Hommage aux victimes du terrorisme: «Il faudrait un mémorial global dédié à toutes les victimes du terrorisme»

MEMOIRE Ce lundi, une cérémonie en hommage à l’ensemble des victimes du terrorisme en France s’est déroulée aux Invalides…

Anissa Boumediene
— 
François Hollande lors de la cérémonie en hommage aux victimes du terrorisme, le 19 septembre 2016 dans les jardins de l'hôtel des Invalides à Paris.
François Hollande lors de la cérémonie en hommage aux victimes du terrorisme, le 19 septembre 2016 dans les jardins de l'hôtel des Invalides à Paris. — M.Euler/AP/SIPA

Ils étaient nombreux ce lundi matin dans la cour pluvieuse de l’Hôtel des Invalides à Paris. Anonymes, victimes et proches de victimes, mais aussi politiques de tous bords, membres du gouvernement et François Hollande : tous étaient rassemblés en ce 19 septembre, journée d’hommage aux victimes du , au cours d’une cérémonie riche en émotions. Muriel Salmona, présidente de  , répond aux questions de 20 Minutes sur l’importance que revêtent ces commémorations pour les victimes directes et indirectes des attentats.

Qu’apporte cette cérémonie aux rescapés et aux proches de victimes d’attentats ?

Toutes ces personnes éprouvent d’abord un besoin de ne pas être oubliées. Recevoir de la reconnaissance, des messages de soutien et de la solidarité est très important à leurs yeux.

Mais il ne s’agit pas non plus de faire des célébrations n’importe comment : pour que ces événements soient justes, il faut que l’hommage prenne en compte leur réalité, afin qu’elles en retirent quelque chose de positif : plus il y a un échange émotionnel vrai, plus ça les apaise. Que les noms de toutes aient été cités et que les proches aient eu l’occasion de parler et de livrer leur discours de vérité : tout cela peut vraiment les aider. Là, elles ont eu la parole, il ne s’agissait pas d’un rassemblement où seuls les politiques s’exprimaient.

En effet, on a vu ce lundi matin des rescapés et des proches de victimes prendre la parole au cours de la cérémonie. Mais dans le même temps, parmi les personnes concernées par des attentats, certaines expliquent que ce type d’événement est dur à vivre, qu’il leur fait revivre à chaque fois le traumatisme subi…

C’est normal, quand on est la victime directe ou indirecte d’un attentat, tout peut potentiellement raviver la blessure subie. Les victimes d’attentats plus anciens confient ainsi avoir été . Mais témoigner, dire ce que l’on pense et ce que l’on ressent, c’est aussi un moyen essentiel de lutter contre ce traumatisme. Il s’agit là de parler pour exorciser, pour ne pas ajouter du malheur au malheur et de la haine à la haine.

Par ailleurs, la force de cette cérémonie aux Invalides est d’avoir rendu hommage à l’ensemble des victimes des attentats, à tous les Français qui ont été touchés par une attaque terroriste depuis 1989. C’est un symbole très fort : personne n’a été oublié. C’est important, car par le passé, il a pu arriver que  se soient senties abandonnées et livrées à elles-mêmes.

Justement, pour n’oublier personne, que faudrait-il faire ?

Il faudrait ériger un mémorial global dédié à toutes les victimes du terrorisme en France, un lieu où figureraient les noms de toutes les victimes du terrorisme, dans la lignée du ou de   à New York. Ce serait nécessaire pour les proches des victimes, mais aussi pour tout le monde, pour assurer le devoir de mémoire et faire que tout le monde garde à l’esprit l’ampleur de ces événements. Un tel lieu permettrait de n’oublier personne, y compris celles et ceux qui ont été touchés ou impactés par les attentats survenus notamment dans les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix. L’Etat le doit aux victimes car c’est lui qui est visé par ces attaques.

Par quelles autres mesures passe ce travail de mémoire ?

Cela passe par des applications plus concrètes, plus matérielles. Les mots comptent, mais il faut évidemment aller bien plus loin, que le discours s’inscrive dans la réalité et soit suivi d’effets. Notamment en matière de prise en charge des victimes directes et indirectes. Quand le ministère de la Santé annonce que « les victimes, blessés et/ou témoins du drame » de Nice pourront bénéficier « de dix séances remboursées auprès d’un psychologue », c’est hautement insuffisant. Il faudrait instaurer une sorte de passeport santé pour les victimes d’attentats : une couverture globale de tous leurs frais médicaux qui découlent de l’attentat. De gros progrès sur et la prise en charge médico-psychologique des victimes peuvent et doivent être faits pour leur fournir un véritable accompagnement dans la durée.

D’ailleurs il faut sur ce terrain saluer le travail considérable des associations, dont SOS Attentats (qui n’existe plus aujourd’hui), dont la lutte a permis au fil des années d’instaurer le  et la reconnaissance du  pour les victimes d’actes terroristes.