Six pistes pour rendre l'école française moins inégalitaire

EDUCATION Le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (Cnesco), rend publiques ce mardi ses préconisations au ministère de l’Education nationale…

Delphine Bancaud

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Le collège Louise Michel à Clichy-sous-Bois.
Le collège Louise Michel à Clichy-sous-Bois. — MEHDI FEDOUACH / AFP

Depuis 15 ans, la France est devenue un des pays de l’OCDE où les inégalités scolaires qui sont aussi sociales, sont les plus criantes. C’est à partir de ce constat accablant que le  Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) a fait plancher 22 équipes de chercheurs pendant deux ans pour comprendre quelles étaient les sources de ce mal bien français. Ce mardi, il rend publiques ses préconisations pour tenter de le guérir. 20 Minutes a sélectionné les six pistes les plus intéressantes.

l) Repenser l’éducation prioritaire

Pour le Cnesco, l’éducation prioritaire a failli à sa tâche. Et ce pour beaucoup de raisons : une majorité d’enseignants inexpérimentés y exercent ainsi que beaucoup de contractuels, le nombre d’enfant par classe y est encore trop important pour que les conditions d’apprentissage soient satisfaisantes… « Au fur et à mesure des années, l’éducation prioritaire a accueilli de plus en plus d’élèves, ce qui a eu pour effet de diluer ses moyens. Et la labellisation "éducation prioritaire" des établissements a fait fuir les élèves des classes moyennes », explique aussi George Felouzis, professeur de sociologie à l’université de Genève. Ce qui a fini de transformer beaucoup de ces établissements en ghettos. Sans vouloir supprimer à court terme l’éducation prioritaire, le Cnesco estime qu’il faut progressivement changer de logique. Première étape : « faire progresser la mixité sociale dans les 100 collèges les plus ségrégués », souligne Nathalie Mons, la présidente du Cnesco. Avant d’aller plus loin.

2) Développer l’expérimentation du « professeur des apprentissages fondamentaux »

Pour aider les élèves les plus faibles scolairement, les gouvernements successifs ont mis en place depuis 1975, des dispositifs de suivi individualisé. «Mais ils n’ont pas été efficaces, car ils ont été mis en place en marge de la classe, aux côtés des heures disciplinaires et n’ont donc pas transformé fondamentalement les pratiques pédagogiques des enseignants », explique Nathalie Mons. Pendant un petit nombre d’heures, les élèves ont été épaulés, mais une fois en classe avec les autres, ils ont retrouvé les mêmes difficultés pour suivre le rythme. C’est pourquoi le Cnesco souhaiterait développer les «  professeurs des apprentissages fondamentaux » en primaire. Ces enseignants seraient chargés de suivre un même groupe d’élèves du CP au CE2. Spécialistes de la pédagogie, leur rôle serait d’épauler les enfants les plus en difficulté.

3) Former les enseignants à la pédagogie différenciée

Les enseignants sont confrontés à des élèves aux profils très variés socialement et culturellement et à des classes de plus en plus hétérogènes. D’où l’urgence à, « mettre en œuvre une pédagogie différenciée dans les classes », estime Nathalie Mons. Le dispositif « Plus de maître que de classes » qui a été mis en place depuis 2013 le fait déjà. Mais il faudrait aller beaucoup plus loin, estime le Cnesco, en formant tous les enseignants à cette pédagogie adaptée à chaque type d’élève. « Pour cela, il faudrait instaurer une formation continue obligatoire pour tous les enseignants », indique Nathalie Mons.

4) Booster encore plus la maternelle pour les moins de trois ans

Les effets bénéfiques de la scolarisation précoce sur la socialisation et l’acquisition du langage par les enfants de moins de trois ans ne sont plus à démontrer. Le gouvernement s’était fixé un taux de scolarisation de 30 % des enfants de deux ans de l’éducation prioritaire en 2017 (et même 50 % pour ceux de REP +).  Mais on n’y est pas encore car le taux de préscolarisation s’élève désormais à 11,7 % au niveau national et atteint 20,6 % en éducation prioritaire. « Il faudrait une politique plus volontariste sur ce point dans les années futures », estime Nathalie Mons.

5) Aider les familles à se repérer dans la jungle des formations

Souvent, l’orientation des élèves issus de milieux défavorisés se fait par défaut car leurs parents et eux-mêmes ne connaissent pas bien le système éducatif et ont du mal à comprendre le fonctionnement d’Affelnet (système d’affectation au lycée) et d’ APB (portail d’orientation pour l’enseignement supérieur). Du coup, selon les chercheurs sollicités par le Cnesco, les jeunes issus des milieux sociaux les moins favorisés s’orientent davantage vers les formations les moins prisées. Le Cnesco propose donc de développer un crédit d’heures aux élèves boursiers pour qu’ils puissent travailler sur leur orientation.

6) Redévelopper les fonds sociaux dans les établissements

La précarité augmente en France et pourtant, les élèves qui pourraient prétendre à une bourse n’en bénéficient pas toujours. Car le non-recours est important, certains parents d’origine étrangère n’arrivant pas à remplir les dossiers jugés trop complexes, d’autres n’osant pas demander une aide par peur d’être stigmatisés. Et pour les élèves touchant une bourse, leur montant est souvent trop faible. Mais les établissements disposent de fonds sociaux qui peuvent leur permettre d’aider les élèves les plus en difficulté pour financer des frais de demi-pension, de transport, de fournitures… Néanmoins ces derniers sont en baisse constante depuis 2001. « Il faudrait qu’ils atteignent le niveau qu’ils avaient dans les années 2000 afin de permettre aux élèves défavorisés de travailler dans de bonnes conditions », estime George Felouzis.