Procès Cahuzac: Frais de piscine et vacances de luxe, l'ex-ministre admet qu’il aurait dû «restreindre son train de vie»

COMPTE RENDU L’ancien ministre a reconnu, lors de son procès, que certains des fonds soustraits au fisc lui avaient, notamment, permis de financer des vacances de luxe…

Vincent Vantighem

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Paris, le 13 septembre 2016. Jérôme Cahuzac pénètre dans la 32e salle du tribunal de Paris où il est jugé pour «fraude fiscale».
Paris, le 13 septembre 2016. Jérôme Cahuzac pénètre dans la 32e salle du tribunal de Paris où il est jugé pour «fraude fiscale». — LIONEL BONAVENTURE / AFP

C’est assez ennuyeux pour un ancien ministre du Budget. Mais Jérôme Cahuzac n’est pas à l’aise avec les chiffres. Relancé, mardi à plusieurs reprises lors de son procès pour « fraude fiscale », le prévenu s’est montré incapable de donner le salaire qu’il touchait dans les années 1990.

Il faut dire qu’à l’époque, les têtes chauves se garnissaient souvent des implants capillaires qu’il posait avec Patricia, son épouse. Et leurs comptes en banque gonflaient à vue d’œil. Celui de « Monsieur » en Suisse. Celui de « Madame » sur l’île de Man. Et même celui de « la Maman de Monsieur » qui accueillait les chèques de clients n’ayant, pour certains, pas inscrit d’ordre.

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C’est à ce dernier compte que le tribunal correctionnel de Paris s’est intéressé, mardi matin, en se penchant sur le train de vie des époux Cahuzac. Car c’est celui-là que l’ancien ministre a ponctionné pour financer, entre autres, les vacances de la petite famille aux trois enfants.

Une note d’hôtel à La Baule pour 149.172 euros

L’histoire n’aurait jamais dû se passer comme cela. Sauf qu’en 1997, Jérôme Cahuzac décide de partir à l’assaut de la circonscription de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). De quatre à cinq jours, il ne passe alors plus qu’une à deux demi-journées à opérer au cabinet médical. « La division de mes revenus est en proportion », raconte l’ancien ministre à la barre.

Mais pas question pour autant de réduire le train de vie. Il choisit alors de piocher dans le bas de laine qu’il a tricoté avec les comptes de sa mère. Sortent alors 149.172 euros pour régler la note de l’hôtel Ermitage de La Baule (Loire-Atlantique) ; 17.754 euros pour des voyages à l’étranger ; 6.000 euros pour des frais de sports nautiques en Corse et même 43.000 euros pour la construction d’une piscine sur la même île-de-Beauté.

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« Une maisonnette à Belle-Ile me suffisait », rétorque Patricia

« La piscine a été financée par ma mère dans la maison qu’elle avait là-bas. C’était son choix. Et cela n’avait rien à voir avec moi. » Le prévenu a beau rejeter la faute sur sa mère, il sait bien que c’est une plongée dans son histoire personnelle qui l’attend.

Alors, il tente une autre approche et sort la carte de l’émotion. « La politique a fait beaucoup de dégâts sur ma famille. J’étais très souvent absent physiquement et même psychologiquement. Ces moments de vacances étaient importants pour eux. Je voulais les conserver comme nous en avions l’habitude. »

Mais le château de sable s’effondre quand Patricia s’approche de la barre. « Pour mon mari, c’était important de passer des vacances dans des hôtels de luxe. Pas pour moi, rétorque-t-elle. Cela ne m’a jamais tenté. Une maisonnette à Belle-Ile où les enfants n’avaient qu’une chambre pour trois me suffisait amplement. J’ai accepté tout ça pour lui. »

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Près de 900.000 euros de revenus non déclarés en trois ans

Visiblement épuisé et affecté, l’ancien Ministre rend les armes. « C’est évident aujourd’hui. J’aurais dû restreindre ce train de vie. Je le confesse aujourd’hui devant vous. » Au passage, il tente une dernière fois de sauver la face en expliquant qu’il se contente d’un « scooter à Paris » et « d’une voiture d’occasion achetée à son frère dans sa circonscription ». Mais le mal est déjà fait.

Et le président du tribunal, Peimane Ghaleh-Marzban, est du genre à enfoncer le clou. Il liste alors les revenus que les époux ont « oublié » de déclarer aux impôts. 214.644 euros en 2009. 323.441 en 2010. 373.974 en 2011. Sans parler de l’impôt de solidarité sur la fortune. Jérôme Cahuzac s’enfonce sur sa chaise. Il sait qu’il encourt une peine de sept ans de prison et un million d’euros d’amende. Le procès doit s’achever jeudi.