«Match», «like», «stalking»... Les «épreuves du feu» du couple à l’ère des réseaux sociaux

#AMOUR Les réseaux sociaux s'invitent à chaque étape de la vie de couple, non sans turbulences...

Laure Cometti

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Vie et mort d'une histoire d'amour sur les réseaux sociaux.
Vie et mort d'une histoire d'amour sur les réseaux sociaux. — 20 Minutes

Moi, mon couple, et… les réseaux sociaux. Elément incontournable de notre vie, notamment amoureuse, Internet bouleverse notre rapport à la séduction et au couple en s’invitant à chaque étape de la vie à deux. C’est que confirme une étude réalisée par Kantar TNS pour Meetic* révélée ce mercredi par 20 Minutes. Gros plan sur ces nouvelles « épreuves du feu » du couple à l’ère des réseaux sociaux.

Se rencontrer IRL** < « Matcher » en ligne

Préambule de la vie de couple, la rencontre est facilitée depuis plusieurs années par les réseaux sociaux. Sans surprise, Facebook est plébiscité par les célibataires interrogés par Kantar TNS pour Meetic. Certains sites et applis de rencontre proposent d’ailleurs à leurs utilisateurs de connecter leur profil avec leur compte Facebook ou Instagram.

Toutefois, les codes de la « e-seduction » ne sont pas tout à fait établis, comme l’illustre l’histoire de Justine***. « Un mec m’a ajouté sur Facebook le lendemain de notre premier verre. J’avais ce sentiment contradictoire, à la fois contente qu’il reprenne contact, et embarrassée car je ne pouvais pas refuser son invitation sans que ce soit perçu comme hostile, mais je n’avais pas envie qu’on se connaisse via nos profils Facebook », raconte la jeune femme, simultanément tiraillée par « la curiosité de voir ce qu’il publie ». Des sentiments paradoxaux et une situation parfois inconfortable, ce qui nous amène à la deuxième étape.

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Se découvrir < « Stalker »

Une fois franchi le cap de la rencontre (provoquée ou non par les réseaux sociaux), ce « miroir 2.0 » s’invite dans la phase de découverte de l’autre. Faut-il ou non ajouter sa nouvelle conquête sur Facebook ou Instagram ? En France, près d’un célibataire sur deux attend « une ou deux semaines » selon le sondage Kantar TNS pour Meetic. Le coach en amour Alexandre Cormont déconseille à ses « coachés » de « s’ajouter trop tôt dans la relation ». Le risque, selon lui : partager très vite beaucoup d’informations en face-à-face virtuel, ce qui peut provoquer ce qu’il nomme des « faux départs ». « Des relations qui démarrent fort, avec une intense communication virtuelle, mais qui tournent court après quelques semaines, quand les personnes finissent par se rendre compte qu’elles ne se plaisent pas tant que ça "en vrai". ».

Accéder aux profils de l’autre sur les réseaux sociaux, voire les fouiller méthodiquement dans certains cas de stalking (du verbe anglais stalk qui signifie « suivre, traquer ») aigu, nous donne accès quasi instantanément à tout un pan de sa vie passée. « Le dévoilement progressif de soi se fait de manière abrupte, ce qui peut provoquer des déconvenues, car en général on idéalise l’autre », résume la sociologue Catherine Lejealle. En parallèle, liker ou commenter les publications d’une nouvelle relation peut se révéler un bon outil de drague, en valorisant son ego 2.0.

Officialiser < S’afficher

Lorsque l’histoire d’amour se confirme, l’affirmation du couple sur les réseaux sociaux peut poser problème. « C’est souvent genré : les femmes sont plus promptes à annoncer ce statut sur Facebook tandis que les hommes préfèrent se laisser le temps », compare Catherine Lejealle. L’enseignante à l’ISC Paris pondère néanmoins l’impact d’Internet sur cette étape : « même IRL, cette envie d’officialiser arrive rarement simultanément chez les deux personnes ». Internet rend d’autant plus visible cette désynchronisation. « Il y en a un qui le fait et l’autre qui le constate ». Au risque de susciter l’incompréhension : « certaines personnes ont besoin de cette reconnaissance, qu’elles voient comme une promesse d’engagement et de fidélité », observe le coach Alexandre Cormont.

Si certains, de nature peu prolixe sur les réseaux sociaux, décident de peu (voire pas) afficher leur moitié, la majorité des amoureux ne sont « plus deux dans leur couple : il y a aussi les autres, que l’on invite dans notre intimité à deux », poursuit Catherine Lejealle. Votre fil Facebook n’est probablement pas exempt de « couplies » (version à deux du selfie) ou de photos et vidéos de vos plus ou moins lointaines connaissances parties en week-ends en amoureux (#love).

« Or si toutes les informations sur ma vie d’un couple sont distillées sur les réseaux sociaux, jetées en pâture aux autres, quelle exclusivité me reste-t-il ? » s’interroge la sociologue.

Se quitter < S’effacer ?

Une idylle s’achève, une page se tourne… et vous avez envie de nettoyer la vôtre (sur Facebook) de toute photo de votre ex, comme 47 % des Français interrogés par Kantar TNS. Catherine Lejealle a pu le constater lors d’entretiens menés dans le cadre d’une réflexion sur le droit à l’oubli****, « effacer les traces d’une relation passée est une obsession pour beaucoup ».

Après la rupture, les réseaux sociaux sont un couteau dans la plaie à double tranchant. « Je conseille dans certains cas de les utiliser comme un outil de revanche, note Alexandre Cormont. On change d’abord sa photo de profil pour se mettre en valeur et on essaie de vendre du rêve. Bien sûr, on met son profil en public pour que l’ex ait accès à toutes ces infos ». D’une intimité à deux publique à une individualité mise en scène, il n’y a qu’un clic. La boucle est bouclée.

 

* Sondage KANTAR TNS réalisé sur Internet du 9 novembre au 2 décembre 2015, auprès d’un échantillon de 9251 célibataires en France, Allemagne, Italie, Espagne, au Royaume-Uni, au Danemark et aux Pays-Bas, représentatifs de la population européenne de célibataires et âgés de 18 à 65 ans.

** Pour « In Real Life », « dans la vie réelle » en anglais.

*** Le prénom a été changé.

**** Précisons que la législation européenne vise plutôt à faciliter l’accès au crédit bancaire pour d’anciens malades et pas vraiment à panser les blessures de cœur.​