La Sécurité routière lance une nouvelle campagne pour lutter contre le portable au volant

EXCLUSIF Selon la Sécurité routière, le portable serait responsable d’un accident corporel sur 10...

Delphine Bancaud

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La campagne de la Sécurité routière sur les distracteurs au volant.
La campagne de la Sécurité routière sur les distracteurs au volant. — Capture d'écran

Conduire tout en regardant un film sur sa tablette, en répondant à un mail ou en envoyant un texto… Des comportements dangereux contre lesquels la Sécurité routière souhaite lutter. Elle lance ce mardi et jusqu’au 4 octobre, une campagne d’affichage contre les « distracteurs de conduite », dévoilée en avant-première par 20 minutes.

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Le portable au volant, un fléau grandissant

Ces affiches seront placardées au dos des bus dans 40 villes. « Un emplacement idéal pour provoquer un déclic chez celui qui s’apprête à textoter ou à régler son GPS tout en conduisant », explique le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe. Cette nouvelle campagne d’affichage vient compléter le message délivré par le film La dernière classe, diffusé depuis le mois d’août à la télévision sur les dangers du texting et du téléphone au volant.

Et son ambition est bel et bien de marquer les esprits, d’autant que cet été, une nouvelle cause d’inattention sur la route est apparue avec la sortie jeu Pokemon GO. Certains conducteurs se sont mis à chasser les petites bestioles au volant, ce qui a causé quelques accidents de la route.

« Sans conteste, le smartphone est de loin devenu le distracteur le plus dangereux sur la route en raison de toutes les fonctionnalités qu’il concentre et de l’addiction de ses utilisateurs à son égard. Car nous le consultons en moyenne 221 fois par jour », souligne Anne Lavaud, ‎déléguée générale de l’Association Prévention routière. « Le portable est devenu un appendice pour les conducteurs, qui ne parviennent pas à raccrocher », confirme Nicolas Bouvier, directeur général de Dekra automotive.

Un risque d’accident multiplié par 23

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : selon une étude de l’association Attitude Prévention diffusée en juillet, même en présence de leurs enfants, 42 % des automobilistes déclarent utiliser leur téléphone (contre 25 % en 2015). Parmi eux : 36 % déclarent utiliser leur téléphone portable pour passer ou recevoir des appels (contre 25 % en 2015) et 29 % utiliser leur téléphone portable pour envoyer des textos et des mails contre 15 % en 2015. Mais les Français semblent de moins en moins conscients des risques qu’ils courent : « En 2004, 90 % d’entre eux considéraient qu’il était dangereux de téléphoner en conduisant, contre 51 % aujourd’hui », déclare Anne Lavaud.

ne affiche de la campagne de la Sécurité routière lancée en septembre 2016.
ne affiche de la campagne de la Sécurité routière lancée en septembre 2016. - Sécurité routière

Et pourtant, selon la sécurité routière, le portable serait responsable d’un accident corporel sur 10. Téléphoner au volant multiplierait par 3 le risque d’accident et rédiger un message au volant par 23. Moins concentré sur la route, le conducteur verrait ainsi sa capacité de réaction est amoindrie : selon la Sécurité routière, à 130 km/h la distance de décélération lorsque survient un événement se trouve allongée en moyenne de 100 mètres.

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Une politique répressive qui ne suffit pas

La peur du gendarme ne semble pas non plus détourner les automobilistes de leur distracteur préféré. Car depuis le 1er juillet 2015, il estinterdit de conduire en téléphonant à l’aide d’un kit mains libres, d’un casque ou d’oreillette. Seuls les appels passés via un dispositif Bluetooth intégré au véhicule sont autorisés. Si le conducteur est pris sur le fait il risque un retrait de 3 points de permis et de 135 euros d’amende. Mais ce coup de vis ne semble pas avoir dissuadé les automobilistes de revoir leur comportement.

« C’est le règne du "pas vu pas pris" qui domine. Les automobilistes se disent qu’ils ont peu de chance d’être contrôlés. D’autant plus s’ils sont abonnés à une application prévenant les contrôles routiers », note Nicolas Bouvier. « C’est vrai qu’il y a un déficit de verbalisation par rapport à la réalité de l’utilisation du portable sur la route », reconnaît Anne Lavaud. « Mais pour autant, elle n’est pas anodine car en 2015, sur 12,4 millions de points retirés aux automobilistes, 960.000 concernaient l’utilisation du téléphone au volant », note-t-elle.

Une affiche de la campagne de la Sécurité routière lancée en septembre 2016.
Une affiche de la campagne de la Sécurité routière lancée en septembre 2016. - Sécurité routière

Pour faire régresser l’usage du portable au volant, les associations qui luttent contre l’insécurité routière misent avant tout sur la prévention. « Depuis 2002, nous avons amplifié le focus sur les dangers du portable au volant dans les programmes d’éducation routière que nous réalisons auprès des enfants », explique Anne Lavaud. D’autant que les petits peuvent prêcher la bonne parole auprès de leurs parents.

Les associations militent aussi auprès des entreprises pour qu’elles adoptent undroit à la déconnexion au volant pour leurs salariés. « Elles peuvent par exemple les inciter à mettre leur portable en mode avion à distance d’eux afin qu’ils ne soient pas tentés de s’en servir », indique Anne Lavau. « Il faut aussi les inciter à ne pas couvrir les amendes de leurs salariés en cas de verbalisation pour utilisation du téléphone portable », ajoute Nicolas Bouvier. Des initiatives qui misent bout à bout pourront porter des fruits.