L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016.
L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016. — Capture d'écran

JUSTICE

Terrorisme: Le système d’alerte américain est-il un exemple à suivre pour la France?

Le suspect des attentats commis ce week-end aux Etats-Unis a été arrêté notamment grâce à une alerte envoyée à la population…

La police américaine a inculpé lundi Ahmad Khan Rahami, un Américain d’origine afghane de 28 ans, principal suspect des attentats commis ce week-end à New York et dans le New Jersey. Cette arrestation rapide aurait été facilitée par le système d’alerte américain, le WEA. Comment fonctionne-t-il ? Est-il plus efficace que son équivalent français, le SAIP ? 20 Minutes compare ces deux systèmes.

Comment fonctionne le système américain ?

Les autorités envoient une alerte sur les téléphones mobiles des citoyens présents dans une zone déterminée grâce à la technique du « cell broadcast » ou, en français, de la « diffusion cellulaire ». Cette technologie est différente de celle utilisée pour les SMS, car elle permet de recevoir un message même si les réseaux sont saturés. Lundi matin, les New-Yorkais et les citoyens de passage dans la Grosse pomme – Américains ou étrangers – équipés d’un portable ont donc reçu cette alerte :

L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016.
L'alerte reçue par les New Yorkais le 19 septembre 2016. - Capture d'écran

« Recherché : Ahmad Khan Rahami. Homme de 28 ans. Voir les médias pour photos. Appelez le 911 si vu. » Lancé en 2012, ce service d’alertes WEA est régulièrement utilisé par les autorités pour avertir les citoyens en cas de catastrophe (naturelle ou technologique), d’enlèvement de personne ou de message présidentiel mais n’avait encore jamais servi dans une enquête terroriste.

Et en France ? Depuis le 8 juin, les autorités françaises disposent elles aussi d’un outil leur permettant d’avertir, via les téléphones portables, la population en cas de catastrophe ou d’attaque terroriste :  le SAIP, pour Système d’alerte et d’information des populations. Mais pour recevoir les notifications, les citoyens doivent au préalable avoir téléchargé l’application SAIP et avoir accepté d’être géolocalisés. Cela présuppose qu’ils aient un Smartphone (et non un simple mobile comme c’est le cas aux Etats-Unis) et qu’ils soient informés de l’existence de SAIP – ce qui semble peu probable pour des touristes par exemple.

L’alerte américaine est-elle infaillible ?

Non. D’abord parce qu’il faut disposer d’un téléphone portable pour être averti – ce qui n’est pas forcément le cas de tous les citoyens. Ensuite parce que ce téléphone, s’il n’est pas nécessairement un Smartphone, doit toutefois être technologiquement capable de recevoir l’alerte WEA, et ce n’est pas le cas de tous les appareils. Enfin, le système fonctionne grâce au bon vouloir des opérateurs. Or, certains refusent de relayer les alertes. Et d’autres les diffusent partiellement, c’est-à-dire seulement dans certaines régions du territoire américain. Du coup, lundi à New York, toutes les personnes présentes dans la ville n’ont pas forcément reçu l’alerte.

Et en France ? Lancé le 8 juin, l’outil SAIP a été utilisé pour la première fois le 14 juillet et l’opération s’est révélée être un fiasco : les citoyens présents à Nice (et ayant téléchargé l’application) ont été prévenus de l’attentat commis sur la promenade des Anglais à 1h34 du matin, soit plus de trois heures après les faits (et alors que son auteur avait déjà été abattu par les forces de l’ordre). Ce samedi, lors du vrai faux attentat de Paris, l’application a cette fois-ci bien fonctionné. Trop selon certains :

Le gouvernement s’est justifié en mettant en avant le principe de précaution :

La France devrait-elle importer l’alerte américaine ?

Pour François Giannoccaro, directeur de l’Institut des risques majeurs, « le système d’alerte américain est à l’évidence plus efficace que son homologue français ». Mais, insiste l’expert, il ne se suffit pas à lui-même : il doit impérativement être couplé à d’autres moyens d’information ( sirènes, médias, réseaux sociaux, panneaux lumineux sur autoroutes, etc.). François Giannoccaro estime également primordial de former le grand public : « Recevoir une alerte ne suffit pas, le citoyen doit connaître l’attitude à adopter pour faire face à une situation donnée, qu’il s’agisse d’une catastrophe ou d’une attaque terroriste ».