans le meurtre d’un opposant politique, il serait « controversé » et « proche des milieux islamistes », selon des médias tunisiens. D’après le conseil, 8 personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête sur l’attentat auraient été relâchées après être passées aux aveux parce qu’elles auraient été torturées. « Le problème, c’est qu’on n’a aucune preuve qu’il y ait eu torture, et vu que le juge est déjà au cœur d’une autre affaire… »

« Il y a tellement d’attentats en France qu’on oublie celui du Bardo »

De son côté, Serge Mayet indique avoir repris contact avec le guide touristique tunisien qui les accompagnait le jour de l’attentat pour lui demander ce qu’il en pense. « Il m’a dit qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’on dit, qu’il y a des règlements de comptes politiques en Tunisie comme ailleurs », détaille cet habitant du Vaucluse.

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Dix-huit mois après avoir créé l’Association nationale de défense et de mémoire des victimes de l’attentat du Bardo, il affirme parfois se sentir seul. « Il y a tellement d’attentats en France qu’on oublie celui du Bardo. Le 18 mars 2016, pour les commémorations de l’attentat, nous avons envoyé une quinzaine de courriers à tous les ministres. Nous n’avons eu aucune réponse. Au lieu de faire une cérémonie à Tunis, nous nous sommes réunis entre nous place de la République, à Paris, sans aucun représentant politique. Nous étions une cinquantaine. » Une situation qui a tout de même évolué avec la création du secrétariat d’Etat aux victimes, géré par Juliette Méadel.

Les indemnisations au point mort

Serge Mayet explique également qu’on leur demande aujourd’hui de se porter partie civile en Tunisie, ce qui occasionne d’autres frais. « Les assurances juridiques ne prennent pas en charge les victimes d’attentats. Nous avons fait une demande de subvention mais nous attendons une réponse. Jusqu’ici j’ai tout avancé de ma poche. » Même son de cloche chez les clientes de Philippe de Veulle, qui indique également que les indemnisations proposées pour le moment « sont un peu indécentes, au titre de préjudice affectif pour la perte d’un proche ».

L’avocat se dit tout de même optimiste pour la suite, le Président s’étant montré « très à l’écoute. J’avais peur qu’il botte en touche sur la partie enquête tunisienne, mais il nous a affirmé qu’il allait regarder le dossier avec attention. Nous sommes satisfaits, mais nous attendons du concret. »