Affaire Cahuzac: Les avocats de l'ex-ministre, «banni» et «exilé», plaident pour une «juste peine»

JUSTICE A l’occasion du dernier jour du procès de Jérôme Cahuzac, les avocats de l’ancien ministre du budget ont appuyé l’hypothèse du « trésor de guerre » Rocardien et ont plaidé en faveur d’une peine excluant la prison ferme…

Hélène Sergent

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Jérôme Cahuzac au tribunal correctionnel de Paris le 14 septembre 2016. Francois Mori/AP/SIPA
Jérôme Cahuzac au tribunal correctionnel de Paris le 14 septembre 2016. Francois Mori/AP/SIPA — Francois Mori/AP/SIPA

« Oui, nous t’avons détesté Jérôme. Pas toi. Pas ça. » Lorsque Jean-Alain Michel, l’un des deux avocats et ami de longue date de Jérôme Cahuzac, entame sa plaidoirie ce jeudi, l’ex-ministre ne peut contenir ses larmes. A l’issue de deux semaines d’un procès « hors-norme » selon les mots de Jean Veil, autre conseil du prévenu, le parquet a requis trois ans de prison ferme contre l’ancien élu et deux ans contre son ex-épouse. Une décision trop sévère pour ses avocats qui ont tenté d’asseoir la version du financement du courant rocardien et qui se sont efforcés de dépeindre un homme « brisé », « fracassé » déjà condamné par l’opinion publique.

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Ni « menteur »…

Jérôme Cahuzac a-t-il ouvert un premier compte en Suisse pour financer l’avenir politique de Michel Rocard en 1993 ? C’est ce qu’il a assuré au tribunal, dès le premier jour de son procès. Une thèse mise à mal à plusieurs reprises par le président Peimane Ghaleh-Marzban lors des débats et qui a pris de court ses avocats a reconnu Jean Veil. Inattendue, oui, impossible, non, a toutefois défendu son conseil : « Pourquoi n’en a-t-il pas parlé plus tôt ? Il ne voulait pas se retrouver dans une confrontation, […] cela aurait été indécent de faire subir ça à Michel Rocard. » Réfutant le « dossier du mensonge », le pénaliste s’est attelé à dépeindre Cahuzac comme un « protecteur ». Protecteur à l’égard de sa famille, de son « équipe politique », du gouvernement.

Tentant de relativiser les sommes dissimulées - jusqu’à 600.000 euros sur son second compte suisse ouvert dans la foulée de la clôture du premier - et de distinguer celles détournées par son ex-épouse, Patricia Cahuzac, Jean Veil s’est efforcé de plaider pour une alternative à de la prison ferme. « Mon client est déjà puni. Il vous a raconté comment il baissait les yeux dans la rue […] il est d’une certaine manière banni, c’est une punition extrêmement lourde. » Travaux d’intérêt général, amendes, inéligibilité ou peine de sursis, toutes les alternatives sont proposées à la barre. Tout sauf la prison ferme a conclu, sur un ton plus léger, l’avocat : « Je n’ai aucune envie que mes impôts servent à entretenir M. Cahuzac en prison. »

…Ni « homme d’argent »

La fameuse « part d’ombre », « l’autre Jérôme », c’est ce qu’a défendu son second avocat, Jean-Alain Michel. Comment ce chirurgien « brillant », élu « adoré » de Villeneuve-sur-Lot et l’ami fidèle a pu « mettre les mains dans la boue ? », s’est interrogé son conseil. Parce qu’on a « flatté » son ego, qu’il s’agissait d’une marque de « confiance » avance l’avocat, reprenant les explications livrées par le prévenu dès le début du procès. Cette « hypothèse du trésor » des Rocardiens confié à Cahuzac explique la faute originelle, la « fissure » en opposition avec le portrait dressé jeudi par le parquet national financier.

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Portrait réfuté par Jean-Alain Michel : « Ce n’est pas un homme d’argent, si ça l’avait été il aurait continué de planter des cheveux », faisant référence à son ancienne activité de chirurgien capillaire. Comme son collègue, l’avocat a rejeté la peine de prison ferme requise et a appelé le tribunal à prononcer « la juste peine, celle qui n’accable pas plus que nécessaire un homme cassé ». Le jugement sera rendu le 8 décembre prochain à 10h.