Mort d’Adama Traoré: Témoignage, sanction, plainte... L’enquête se complique

JUSTICE Un procureur muté, une gendarme qui contre-attaque... L'enquête sur la mort d'Adama Traoré, mort le 19 juillet après son interpellation, subit une série de rebondissements...

O. G. avec AFP

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Des manifestants réclament "Justice et vérité" au sujet de la mort d'Adama Traoré, le 30 juillet 2016 à Paris.
Des manifestants réclament "Justice et vérité" au sujet de la mort d'Adama Traoré, le 30 juillet 2016 à Paris. — SEVGI/SIPA

Deux mois après la mort d’Adama Traoré, décédé lors de son interpellation de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), les doutes persistent. Et le mystère s’est encore épaissi ces derniers jours. Les plaintes s’enchaînent et les versions des faits s’opposent. Retour sur les derniers rebondissements dans une affaire qui continue d’émouvoir.

Les confessions d’un pompier rebattent les cartes. Adama Traoré a-t-il succombé à des violences policières lors de son interpellation le 19 juillet près de Beaumont-sur-Oise ? L’enquête n’a pas encore répondu à toutes les questions. Mais un nouveau témoignage contredit le récit des gendarmes.

Selon ces derniers, après le plaquage ventral, Adama Traoré aurait commencé à faire un malaise dans la voiture. Arrivé à la gendarmerie de Persan, il est inconscient et les gendarmes le mettent en position latérale de sécurité (PLS) au sol. Une version contredite par le témoignage d’un des pompiers, dévoilé mardi 13 septembre dans l’émission Quotidien sur la chaîne TMC. L’un des pompiers qui s’est rendu sur place a déclaré aux enquêteurs de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGPN) qu’à son arrivée, Adama Traoré n’était « pas en PLS » mais « face contre terre ». « Quand j’arrive autour de lui, il y a du monde autour mais personne ne s’en occupe », raconte-t-il. Constatant que le jeune homme est toujours menotté, mains dans le dos, il demande à un gendarme de lui retirer les menottes, ce qu’il refuse d’abord, au motif que « la victime simulait et que c’était quelqu’un de violent ». Les gendarmes ont-ils fait preuve de négligence ?  Les deux autopsies ont affirmé que le jeune-homme était mort par asphyxie et qu’il n’y avait aucune trace de violences.

VIDEO. Mort d'Adama Traoré: Ce qu’il s’est passé lors de l’interpellation

Le procureur contesté…. et sanctionné. Le procureur en charge de l’affaire, Yves Jannier a également été critiqué. Accusé par la famille, mais également par le Cran d’avoir dissimulé des faits importants, il vient d’être nommé avocat général à la cour d’appel de Paris. Dans un communiqué, le Cran, qui avait porté plainte mi-août contre ce procureur et saisi le Conseil Supérieur de la magistrature, s’est félicité de cette décision, vue comme une « sanction » : « Le magistrat, on s’en souvient, s’était illustré par sa communication mensongère dans l’affaire Adama Traoré. Il avait affirmé que le jeune homme avait fait une crise cardiaque, alors que les deux rapports démontraient au contraire qu’il avait été asphyxié. Depuis le début de l’affaire, le Cran n’avait cessé d’affirmer qu’il y avait non pas un, mais deux problèmes : l’attitude des gendarmes, dont la violence a causé la mort du jeune homme, mais aussi l’attitude du procureur qui, malgré les évidences, cherchait à tout prix à couvrir lesdits gendarmes, fût-ce en mentant. »

Mais ce changement de poste reste insuffisant pour le Cran : l’association « demande que des sanctions plus fortes soient appliquées contre M. Jannier, et que le ministère saisisse l’Inspection Générale des Services Judiciaires (IGSJ) pour enquêter sur toute l’activité de ce magistrat ces dernières années. En effet, ses mensonges dans l’affaire Adama Traoré jettent le soupçon sur toutes les autres affaires qu’il a pu traiter par le passé. » Officiellement, cette possible placardisation n’a rien à voir avec la polémique autour de l’affaire Traoré. Selon Le Monde, Yves Jannier avait fait sa demande de mutation avant la mort du jeune homme.

La gendarme attaque en diffamation. Mercredi 21 septembre, deux nouvelles plaintes viennent compliquer encore l’affaire : une gendarme mise en cause dans l’affaire a déposé deux plaintes, l’une contre X pour dénonciation calomnieuse, l’autre pour diffamation à l’encontre du site Mediapart. Dans une plainte du 5 août déposée à Pontoise, la famille d’Adama Traoré accuse cette même gendarme de « faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse, modification de scène de crime ». Dans un article paru le 5 août également, le site d’information Mediapart évoque par ailleurs une « bizarrerie à éclaircir », notant notamment qu’une « femme officier de police judiciaire » avait décidé « de ne pas attendre les consignes » et pris « l’initiative d’isoler » les gendarmes ayant participé à l’intervention.

L’avocat de cette gendarme, Me Rodolphe Bosselut souligne que cette décision visait à les séparer les uns des autres afin d’éviter toute concertation entre eux. Tous les actes effectués par sa cliente ont été « utiles à la manifestation de la vérité », a-t-il affirmé à l’AFP. L’article « s’inscrit dans un contexte éminemment polémique aux termes duquel, selon Mediapart, Monsieur AdamaTraoré serait décédé suite à des violences policières que les agents de la force publique auraient eu à cœur de vouloir camoufler à tout prix », est-il affirmé dans la plainte déposée par cette gendarme.

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