Pourquoi les universités croulent sous le nombre d’étudiants à cette rentrée

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Les facs ne parviennent pas à faire face à la hausse démographique des étudiants...

Delphine Bancaud
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Un cours en amphi bondé dans une université nantaise.
Un cours en amphi bondé dans une université nantaise. — Unef

Des étudiants debout dans l’amphi ou assis par terre dans les allées.Ces images qui ont circulé à la rentrée 2015 seront encore d’actualité cette année. Et pour cause, elles doivent faire face au choc démographique : « A cette rentrée, les universités accueilleront 32.400 étudiants supplémentaires » a rappelé ce mardi la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, lors de la conférence de presse de la rentrée étudiante.

Une tendance à l’augmentation qui ne date pas d’hier, indique à 20 Minutes Hervé Christofol, le secrétaire général du SNESUP-FSU : « Depuis 2009, on compte 180.000 étudiants supplémentaires dans les facs soit l’équivalent de dix universités, mais elle n’a pas suffisamment été anticipée », estime-t-il.

Un effort budgétaire encore insuffisant

Pourtant, le gouvernement a dégagé 100 millions d’euros pour mieux accompagner la croissance démographique, mais la décision est intervenue tard, comme l’indique le président de la Conférence des présidents d’université (CPU), Jean-Louis Salzmann : « nous aurons une rallonge significative sur le budget 2017, mais cela vient après quatre ans de stagnation de moyens. Le gouvernement a pris acte du choc démographique, mais avec un peu de retard », explique-t-il. Dans un communiqué paru cette semaine, la CPU évalue à « 230 millions d’euros le montant qui eût été nécessaire pour répondre à l’augmentation des effectifs sur une année ».

De son côté, Lilâ Le Bas, la nouvelle présidente de l’Unef estime aussi que « l’enveloppe est loin d’être suffisante pour répondre à l’afflux des étudiants ». Quant aux 5.000 postes qui devaient être créés dans l’Enseignement supérieur entre 2012 et 2017, le gouvernement a bien transféré les fonds aux universités afin qu’elles créent les postes « mais certaines d’entre elles ont utilisé les crédits non pas pour créer des postes, mais pour faire fonctionner leur boutique (paiement des profs vacataires, des dépenses courantes…) », indique Hervé Christofol

Des séances de TD bondés, des cours en visioconférence…

Du coup, à cette rentrée, la situation est toujours tendue dans de nombreuses universités, qui manquent à la fois de locaux et d’enseignants-chercheurs pour accueillir dignement les étudiants. Et les tensions sont particulièrement sensibles dans certaines filières (droit, staps, psychologie, sciences humaines), même si la réforme système d’affectation des bacheliers dans l’enseignement supérieur (Admission post-bac) a permis d’éviter qu’un grand nombre d’étudiants se retrouvent sans affectation à la rentrée, comme cela avait été le cas l’an dernier. « Seuls dix-sept bacheliers n’ont pas encore d’affectation », a ainsi indiqué ce mardi Najat Vallaud-Belkacem. « Les universités ont moins procédé au tirage au sort », reconnaît aussi Hervé Christofol, « mais elles ont repoussé les murs pour accueillir davantage d’étudiants dans ces filières. C’est donc la pire rentrée depuis 2009 », estime-t-il.

Pour colmater les brèches, chaque fac a sa technique : certaines allègent les volumes horaires des formations pour avoir moins de cours à dispenser, d’autres ont recours à la visioconférence pour dédoubler certains amphis… Et les séances de travaux dirigés qui devraient au maximum accueillir 40 étudiants pour assurer une certaine interaction avec l’enseignant, en comptent parfois une centaine. « Dans ces conditions, il est difficile de suivre les cours et d’échanger avec les enseignants. Et plus globalement, ces mauvaises conditions d’études peuvent conduire certains étudiants à abandonner leur licence en cours de route », s’alarme Lilâ Le Bas. « Les premières semaines voient un écrémage assez rude », renchérit le président de la Fage, Alexandre Leroy.

Des premières mobilisations d’étudiants sur les campus

Face à cette pression, des éclats de voix commencent à se faire entendre. l’UFR de psychologie de l’Université Jean-Jaurès qui compte à cette rentrée 5.000 étudiants pour 100 enseignants  s’est mis en grève dès lundi pour dénoncer le manque de moyens. A l’université de Bourgogne 500 étudiants et enseignants ont manifesté ce mardi sur le campus après l’annonce du doyen d’une réduction des heures d’enseignement. Selon Le Monde, à Lyon I, des cours d’un millier d’étudiants en Staps ont été annulés faute de salles disponibles. Sur Twitter, les étudiants commencent aussi à manifester leur grogne.

Pour démontrer les conditions d’apprentissage de plus en plus difficiles pour les étudiants, l’Unef ait lancé un tumblr participatif en 2015, intitulé « MaSalleDeCoursVaCraquer », invitant les étudiants à poster des photos de leurs salles de TD et d’amphi surchargés. Une initiative que le syndicat s’interroge à rééditer cette année. Mais ce que les organisations étudiantes veulent surtout, c’est qu’une solution pérenne soit trouvée pour accueillir les étudiants dans de bonnes conditions : « il va y avoir de plus en plus d’étudiants à l’université dans les prochaines années, il faut donc passer pour un plan pluriannuel des universités », soutient Lilâ Le Bas. Une décision qui reviendra au gouvernement qui prendra place en 2017.