Prisons: «Construire des nouvelles cellules ne suffit pas comme réponse», critique Adeline Hazan

INTERVIEW Adeline Hazan, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, estime que le plan présenté, mardi par Jean-Jacques Urvoas pour en finir avec la surpopulation carcérale est « un peu court »…

Propos recueillis par Vincent Vantighem
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Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté.
Adeline Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Elle passe ses semaines à arpenter les coursives de toutes les prisons de France. Et à écouter les détenus dénoncer leurs conditions de détention. Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan a lu avec attention le rapport présenté, mardi, par Jean-Jacques Urvoas, le ministre de la Justice, pour « en finir avec la surpopulation carcérale ». Elle livre sa première analyse à 20 Minutes

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Comme avez-vous réagi à la lecture du plan de Jean-Jacques Urvoas pour « en finir avec la surpopulation carcérale » ?

Il est intéressant car il fournit une véritable analyse du phénomène. Le rapport qu’il a présenté est une vraie prise de conscience des difficultés du monde carcéral. Mais il est beaucoup trop axé sur la construction de nouvelles cellules. Mon analyse sur ce point n’a pas changé. Plus on construit des prisons, plus on les remplit. Ce n’est pas la seule solution.

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Vous regrettez qu’il n’ait pas plus développé les thématiques de réinsertion et d’alternatives à l’enfermement ?

Bien sûr. Construire de nouvelles cellules ne suffit pas comme réponse. C’est un peu court. Il en faut mais il faut réfléchir aux alternatives à l’enfermement. Je m’aperçois que les moyens importants réclamés sont dévolus à la construction. Pourquoi ne pas en consacrer un peu à davantage de recrutements de magistrats et d’agents de probation ? Sans eux, la réinsertion ne peut pas se faire.

Le ministre a demandé à ses homologues de « dépasser les clivages politiques » sur cette question. Vous y croyez vraiment ?

Ça m’étonnerait qu’il y croit lui-même. Ça restera un vœu pieu.A voir la surenchère à droite depuis quelques mois sur cette question, je n’y crois pas. Sur un sujet aussi grave, ce serait bien que cela soit possible. Les politiques, quels qu’ils soient, savent qu’ils seront jugés comme laxistes s’ils n’annoncent pas des mesures répressives.

Jean-Jacques Urvoas a tout de même promis la création de 28 quartiers spécifiques pour préparer les détenus à la sortie ?

Normalement, la préparation à la sortie est un droit pour tous les détenus. Le ministre évoque 28 quartiers. Mais qui va-t-on y mettre ? Et quid des autres ? Par exemple, il n’y a rien dans le rapport sur le travail en prison auquel n’ont aujourd’hui accès que 20 % des détenus. C’est vraiment dommage.

Et puis, il faudrait également qu’une réflexion s’engage sur les courtes peines. En visite en prison il y a quelques mois, j’ai découvert que certains détenus étaient condamnés à des peines de sept jours de prison. Il faudrait avoir le courage d’aménager la peine de ces personnes condamnées avant même qu’elles ne rentrent en prison. Ces peines de sept jours n’ont pas de sens.

D’où votre proposition d’instaurer un numerus clausus en prison. Quel en serait le principe ?

Cela permettrait de réguler le flux. On pourrait demander aux magistrats et aux juges d’application des peines de libérer un détenu qui ne pose pas de problème, qui est en fin de peine et dont la réinsertion est programmée avant d’envoyer une personne qui vient d’être condamnée. Encore une fois, cela paraît difficile car les politiques manquent de courage et craignent, tous, d’apparaître laxistes en cette période difficile.